27 Octobre 2020 - 17h00 • 3031 vues

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Sur son IMOCA construit par Bernard Stamm en 1999 qu’Alan Roura a mené à bon port en 2016, Pip Hare part sur son premier Vendée Globe avec une énorme envie de bien faire. Forte d’une équipe de haut niveau, de nouvelles voiles, d’un bateau encore amélioré et d’un mental d’acier, la Britannique ne cache pas son impatience de prendre le départ le 8 novembre prochain.  

Tu es bien entourée : Paul Larsen qui détient le record du monde de vitesse à la voile (65 nœuds), Joff Brown qui a été boat captain et préparateur de Dee Caffari et Rich Wilson (13e du Vendée Globe 2016)… Peux-tu nous dire quelques mots sur ton équipe ?

J'ai une équipe incroyable autour de moi. J’ai toujours tout fait par moi-même jusqu’ici. Aujourd’hui, je m’appuie sur des personnes de confiance. Joff Brown a été extrêmement bienveillant envers moi et mon projet. Je suis peut-être un peu différente de ses clients récents, car je navigue peut-être plus, je connais mieux mon bateau et je suis assez autonome. Il travaille sur l'expérience. Paul Larsen, lui, cherche plus à repousser mes limites, à améliorer les choses.

Tu as un budget un peu plus conséquent cette année, qu’est-ce que cela change pour toi ?

Le bateau est incroyable. Par rapport à l'année dernière, il est solide et stable, plus facile à gérer. Il est nettement plus constant en termes de vitesse mais je ne pense pas que nous ayons gagné en vitesse de pointe. Je suis super contente de mes nouvelles voiles. J'ai tout : une nouvelle grand-voile, un nouveau J2, un J3 et petit foc (storm jib) et j'ai opté pour un grand A2, un code 0 bon pour le près et le portant. Je travaille avec John Parker chez One Sails au Royaume-Uni depuis 11 ans maintenant. Ils ont fabriqué mes voiles pour ma Mini et mon Class40.

Medallia* est un nouveau partenaire dans la voile. Comment les as-tu convaincus ?

Ils ont été incroyables, tout simplement incroyables ! Je pense que je n’aurais pas pu arriver ici sans eux, ça aurait été comme sur la Transat Jacques Vabre l'année dernière, avec mon équipe toujours à « bricoler » pour trouver des solutions. J'ai eu le coup de pouce nécessaire pour être ici. J’ai toujours du mal à croire que je suis là, sur le départ du Vendée Globe ! Leslie Stretch, le directeur général est un marin, il a lu un article sur moi, il s’est aussi rendu sur le site internet du Vendée Globe. Beaucoup de clients de Medallia sponsorisent des bateaux, comme Hugo Boss par exemple. C’est pour ça qu’ils ont voulu s’y mettre. Il a lu un article dans « Yachting World » qui parlait de mon projet, qui expliquait comment je m’étais débrouillée toute seule et il a pensé que cela correspondait vraiment à l'éthique et à la philosophie de Medallia. Ils voulaient partager un message positif en interne et aux clients. Il m'a envoyé un e-mail d'une seule ligne.

Est-ce que tu utilises leurs services dans le cadre de ton projet ?

Nous avons utilisé un programme appelé Crowdicity. C’est une plateforme de recherche d'idées par le grand public. Par exemple, nous avons interrogé les gens pour qu’ils nous donnent leurs idées pour rendre le bateau plus confortable. Ils ont aussi Living Lens, qui est une plateforme d'aide à la relation clients qui analyse les expressions faciales et les discours, selon les choix des mots et de grammaire. La solution analyse les émotions et les sentiments pour faire émerger les points les plus importants. C'est fascinant. J'enverrai des vidéos et ils les mettront sur Living Lens pour tout le public anglophone. Niveau analyse, on devrait avoir quelque chose comme « Elle a l'air fatiguée, fatiguée et très fatiguée ! »

Es-tu satisfaite de ta préparation physique et mentale ?

Pour être honnête, j'ai eu si peu de temps pour mener à bien ce projet que je n'ai pas fait tout ce que j’aurais voulu au niveau préparation. Je suis très, très impliquée dans la gestion de ce projet. Je suis loin d'être seulement le skipper. Je travaille autant que je peux, et c’est vrai que l’entraînement physique a pu passer un peu à la trappe. Je me sens bien même si j'aimerais être encore plus en forme. Je dois aussi accepter que soit une course de trois mois et qu'il serait stupide de s'épuiser dans les deux ou trois premières semaines. Je vais donc faire ma propre course, j'accepterai qui je suis et où je suis. C’est toujours difficile quand vous perdez des milles et que les gens s'éloignent de vous, il y a le diable sur votre épaule qui vous dit : "Vous ne les récupérerez jamais". Mais ce n'est pas le cas dans cette course. Je pourrai continuer et continuer, c’est ma mentalité. J'ai toujours dit en rigolant qu'une transatlantique ne me suffisait pas. En arrivant, je suis tout juste échauffée ! Courir un marathon n'est jamais suffisant.

Est-ce qu’Alan Roura - qui a disputé le dernier Vendée Globe sur ton bateau – est venu voir ton bateau ?

Oui, Alan est étonné de ce que nous avons fait sur le bateau, je voudrais aussi montrer ça à son équipe. C'est un gars tellement cool ! Je lui ai posé beaucoup de questions, il m'a beaucoup aidé. Il est vraiment bon et il connaît ce bateau. J'espère aussi que Bernard Stamm viendra aux Sables d’Olonne, j'aimerais tellement lui montrer mon bateau !

Chez toi, en Angleterre, est-ce que ton projet Vendée Globe suscite beaucoup d'intérêt ?

Les médias nationaux britanniques nous ont fait part de leur intérêt. Je vais faire un blog pour le Daily Telegraph, ce qui est très bien pour la course et le sport. Ce qui est difficile, c’est que beaucoup de gens, amis et famille, ne peuvent pas venir à cause du contexte sanitaire. Mais j’ai un groupe d'amis qui viendra, coûte que coûte !

Est-ce que tu te vois revenir en 2024 ?

Sans aucun doute, il est difficile de bien faire du premier coup !

Tu as donc fait du lèche-vitrine sur le ponton, à la recherche de ton prochain bateau ?

Oui, je voudrais faire un deuxième Vendée Globe, en mieux. Deux, c'est raisonnable. Le bateau de Sam Davies m'intéresse, tout comme Maître CoQ IV et PRB. Mais pour l'instant, je n’en sais rien et je n'ai mis les pieds que sur deux IMOCA, celui de Miranda (Merron) et celui d'Ari (Huusela).

Qu'est-ce qui t’inquiètes le plus ?

De ne pas voir un problème à bord avant qu'il ne s'aggrave. Rien ne me préoccupe dans la navigation elle-même.

 

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