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Le jour où : une légende est née

Titouan Lamazou

Parmi les treize concurrents au départ, on identifie quelques pointures de la course au large, tels Philippe Poupon qui a déjà dans sa besace des victoires dans la Route du Rhum et la Transat Plymouth – Newport, les deux plus grandes courses en solitaire de l’époque ; Philippe Jeantot, à la fois organisateur et coureur, double vainqueur du BOC Challenge, le tour du monde en solitaire avec escale ; Jean-Yves Terlain à la barre d’un bateau radical ; Titouan Lamazou ou bien encore Loïck Peyron. À leurs côtés, quelques jeunes loups aux dents longues comme Alain Gautier ou Pierre Follenfant rêvent d’en découdre, quand certains candidats se présentent à la barre d’unités plus atypiques. Jean-Luc Van Den Heede a fait construire un long cigare en aluminium sur plan Harlé. Le bateau est dépourvu du moindre élément de confort et l’on se demande comment l’ancien professeur de technologie va pouvoir résister quand il s’agira d’affronter les mers du Sud. Jean-François Coste, quant à lui, prendra le départ à la barre du vénérable Pen Duick III, une goélette de 17 mètres qui connaît bien la route, mais ne peut prétendre rivaliser avec les derniers-nés conçus pour l’épreuve.

Le long des berges du chenal, le public n’a pas la densité que l’on connaît aujourd’hui : il est surtout composé de curieux qui viennent assister à l’entrée des gladiateurs dans l’arène. Car la question qui brûle les lèvres est de savoir combien parviendront à terminer cette course dont le règlement drastique n’autorise aucun droit à l’erreur. Les bruits les plus insensés courent sur les pontons : aura-t-on suffisamment de coureurs à l’arrivée pour faire un podium ? Jean-François Coste, à la barre de son Pen-Duick III dépassé, mais solide comme un coffre-fort, n’a-t-il pas fait le bon choix ? C’est la bouteille à l’encre parmi les commentateurs.

 

La communication en question

S’ils ont conscience de participer à une aventure hors-normes, les coureurs, eux, se posent beaucoup moins de questions. L’idée a germé lors d’une des escales du BOC Challenge où plusieurs marins, à l’occasion d’une soirée dans un bar de Capetown, déplorent la longueur des escales qui cassent le rythme de la course. Le principe d’un collectif qui organiserait un tour du monde en solitaire sans escale voit le jour. Philippe Jeantot qui participe à la discussion, va devancer tous les autres participants en s’attachant le soutien de la mairie des Sables d’Olonne et du Conseil général de Vendée, en la personne de son président Philippe de Villiers. Quelques marins renâclent un peu : certains auraient souhaité un débat plus démocratique où chacun aurait pu apporter sa pierre à l’édifice. Mais le fait est qu’on leur livre la course clés en main. Il n’y a pas lieu de faire la fine bouche. Avec Philippe Jeantot, à la fois coureur et organisateur, les relations sont parfois tendues. Le nouveau patron du Vendée Globe a compris la nécessité de donner la plus grande visibilité possible à l’épreuve. Il élabore un premier règlement qui impose aux coureurs des points de passage obligés où chaque marin pourra remettre à l’organisation des cassettes vidéo de ses exploits. C’est le tollé général ! Une partie des frondeurs menace même de prendre ses cliques et ses claques et de filer à La Rochelle pour prendre le départ. Il n’y aura pas de points de passage obligé. Pourtant, a posteriori, les faits donneront raison à la vision de Philippe Jeantot. Loïck Peyron, qui aura la lucidité de filmer le sauvetage de Philippe Poupon à l’orée des Quarantièmes Rugissants, remettra à son frère venu l’accueillir au passage du cap Horn la fameuse cassette vidéo qui va faire entrer la course dans l’histoire. À l’arrivée, après 105 jours de mer, c’est une foule gigantesque qui accueillera Titouan Lamazou, premier marin à inscrire son nom sur les tablettes du tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance. Une légende était née.

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