La bretelle de Sainte-Hélène

Semaine 2 du 15 au 22 novembre

Semaine 2 du 15 au 22 novembre

Déjà bien plus bas que les Canaries, la tête de la flotte fait un tout droit vers le sud, avec l’archipel du Cap-Vert puis l’équateur pour objectifs transitoires. Jean le Cam a trouvé, en ce début de deuxième semaine de course, « du calme dans un monde de brutes », quand Yannick Bestaven (Maître-CoQ) a enfin « pris le temps écouter de la musique ».Kojiro Shiraishi n’a, lui, pas dû apprécier les désaccords pentatoniques de sa grand-voile, qui s’est déchirée et qui lui promet des heures et des heures de tricot. Stéphane le Diraison (Time for Oceans) n’a pas non plus aimé sa gamme de soucis : réservoir de carburant arraché de son logement, ballast impromptu de 100 litres d’eau de mer, black-out des pilotes automatiques, inquiétudes sur ses cales de foils…

© DR
© Isabelle Joschke / MACSF

Les chiffres
de la semaine !

  • 1 seul abandon après 15 jours de course (Nicolas Troussel, démâtage)
  • 19 nombre de marins à franchir l’équateur
  • 9 J 23h 59min (Temps d'Alex Thomson pour franchir l’équateur )
  • 5872 milles parcourus par le leader Charlie Dalin (après 2 semaines de course)

Ce lundi 16 novembre,un peu avant 8 heures, Nicolas Trousel (Corum L’Epargne) annonce son abandon, consécutif à un démâtage. Fin d’aventure très précoce pour le figariste, qui mènera, en quatre jours et à petite vitesse, son IMOCA à l’abri du port de Mindelo (Cap-Vert).

Mardi après-midi, Jérémie Beyou (Charal) repart des Sables-d’Olonne, toujours en course. Il compte 9 jours de retard sur la tête. Le triple vainqueur de la Solitaire du Figaro ne retrouvera le sourire que bien plus tard, mais déjà, il force le respect.

Mercredi 18 novembre : Alex Thomson (HUGO BOSS) franchit l’équateur à 14h19 après 9j 23h 59min de course ; il a mis 16 heures de plus qu’il y a quatre ans, le record de l’épreuve. Il a 78 milles d’avance sur Thomas Ruyant (LinkedOut) et 97 sur Charlie Dalin (Apivia). 4e, Jean le Cam (YesWe Cam !) était à 114 milles au moment où le leader franchissait la latitude 0° : « Ma 4L est véloce ! »

Thomas Ruyant (LinkedOut), le 17 novembre : « Je suis passé des nappes de sargasses au Cap-Vert, c’est vraiment inquiétant. Heureusement, j’ai trouvé deux poissons volants dans mes filets : la pêche est bonne ! Je suis content de retrouver la deuxième place du classement. Jean (Le Cam) a été énorme sur ce début de course, évidemment je le double car ce ne sont pas les mêmes générations de bateaux et le mien cartonne à ces allures-là, mais il a fait une course incroyable.


C’est bien connu : le mauvais ne prend pas de week-end sur le Vendée Globe. Il s’acharne déjà sur le MACSF d’Isabelle Joschke : une poulie d’écoute qui a rompu brutalement arrache le balcon arrière. Le soir, à 20 heures, Alex Thomson prévient son équipe qu’il rencontre des problèmes de structure. Une cellule de crise se met en place avec les architectes du bateau (VPLP). Le Britannique, qui avait compilé des sessions de 500 milles en 24 heures, a coupé sa vitesse ; Charlie Dalin (APIVIA) passe en 2e position aux premières heures de ce troisième dimanche de course, date à laquelle la tête de course s’engage sur la bretelle qui mène aux mers du sud. Et le patron, c’est Thomas Ruyant (LinkedOut).

Et la suite ? En ce dimanche 22 novembre 2020, la situation météo à l’abord de l’anticyclone de Sainte-Hélène est nettement moins favorable ! Et pourtant, les 500 milles quotidiens ont été « franchis » par plusieurs solitaires…

Or les hautes pressions de Sainte-Hélène jouent les « haricots sauteurs », en se glissant sur la route des leaders mardi prochain, puis en se scindant en deux cellules (l’une au large de l’Argentine, l’autre dans le Sud-Ouest de l’Afrique du Sud) sous l’influence d’une dépression en voie de déliquescence mercredi, pour finalement se reconstituer vendredi en s’étalant samedi ! Bref, ça bouge énormément dans l’Atlantique Sud en ce moment et cela ne fait pas l’affaire des solitaires du Vendée Globe…

Isabelle Joschke (MACSF) : « Je me suis remise de mes émotions de la nuit dernière. Le but du jeu est de reconstituer un balcon et, techniquement, c'est du costaud. Le balcon, c'est une question de sécurité, c'est ce qui rattache au bateau. Sans lui, ce n'est plus la même chose, et j’ai besoin de me sentir en sécurité avant d’attaquer les mers du Sud ».

