Au bon génie du scénariste

Semaine 12 du 24 au 31 janvier

Semaine 12 du 24 au 31 janvier

On a une petite idée des formules qui auraient pu être utilisées pour présenter en amont l’invraisemblable scénario d’arrivée du Vendée Globe.

- Sur un compte facebook ‘machine à clics’, on y aurait lu : « Ce que vous allez voir est à peine croyable »

- En manchette du journal Le Nouveau reporter : « Ivre, il invente un final abracadabrantesque »

- Dans le magazine culturel Cinérama : « Affabulateur-né, l’auteur s’évertue à brouiller les pistes dans un déni de réalité »

- Dans les pages du quotidien La Terre, citation d’une personnalité politique : « Qui imagine le Général de Gaulle écrire une telle fable ? »

Sur le site du Vendée Globe : « C’est la lune finale » ou encore « Un dernier sprint au bout du suspense ».

 

Comme par hasard, ce sont les deux dernières formules qui nous ont permis d’amorcer la narration de cet haletant finish, inouï plus qu’inédit, palpitant plus qu’angoissant, qui a enserré le cœur des fans de la course, des membres des équipes à terre et des marins en mer pendant pratiquement 24 heures.

 

© Jean Louis Carli / AFP / DPPI / Vendée Globe
© Jean Louis Carli / AFP / DPPI / Vendée Globe

Les chiffres
de la semaine !

  • 80 jours 03h 44m 46s temps de course de Yannick Bestaven (vainqueur après prise en compte de ses 10h15 de compensation)
  • 80 jours 06h 15m 47s temps de course de Charlie Dalin, premier à la ligne d’arrivée (et 2e au classement)
  • 80 jours 13h 44m 55s temps de course de Jean le Cam (4e après prise en compte de ses 16h15 de compensation)

Le scénariste du Vendée Globe aurait posé son synopsis sur le bureau de la direction de course le 8 novembre au matin, Jacques Caraës aurait sans doute bien rigolé et lui aurait servi une petite goutte tout en lui glissant qu’il allait un peu trop loin…

Acteurs de leur course, mais spectateurs du match de la tête de course, Maxime Sorel et Romain Attanasio résumaient bien l’ambiance, à quelles heures du dénouement…

24 heures de folles arrivées

Pour la première fois dans l’histoire du Vendée Globe, huit concurrents se sont succédé sur les pontons des Sables-d’Olonne en l’espace de 23 heures et 44 minutes. 23 heures et 44 minutes de joies et d’émotions, aussi intenses que cette régate planétaire qui se sera jouée au contact de bout en bout.

Il aura fallu attendre l’arrivée de Jean Le Cam, jeudi soir, 23h44 après l’arrivée du premier sur la ligne, Charlie Dalin, pour mettre un ordre définitif dans la hiérarchie de cette course folle. Yannick, Charlie et Louis, grimpent sur le podium de cette édition exceptionnelle. Mais dans leur sillage, il y a aussi de grands marins et de grands hommes sans qui la course et la victoire n’auraient pas été aussi belles.

Qui pouvait imaginer que le 30 novembre dernier, la recherche du skipper de PRB dans son radeau de survie allait joindre les destinées des sauveteurs, Jean le Cam, Sébastien Simon, Yannick Bestaven et Boris Herrmann d’un côté, et des leaders Charlie Dalin et Thomas Ruyant, trop loin devant pour faire demi-tour ? Qui pouvait imaginer que les compensations de temps, mêlées à une météo favorisant le regroupement permanent de la flotte, participeraient à la légende de ce 9e Vendée Globe ? Huit bateaux sont arrivés en l’espace de 23h44, entre mercredi et jeudi soir – pour rappel, en 2016, le 8e avait franchi la ligne 19 jours et 19 heures après le vainqueur Armel Le Cléach’ –.

Yannick Bestaven (Maître CoQ IV), le 27 janvier : « Je partais avec l’objectif de terminer ce Vendée Globe (…), et je me suis pris au jeu. J’ai remercié Charlie pour sa réaction, il a réagi comme un vrai sportif »

Cette édition se conclut donc par un vainqueur qui arrive troisième, un deuxième qui arrive premier, un troisième qui arrive deuxième et un quatrième qui arrive huitième...

Vous suivez ?

Non ?

Alors simplifions.

