Ils en sont à plus de 37 jours de course et ils sont quatre à se tenir dans un mouchoir de poche à l’échelle d’un tour du monde. En chef de meute, Michel Desjoyeaux (Foncia) endosse à nouveau le costume de patron qu’il connaît si bien ; à ses trousses un trio qu’il cerne parfaitement en les personnes de Sébastien Josse (BT), Roland Jourdain (Veolia Environnement) et Jean Le Cam (VM Matériaux). Et la grande question est de savoir le tempo qu’ils vont adopter…
Quatre gros bras ont pris les commandes aux avant-postes du Vendée Globe. Quatre marins d’exception aux tempéraments affirmés qui ont tous de bonnes raisons de vouloir gagner ce tour du monde. A tout seigneur tout honneur, Michel Desjoyeaux qui depuis ce mardi matin a pris la tête de la course : parti avec une quarantaine d’heures de retard sur le reste de la flotte, le vainqueur du Vendée Globe 2000-2001 s’est retrouvé dans une situation inédite pour lui, celle de l’outsider.
Témoignant d’une faculté d’adaptation phénoménale, Michel a navigué libéré plaçant le curseur de la marche de son bateau à un niveau nettement plus élevé que le reste de la flotte. Une navigation parfaite conjuguée à une situation météorologique plutôt favorable aux poursuivants lui ont permis de dévorer les milles de retard jusqu’à reprendre la tête de flotte. Michel nous avait habitués depuis le début de ce Vendée Globe à des aphorismes multiples, à nous faire partager son bonheur de vivre en mer… Conservera-t-il cette même capacité à s’épancher alors qu’il vient de reprendre les commandes ? Rien n’est moins sûr. Le goût de la gagne est souvent propre à faire taire les états d’âme.
Un contre tous, tous contre un
Ce pourrait être la devise de chaque membre de ce quatuor inédit. Sébastien Josse a déjà bien intégré cette notion. Le benjamin de l’édition 2004-2005 est revenu sur cette course, moins disert, mais aussi plus mûr et incroyablement serein. Jojo, s’il n’a rien perdu de ses qualités humaines, n’en a pas moins appris qu’il existe une part de psychologie indispensable pour accéder au sommet et que parfois il vaut mieux ne pas trop dévoiler ses intentions. Gérant sa course avec une parfaite maîtrise, il déclare pourtant refuser de tirer sur son bateau et garder ses forces pour la grande bagarre finale.
Roland Jourdain est aussi trop avisé du grand jeu de la course au large pour tout dévoiler de ses batteries. Il n’est pas de meilleur moyen de ne pas trop focaliser l’attention sur sa stratégie que de savoir rester dans l’ombre. Entre les petits moments de vie à bord, ses élevages de grillon, Roland veille constamment à ne pas trop en dire tout en restant fidèle à lui-même. Un exercice de haute voltige où le navigateur quimpérois excelle.
Jean Le Cam enfin, a acquis cet art de détourner les questions indiscrètes par des pirouettes dont lui seul a le secret. Capable de répéter à l’envi que le rythme de cette course est déraisonnable, il sait aussi hausser le ton quand il le faut pour marquer son territoire et montrer qu’il faudra compter sur lui. Même s’il lui faut parfois se faire violence pour maintenir le cap, il sait toujours trouver les moments opportuns pour revenir dans la partie.
Ces quatre-là se connaissent trop bien pour attendre un cadeau quelconque les uns des autres. Mais ils savent aussi saisir toutes les opportunités pour enfoncer le clou vis-à-vis de la concurrence. Leur trajectoire de la nuit dernière est un modèle d’école. Flirtant tous avec le record de vitesse des vingt-quatre heures, ils sont su garder, par delà la fatigue, la lucidité nécessaire pour pousser les feux de leur machine. Et créer ainsi un écart de plus de 200 milles sur leurs poursuivants. Deux bateaux construits spécialement pour le Vendée Globe sont ainsi à la lutte avec deux bateaux de 2004, très largement optimisés par leurs skippers. Visiblement, dans cette bataille, au-delà des petits handicaps qui ont pu affecter les uns et les autres, il semble bien que ce soit la capacité des navigateurs à puiser dans leurs ressources qui fait la différence. Quoi d’étonnant que dans ces conditions, le poker menteur redevienne un jeu fort à la mode.
PFB