05 août 2020 - 13h:00 • 3276 vues

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Sommeil, nourriture, déplacements, Charlie nous dit tout sans détour...

Au lendemain de la folle arrivée de la Vendée-Arctique-Les Sables d’Olonne, Charlie Dalin, deuxième de la course, s’est confié sur la vie mouvementée à bord de son foiler.

(In)confort à bord : tenir le choc dans la durée
"Mon bateau n’est vraiment pas fait pour les gens qui ont le mal de mer. Il est entièrement fermé. Et rapidement, c’est la guerre. Quand tu vois 20 nœuds de vent sur ton routage, tu sais que tu vas te faire secouer. Tu t’assois où tu peux, mais le problème c’est que la surface a beaucoup de réponse, donc tu te fais vite mal au dos. En appui sur les pieds, c’est le mieux. Quand ça va très vite, c’est la position allongée qui est la plus « confortable ».
Au niveau des manœuvres, tu verrais le temps que je mets pour aller sous le vent voir mon génois ! J’y vais tout doucement sur un cheminement très précis. En fait, quand tu es debout, c’est que tu dois rester gainé en permanence, car tu ne sais pas quand les chocs arrivent. Ce n’est pas un bateau classique dont tu accompagnes les mouvements. Là, tu es dans l’inconnu permanent. Tu ne sais absolument pas quand il va y avoir un choc. Parfois tu te prends des taquets monstrueux ! C’est évident qu’il faut avoir une condition physique qui te permette de tenir.

Les bateaux évoluent plus vite que les hommes
Pour le Vendée Globe, on va encore rajouter des protections : des mains courantes, et on va poser des mousses à droite et à gauche. C’est un vrai dossier : l’enjeu est d’aller vite dans la durée, de tenir la cadence le plus longtemps possible. Les gains de performance ont un coût sur le confort du bateau.

A chaque départ de Vendée Globe, on se dit toujours un peu la même chose : 'On ne peut pas aller plus vite'. Mais si ! Les bateaux prennent des pourcentages de performance à chaque génération, alors que l’homme, lui, n’évolue pas. Il faut donc adapter l’ergonomie pour tenir.

© François Van Malleghem / ImocaManger calé, matosser casqué
Côté préparation du repas, je dois faire gaffe à la façon dont je verse l’eau chaude sur mon lyophilisé. Tu fais gaffe à chaque geste. Je me mets dans une position pour accuser les coups. Pour matosser, je me cale souvent sur les genoux. J’ai un casque de rugby pour aller à l’avant quand je matosse, comme ça, je peux me taper la tête sur la structure sans me faire mal.

Manœuvres : suées et trombes d’eau
Se déplacer sur le pont ? Cela dépend des situations ! Au portant, il faut oublier d’aller dehors. Le bateau prend des paquets de mer énormes. Au reaching, tu te prends de petites vagues, mais tu ne te fais pas recouvrir. Sur la Vendée-Arctique-Les Sables d’Olonne, j’ai fait des essais, comme relancer la machine avant d’avoir fini une manœuvre. Tu perds moins de temps (un gain non négligeable de 3 ou 4 milles) mais tu te fais copieusement rincer, voire défoncer (rires). Tu rentres de là claqué, trempé, ça traverse le ciré, et en même temps tu te prends des suées (rires !). Le curseur se joue là-aussi, sur une manœuvre engagée ou pas.
C’est sûr qu’on passe pas mal de temps enfermé dans le cockpit ou à l’intérieur, mais on n’a pas le choix. Quand tu es en avion, tu ne sors pas la tête à l’extérieur ! Sur nos bateaux, c’est pareil !

Allo Maman Dodo
La solution pour dormir, je ne la connais pas encore. Je teste des choses. Pour moi, c’est vraiment un domaine stratégique. On a investi beaucoup de temps et d’argent là-dedans. Et nous allons encore continuer à travailler dessus cet été. Je travaille avec le Centre européen du sommeil et avec le docteur François Duforez, spécialiste de la question. Il a bossé avec Jean-Pierre Dick, mais aussi pour des équipes de foot, de Formule 1, avec l’armée. Le sommeil en milieu hostile et engagé : il connaît !

Sur la Vendée-Arctique-Les Sables d’Olonne, je suis content d’avoir réussi à dormir à haute vitesse. Je voulais savoir si j’en étais capable et j’ai réussi, malgré le stress de la vitesse et le bateau qui tapait très fort. J’ai des techniques de relaxation pour détendre mes muscles les uns après les autres. Sur le Vendée Globe, je sais qu’on sera tellement fatigué, qu’au bout d’un moment, on arrivera dormir. Les siestes les plus difficiles sont celles en début de course, parce qu’en général, tu pars en surrégime pour être dans le bon groupe dès les premiers jours. Sur la 'Vendée-Arctique', j’ai fait des siestes de 40 minutes maximum, ce qui n’est vraiment pas beaucoup. Non ce n’est vraiment pas assez !

Je dois également faire de nouveaux ajustements sur la nutrition. Sur la Vendée-Arctique-Les Sables d’Olonne, j’ai beaucoup mangé, j’avais tout le temps faim ! Je mange riche, mais équilibré, car il faut du jus pour être capable de fournir tous ces efforts. Sommeil, nutrition, c’est important pour moi de prendre en compte tous ces paramètres. Je ne suis pas du genre à faire des impasses. C’est une question de philosophie. Ca fait partie de la performance.

En tout cas, la 'Vendée-Arctique' a été une expérience très importante en ce qui concerne le rythme à prendre à bord. Je me suis rendu compte que j’étais tout le temps en surrégime et que j’étais fatigué sur la fin. Je me dis que, sur le Vendée Globe, ça va être la guerre pendant trois mois !

© © Eloi Stichelbaut - polaRYSE / IMOCA
De bruit et de fureur
En ce qui concerne le niveau sonore, j’ai mesuré 85 décibels, avec des pics à 92. C’est un autre facteur d’inconfort. Ce sont souvent des bruits anxiogènes, associés à la vitesse du bateau. Des sortes d’alertes sonores stressantes ! Chaque bruit correspond à quelque chose. Quand tu fais du bateau, tu utilises tous tes sens et l’ouïe est très importante. Les bruits interpellent en permanence. Comme, la plupart du temps, tu ne vois rien parce que ton bateau est recouvert d’eau, tes repères deviennent le toucher et l’ouïe. Même s’il y a des caméras partout qui te permettent de voir l’extérieur sur ton écran d’ordinateur, l’ouïe est indispensable. Il ne faut pas négliger le moindre bruit. Il faut trouver tout de suite d’où ça vient : ça peut te sauver d’une catastrophe. Tu entends, mais tant que tu n’as pas trouvé ce que c’est, tu cherches !

Chercher la mer plate plutôt que le vent fort
On est tellement sujet à l’état de la mer que les performances sont vite dégradées, selon qu’elle est formée ou pas. Ce n’est pas comme en Figaro où plus tu as de vent, plus tu es content.

Dès 13/14 nœuds de vitesse, on vole. Et ce n’est pas parce que tu as 30 nœuds de vent que tu vas plus vite. Mieux vaut aller chercher la mer plate que le vent fort. Sur mer plate, ton bateau ne ralentit pas. Ce qui m’intéresse plus que tout, c’est la capacité à rester en avant d’un front. J’ai hâte de vivre ça dans le Grand Sud. Tu imagines garder une vitesse de 25 nœuds non-stop sans jamais t’arrêter ? C’est mon rêve de me déplacer avec une dépression et de traverser comme ça un océan entier. On a des bateaux qui ont la capacité de faire ça !"

 

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