Yannick, Charlie, Louis…

Le podium, d’abord. Yannick Bestaven, vainqueur de cette 9e édition a prouvé qu’avec de la maturité, du talent, de l’opiniâtreté, un projet simple, mais structuré autour des bonnes priorités, on pouvait faire des merveilles. Sur l’eau, le marin a impressionné par sa capacité à ne rien lâcher et à faire marcher son bateau. Il a aussi séduit par sa sincérité et son humanité. « Il y a deux vainqueurs sur ce Vendée Globe », a dit le skipper de Maître CoQ IV, jeudi matin, dans l’intimité des retrouvailles sur le ponton avec Charlie Dalin…

Charlie Dalin (Apivia), le 27 janvier : « C’était vraiment une course magique, tellement pleine d’émotions, d’une force que je n’avais jamais ressenti. Cette course va avoir un impact sur moi, sur ma façon de penser… »

Le skipper d’Apivia est celui qui a dominé sur l’eau, en tête de la course presque la moitié du temps. Il termine deuxième. La victoire finale lui échappe pour moins de trois heures. Mais le prodige du Figaro a montré encore une fois qu’il avait l’étoffe des grands champions. Il a pris de l’épaisseur, aussi, en tant qu’homme. Son périple autour du monde l’a transformé confie-t-il. Et plus jamais il ne verra les choses comme avant.

Louis Burton monte sur la dernière marche du podium. Le skipper de Bureau Vallée 2 est le plus « rock’n roll » de la bande. Intrépide, dur au mal, franc du collier, il a pensé abandonner plusieurs fois devant la cascade de pépins techniques qui s’est abattue sur lui. Ses efforts de Titan ont été récompensés par cette belle 3e place, à bord du bateau vainqueur de l’édition précédente.

…Et les autres

La course de Jean Le Cam fut autant héroïque que son sauvetage de Kevin Escoffier. Quatrième au classement général, Jean Le Cam a eu un accueil à la hauteur de l’engouement qu’il a suscité pendant 81 jours. Lui non plus n’a pas échappé aux grosses galères. Et sous ses airs de fanfaron, il a prouvé qu’à 61 ans, il n’avait rien perdu de son immense 'niaque' de compétiteur.

Jean le Cam (Yes We Cam!), le 29 janvier : « J’ai connu pas mal de choses difficiles dans ma vie, mais là, j’ai connu l’insoutenable. C’est un miracle que je sois là aujourd'hui. C’est tout simplement incroyable »

Boris Herrmann prend la 5e place, après s’être fait très peur, à quelques heures de l’arrivée, lors d’une collision avec un chalutier. Le skipper allemand qui avait lui aussi été bonifié pour son implication dans le sauvetage de Kevin Escoffier, a été en lice pour la gagne pendant les 48 heures précédent le finish. Son flegme, son élégance et son côté ‘bon élève’, sont une forme de pudeur qui masque en réalité un être sensible et déterminé. Boris été d’une régularité de métronome dans le top 10 et s’est battu pour ne jamais décrocher la tête de course.

Sixième, Thomas Ruyant est certainement le grand perdant du classement. Ce rang ne reflète pas du tout sa prestation sur l’eau. Car le skipper de LinkedOut a passé les deux tiers du parcours dans le trio de tête, avec un foil cassé avant même d’entrer dans l’océan Indien. La course au large est souvent injuste. L’histoire de Thomas fera partie de ces moments amers. Pas facile à avaler pour ce marin de talent, au tempérament attachant, qui a été un des grands acteurs de cette édition.

Derrière lui, Damien Seguin a impressionné son monde. Le double champion paralympique a ajouté une ligne à un palmarès déjà exceptionnel. Né sans main gauche, il n’a pas forcément voulu porter l’étendard du handicap, mais fait passer un message fort, celui selon lequel il faut oser aller au bout de ses rêves, quelle que soit sa différence.

L’Italo-Lorientais Giancarlo Pedote a illuminé la course avec ses saillies philosophiques. Il signe aussi la meilleure performance d’un skipper transalpin sur le Vendée Globe et a remis les pendules à l’heure quant à ses grandes qualités de compétiteur.

L’enfant du pays, Benjamin Dutreux, 9e, est arrivé ce vendredi matin à la maison. « Je venais pour y mettre mes tripes et me battre, régater et me surpasser » a t-il déclaré en conférence de presse. Objectif atteint pour ce marin formé à l’école du cata’ de sport et du Figaro.

24 heures d’émotion

Ces 24 dernières heures aux Sables d’Olonne ont donc été d’une densité incroyable. Les « atterrissages » successifs de tous ces navigateurs ont fait déferler des vagues d’émotion et de joie dans le port vendéen. Dans la chaleur des retrouvailles entre ces solitaires acclamés par les terriens, on a entendu des mots de soulagement, des aveux de force ou de faiblesse, des confidences sur les soucis techniques ou les instants magiques, on a vu des yeux brillants de plaisir ou de fatigue, des embrassades, et beaucoup de fraternité entre tous ces concurrents qui ont partagé une expérience unique et intense pendant ces 80 jours de mer.

Un top 10 au Max

Maxime Sorel fut le suivant sur la ligne d’arrivée des Sables d’Olonne en ce samedi 30 janvier, bouclant magistralement le top 10. Le skipper de V and B - Mayenne poursuivi par une dépression hivernale dut faire vite pour échapper aux conditions dantesques qui devaient martyriser la ligne d’arrivée dans les heures suivantes. Sur la ligne s’annoncent Clarisse Crémer et Armel Tripon, pour le début de semaine (à suivre).

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