Anne Le Cam : « Il mesure la chance qu’il a de pouvoir repartir »
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Un jour, un skipper - A l’assaut de son troisième Vendée Globe, Jean Le Cam peut compter sur le soutien sans faille de sa femme, Anne. Pour nous, elle livre un regard sincère et passionné sur l’homme qui partage son quotidien depuis des années.
Anne Le Cam, comment vous sentez-vous à deux semaines du départ ?
Tout va très bien. Un peu fatiguée parce qu’il faut cumuler pas mal de petites choses.
Est-ce que vous serez aux Sables d’Olonne avant le départ ?
J’arriverai la dernière semaine. Pour l’instant, je ne suis pas là parce que je travaille dans mon restaurant et j’ai encore pas mal d’occupation à coté.
Comment avez-vous réagi lorsque Jean vous a annoncé qu’il partait pour un nouveau Vendée Globe ?
Ce sera son quatrième tour du monde en tout mais je suis très heureuse pour lui. Il est content lui aussi donc c’est le plus important.
A quel moment vous a-t-il annoncé qu’il repartait pour un tour ?
Pour Jean, ça a toujours été clair : tant qu’il peut le faire et tant qu’il a envie de le faire, il ne se pose pas de question. Vous savez, il a une grande passion pour la voile donc à partir de là, il veut faire tout son possible pour en profiter au maximum.
« Il s’est toujours donné les moyens de réussir »
Comment le décririez-vous en quelques mots ?
Humainement, c’est quelqu’un de très droit, très sincère, vrai dans ses propos, vrai dans sa vie et une personne très entière. Il ne joue jamais avec les autres. C’est également une personne déterminée, il sait où il va et pourquoi. Il s’est toujours donné les moyens de réussir. Après, il est comme tout le monde, il a également ses faiblesses (rires).
Pour ce Vendée Globe qu’est-ce qui va être le plus important pour Jean : le plaisir ou la compétition ?
Je pense que les deux sont intimement liés. Il a un vrai plaisir effectivement à participer à cette édition. Il est heureux de repartir, content de naviguer une nouvelle fois dans cette course. Il mesure aussi la chance qu’il a de pouvoir repartir car il sait qu’il y en a d’autres qui sont restés sur le carreau, comme Yann Elies, et ça le contrarie beaucoup. Il y a de bons skippers qui n’ont pas pu s’aligner faute de sponsor. Il a donc une grande gratitude par rapport à ça et s’il n’avait pas pu être au départ, cela aurait été un peu dur… Donc voilà, il est ravi même s’il n’a pas le plus grand des budgets et le bateau le plus performant sur le papier. Il mesure qu’il a la chance de pouvoir partir.
Il n’y va donc pas pour faire de la figuration ?
Absolument pas ! Il se fixe ses objectifs. Vous savez, un Le Cam (sic), il ne va pas naviguer pour faire le nombre. C’est aussi et avant tout un compétiteur. Même si le Vendée Globe est une aventure, ça reste néanmoins une compétition. En dépit de ses moyens pas forcément les plus élevés, il va clairement tout donner.
« J’ai une entière confiance en Jean »
Comment allez-vous communiquer pendant la course ?
C’est Jean qui appelle quand il le souhaite. Je n’ai jamais appelé de ma vie le bateau. Imaginez il y ait quelque chose de grave qui se passe, qu’est ce que je vais aller lui raconter alors qu’il est à l’autre bout du monde ? Ça ne sert à rien. Mais c’est la même chose pour toute la famille. De toute façon, il ne donne pas le numéro de téléphone du bateau (rires).
Comment aviez-vous vécu le chavirage de Jean il y a quatre ans ?
Je l’avais vécu avec une nuit blanche. Mais vous savez, je ne suis pas quelqu’un qui dramatise. J’ai une entière confiance en Jean. J’ai passé une nuit blanche car je voulais moi-même annoncer la nouvelle à nos filles plutôt qu’elles ne l’apprennent par la radio. Mais de manière générale, je positive tout le temps. Je pars du principe que tant qu’on est sûr de rien, ce n’est pas la peine de se rendre malade. En plus j’étais persuadé qu’il était dans le bateau puisqu’il nous a appelés au moment où il a chaviré. Jean est quelqu’un qui a beaucoup de sang froid et de réflexion et je savais que dans ce moment difficile, il allait le prouver. Le seul doute, c’était qu’il ait pris quelque chose sur la tête. Mais je déteste ce moment où les gens paniquent et où il y a une espèce de folie qui s’installe.
Il est quand même normal que les gens s’inquiètent dans ces cas-là…
Oui, et j’avais été très touchée par les différentes attentions. Je sentais bien que les gens étaient inquiets et qu’il y avait toute une communauté « d’âmes » qui pensait à Jean et qui espérait que cela se finisse bien.
On imagine que vos retrouvailles ont été très émouvantes ?
C’était surtout surréaliste (rires). Des moments comme ça ne peuvent pas vraiment être émouvants parce que d’abord, on est fatigué. Là, on s’était retrouvé à Puerto Williams. Lui, il avait vécu une aventure et nous, avec Michel Olivier son directeur de projet, on en avait aussi vécu d’autres en parallèle pour le rejoindre. Toutes ces péripéties ont rendu la chose tellement surréaliste qu’on s’est surtout demandé ce qu’il se passait ! En plus, nous avions déjà le nez dans les contrats d’assurance et Jean avait les Crocs orange de Vincent (Riou) donc voilà tout était incroyable et surtout cocasse mais on était évidemment contents de se retrouver et amusés par la situation.
Arthur GUYARD