Ça s’étire de plus en plus, des Canaries à Martin Vaz&Trindade

Qu’ils soient dans le groupe de tête (le trio Ruyant-Dalin-Thomson), parmi les poursuivants directs (de Jean Le Cam 4e, le plus à « l’intérieur du virage », à Samantha Davies, 10e), dans le triumvirat au large de Salvador de Bahia (Dutreux-Seguin-Pedote), au sein du pack brésilien (du 14e Maxime Sorel au 18e Alan Roura), parmi les « malheureux » encore au cœur du Pot au Noir (Costa-Boissières-Hare-Cousin) ou en passe d’y entrer (de Tripon 24e à Destremau 30e)… Sans parler du Japonais KojiroShiraishi qui a réussi à réparer sa grand-voile et à s’extirper des "dévents" de l’archipel cap-verdien ou même de Jérémie Beyou encore dans des alizés canariens (qui malencontreusement vont s’étioler en début de semaine !), se projeter à plus de 24 heures à des airs de « Madame Soleil », la célèbre astrologue des années 90…

Pour être clair, il y a désormais six groupes et quelques « isolés » qui s’étalent sur plus de 3 000 milles, soit l’équivalent d’une traversée de l’Atlantique (Route du Rhum ou The Transat)… Ce qui signifie que certains skippers ont déjà fait une croix sur leur score espéré pour se concentrer et se consacrer à un tour du monde qui s’annonce encore plus différent entre les leaders et leurs poursuivants que lors des précédentes éditions : quand les premiers vont toucher les dépressions australes et filer à plus de vingt nœuds de moyenne, les derniers seront encore à batailler dans la Zone de Convergence Intertropicale (ZCIT ou Pot au Noir), entre grains diluviens et calmes prolongés…

Il faut donc s’attendre à des écarts colossaux, de plus de 5 000 milles d’ici une semaine et de près de 10 000 milles dans une vingtaine de jours : quand le leader sera au cœur du Pacifique, la « lanterne rouge » passera le cap de Bonne-Espérance… Mais d’ici là, combien de solitaires seront encore opérationnels ? Déjà un démâtage (CORUM L’épargne) au large du Cap-Vert, un problème structurel pour Alex Thomson (HUGO BOSS) dans la descente de l’Atlantique Sud, et bien des avaries (plus ou moins graves) sur nombre de monocoques IMOCA. Le « quota » de 50% d’abandons n’est certes pas atteint (et ne le sera probablement pas au vu de la préparation de nombre de bateaux et de skippers), mais tout de même : il y aura forcément des « éclopés » sur le bord de la route…

Dans le couloir de l’abord

Alors quid de ce grand tour de Sainte-Hélène, l’anticyclone qui se joue de la course en repoussant les dépressions bien en dessous des Quarantièmes Rugissants ? Il virevolte entre Argentine et Afrique du Sud, sans réellement se stabiliser, ce qui rend l’anticipation des routes assez délicate. À ce jour, il n’y a pas d’autre choix pour le trio de tête (et pour leurs sept poursuivants) que de plonger vers ce « ventre mou » qui est de moins en moins marqué (1 022 hPa) et se déplace donc « à la vitesse d’un cheval au galop »…

Giancarlo Pedote (Prysmian Group), le 19 novembre : « Je cherche à vivre le moment présent. Je suis très content, j’ai peut-être raté deux-trois choses, mais je suis bien rentré dans le rythme, je suis bien dans ma routine. Je suis heureux, je ne prends que du positif, je trouve que la vie est belle ! ».

Et ce n’est pas la petite dépression (1 017 hPa) qui se désagrège au fil des heures, qui va simplifier les choses : le vague front nuageux qui court du cap Frio (pointe Sud-Est du Brésil) jusqu’au cap de Bonne Espérance ou presque, ne va laisser qu’un maigre couloir pour aborder les Quarantièmes ! Et encore faudra-t-il enchaîner les empannages pour rester dans la bonne veine de vent : celui qui a embarqué un spinnaker (Thomas Ruyant ? Jean Le Cam ? Yannick Bestaven ?) aura l’avantage de mieux glisser que sous gennaker de tête… Les quelques degrés d’angle (une bonne dizaine tout de même) et les quelques nœuds de mieux, devraient créer des différentiels plus que positifs, car le premier qui sort de la nasse va littéralement « s’envoler » !

 

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Enfin quid des « dérives droites » chères à Jean Le Cam ? Rappelons toutefois que le Vendée Globe est une course où il n’y a qu’un seul classement : le premier arrivé après avoir fait le tour du monde en solitaire et sans escale, a gagné. Point. Il n’y a donc pas de résultat autre du genre, bateau de plus de dix ans, casquette en carton ou âge du capitaine.

Pour autant, YesWeCam! et OMIA-Water Family font plus qu’impressionner et les conditions « pourries » de cet abord du Grand Sud, ne peuvent que les mettre en valeur : ça va plus vite au portant dans les petits airs sans foils qui traînent dans l’eau et sous spinnaker… Mais de là à monter sur le podium aux Sables d’Olonne, il y a plus qu’une marche ! Attendons encore un peu avant de nous prononcer.

Au final, il va encore falloir attendre quelques jours (vendredi ou samedi) pour que le premier rentre vraiment dans les mers du Sud, probablement largement en-dessous du 40° Sud, voire même en bordure de la Zone d’Exclusion des Glaces, autour du 45° Sud… Qui sera alors le leader ? Réponse le week-end prochain, lorsque la bretelle pour accéder à l’autoroute du Sud aura été franchie !