L’envol, malgré tout

Semaine 1 du 08 au 15 novembre

Semaine 1 du 08 au 15 novembre

A terre, la crise Covid va très fortement perturber les mois et les jours précédant le départ et ce sont des marins très solitaires qui foulent le ponton de Port Olona le 8 novembre au petit jour, dans un silence de cathédrale et une atmosphère ouatée, sans public pour les acclamer le long du chenal. Comme pour ajouter une autre touche de « jamais-vu » à cet opus 2020, une brume tombée du ciel retarde d’une heure et 18 minutes le coup d’envoi. A 14h20, enfin, salués par le fringant retour de l’astre solaire, les 33 concurrents – un record de participation ! – prennent enfin leur envol pour cette 9eédition déjà exceptionnelle.

La première semaine de course met un terme aux événements extraordinaires et présente son visage habituel, presque rassurant : une entame très sélective en Atlantique Nord marquée par le passage de trois dépressions, dont Thêta la tropicale.

Deux marins vont être contraints au retour au stand : Fabrice Amédéo, pour un pit stop de deux jours et demi, et le grand favori Jérémie Beyou, dont les espoirs de victoire seront bientôt déçus. Pendant ce temps, dans le nord-ouest du Cap-Vert, c’est Alex Thomson le téméraire fonce droit vers le sud, emmenant dans le sillage de son bateau futuriste un vétéran armé d’un ancien IMOCA à dérives classiques : Jean Le Cam.

© Yvan Zedda / Alea
© Olivier Blanchet/Alea

Les chiffres
de la semaine !

  • 33 Skippers au départ (vs 30 en 2016)
  • 6 femmes au départ
  • 19 foilers
  • 1779 Milles après 7 jours de course (plutôt lent)

Après un départ retardé à 14h20 (au lieu de 13h02) pour cause de brouillard persistant, le début de course était plutôt véloce, même si au lieu d’aller directement vers le cap Finisterre, le gros de la flotte partait plein Ouest ! Et si la distance parcourue était la même qu’en 2016, les conditions de navigation dans le golfe de Gascogne étaient bien plus optimales il y a quatre ans : Armel Le Cléac’h avait fait route directe vers la pointe espagnole. Or pour ce neuvième Vendée Globe, il a fallu dès le deuxième jour affronter un premier front et une belle bascule du vent de Sud à Sud-Ouest vers l’Ouest.

Miranda Merron (Campagne de France), le 9 novembre : « Après plus de trois semaines à terre, soumise au confinement, soudain, on se retrouve en course ! Sans masque : le luxe ! La première nuit a demandé des changements de voiles, il a fallu se rappeler comment tout fonctionne. Le départ d'hier semble avoir été donné il y a une éternité ».

Beaucoup d’efforts dès les premiers jours

Plusieurs avaries se succédaient dans un vent soufflant parfois au-delà de quarante nœuds avec une mer assez croisée de quatre mètres : Fabrice Amedeo (Newrest-Art & Fenêtres) rentrait aux Sables d’Olonne pour réparer un hook et une sortie de drisse endommagée, ce qui ne favorisait pas son deuxième départ deux jours et demi après le coup de canon… Quand le leader de ce dimanche 15 novembre était en route vers l’archipel du Cap-Vert, le dernier en mer n’était qu’à la latitude de Lisbonne, soit à plus de 1 000 milles du premier !

Puis ce fut Armel Tripon (L’Occitane en Provence) qui fit demi-tour avant de se rétracter, pensant pouvoir réparer sans arrêt en Espagne. Depuis, le « scow » s’est fait engluer dans les calmes qui règnent au-dessus de la dépression tropicale Thêta, en compagnie de Sébastien Destremau (Merci) et de Clément Giraud (Compagnie du Lit / Jiliti). Et cela va être très dur de s’en sortir, car ce phénomène météo va se déliter pour laisser place à une zone de calmes persistants jusqu’à mercredi matin au large des Canaries.

Fabrice Amedeo (Newrest - Art & Fenêtres), le 9 novembre : « J’avais fait un super départ. Quand le vent a commencé à refuser, je n’ai jamais réussi à descendre mon gennaker... Je ressens beaucoup de frustration d’être de retour, mais ce n’est pas un abandon, il faut savoir relativiser ».

Bref, la cartographie au 15 novembre, après une semaine de course est claire : il vaut mieux être devant avec des conditions météo qui ne feront que favoriser les leaders et surtout les foilers…

Un Pot au Noir réduit et des dépressions brésiliennes

Mais reprenons le fil. Après la première dépression espagnole, il a fallu gérer une zone de transition, puis un centre dépressionnaire peu actif avant de négocier la dépression tropicale Thêta, située sous les Açores ! Les non-foilers à l’image de YesWeCam! ou de OMIA-Water Family ont pu gagner dans le Sud quand les « favoris » se sont glissés entre les îles : certains ont même préféré « assurer » en prenant de l’Ouest quand d’autres ont plongé dans le gros temps. Avec une mer assez formée pour supprimer l’envie de « voler ».

Au final, les premiers ont rasé le centre « tropical » qui se décalait progressivement vers l’Est quand quelques foilers comme Apivia, LinkedOut ou PRB ont joué la « sécurité » à l’Ouest, tandis que certains poursuivants à l’image de MACSF, DMG Mori Global One ou plus tard Medallia et One Planet One Ocean, ont eu l’opportunité de « couper le fromage » et donc de réduire leur trajectoire sur l’eau. Si les écarts ne semblent pas rédhibitoires en ce huitième jour de course, il ne va pas en être de même d’ici le prochain obstacle : le Pot au Noir !

Certes la ZCIT (Zone de Convergence Intertropicale) qui marque la jonction entre les alizés de l’hémisphère Nord et ceux de l’hémisphère Sud ne semble pas très active ni très développée à ce jour. La cause ? Des alizés (Nord et Sud) plutôt orientés au secteur Est qu’au Nord-Est au-dessus de l’équateur et au Sud-Est en-dessous. Cela devrait donc permettre aux leaders à foil de rester assez éloignés de l’archipel du Cap-Vert pour éviter les « dévents », ces zones perturbées par les importants reliefs volcaniques des îles (surtout Santo Antão, avec le Topo da Coroa à 1 979 m).

Des routes divergentes pour un même objectif

Les trois dépressions de l’Atlantique Nord ont montré qu’un non-foiler ne suit pas la même trajectoire qu’un foiler : d’abord parce que ces appendices permettent surtout d’accélérer dans de la brise médium, au vent de travers (80° à 120° du vent réel), sur une mer relativement lisse ; ensuite parce que les plus rapides sont les plus récents et le but est avant tout de finir la course, donc de préserver le matériel sans se faire trop distancer ; enfin parce que les jeux de voile ne sont pas identiques, certains pouvant glisser au portant (les non foilers sous spi) quand d’autre préfèrent « attaquer » avec des angles plus fermés (les foilers sous gennaker ou FRO).

Les premiers foilers (HUGO BOSS, PRB, LinkedOut, Apivia, Initiatives-Cœur) risquent fort de suivre une courbe les faisant passer au large du Cap-Vert pour revenir vers le 25° Ouest afin de traverser le Pot au Noir (au lieu du 28°30 Ouest en 2016) avec des vitesses supérieures à 20 nœuds. Et pendant ce temps, les non-foilers (YesWeCam !, OMIA-Water Family, Groupe Apicil) devraient jouer plus « tendu » à une quinzaine de nœuds de moyenne. Au final, les écarts vont devenir relativement faibles pour les dix premiers à l’entrée du Pot au Noir, mais conséquents vis-à-vis du deuxième groupe, à plus de 400 milles d’ici trois jours…

Or à suivre, la situation météorologique semble très favorable dans l’hémisphère Sud pour les leaders avec un anticyclone de Sainte-Hélène qui se glisse sous l’Afrique du Sud et une série de perturbations brésiliennes qui foncent vers les Quarantièmes ! Les premiers à franchir l’équateur vont donc pouvoir rester très au large du Brésil et attraper rapidement le vent de secteur Nord qui permet de rallier très vite la longitude du cap de Bonne-Espérance.

Armel Le Cléac’h, qui détient le meilleur temps autour du monde en solitaire sur un monocoque (74j 03h 35’ 46’’) possède ce dimanche plus de 500 milles d’avance sur Jean Le Cam et Alex Thomson (leaders de ce jour). Mais il pourrait les perdre avant l’océan Indien. L’entrée en matière de ce neuvième Vendée Globe est certes plus lente que lors des deux dernières éditions, mais tout devrait s’accélérer dans les jours qui viennent.

Jérémie Beyou (Charal), le 12 novembre : « "Il y a pire, quand on pense aux événements qui nous entourent. Maintenant, quand tu es sportif de haut niveau, tu ne vis qu’au travers de ton objectif. Depuis quatre ans, je vis dans l’objectif d’essayer de gagner le Vendée Globe, sans rien voir de ce qui existe autour. Quand ça s’arrête comme ça, brutalement, c’est super violent ».

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Les voix du globe #01

Les équipes à la veille du départ.

Les voix du Globe #02

Première nuit en mer pour les marins.

Les voix du Globe #03

Au front ou aux abris.

Les voix du Globe #04

Retour sur une nuit difficile.

Les voix du Globe #05

Theta en approche.

Les voix du Globe #06

Les IMOCA à dérives dans le match.

Les voix du Globe #07

Journée pleine de contraste.

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