11 Janvier 2021 - 10h00 • 14272 vues

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Dans l'après-midi de ce lundi, Jérémie Beyou devrait parer le cap Horn et quitter l'océan Pacifique qui ne l'a pas épargné. Le skipper de Charal était bien en forme, à la vacation ce matin. 

" Même si je gagne des places, ce ne sont pas celles que j'aimerais gratter, mais je vais à mon rythme, en essayant de préserver le bateau au maximum. Personne n'est à l'abri d'un problème d'électronique. J'ai eu des soucis de GPS il y a deux jours, en pleine nuit le pilote est parti en vrille, le bateau est allé à l'abattée dans 40 nœuds. Ça ne tient pas à grand-chose. On a vite trouvé d'où venait la panne. Il faut que tout marche parfaitement pour que ça se passe bien. 

Je continue à être surpris parce que je vis en mer. Ce n'est jamais deux fois pareil, heureusement d'ailleurs, sinon je pense qu'on n'y retournerait pas. Tu peux aussi être surpris de la mauvaise manière. Tu espères mieux ou plus facile, cela a été notamment le cas pendant toute la route dans le grand Sud. J'avais trouvé ça finalement plus facile lors du précédent Vendée Globe alors je n'avais plus de météo et que je rencontrais des soucis d'électronique. Cette année, je ne suis pas fâché de quitter le grand Sud... On n'a pas eu un seul temps mort : un système dépressionnaire a avancé un peu plus lentement que nous, mais avec nous. En général, il y a des alternances entre les dépressions et les dorsales, mais pas cette année. On n'a fait que passer d'un système dépressionnaire principal à un système secondaire. J'ai pris cher, et je pense à Stéphane (le Diraison) et Didac (Costa) qui, parce qu'ils vont un peu moins vite que moi, ont pris encore plus cher. Tu n'es pas grand-chose dans ces conditions-là, dans ces dépressions polaires très froides, aux vents très denses. En plus, ce que tu rencontres dans la réalité est bien supérieur à ce que t'annoncent les fichiers. Ils te disent 30 nœuds de vent, tu en prends 45 en réalité. Même avec trois ris dans la grand-voile, tu es tout le temps à la limite. Et ça dure longtemps... 

C'est mon troisième cap Horn. J'ai mis du temps à franchir le premier, lors du Vendée Globe 2016, puis j'ai vite récidivé avec la Volvo Ocean Race. J'ai vu le Horn les deux fois, ce sera plus compliqué parce qu'une dépression secondaire vient vers nous depuis le Nord. Je pense que nous allons l'éviter. Le Horn, même si ce n'est qu'un tas de cailloux tout gris, c'est une libération, un soulagement. Je vais être très content de sortir du Pacifique, qui a été un vrai rouleau compresseur. Je sais, pour y être passé plusieurs fois, que la remontée de l'Atlantique n'est pas qu'une partie de plaisir, mais cela fera du bien au moral de quitter le Sud. 

La dernière fois que j'ai pu me servir de mon bateau en mode foiler, c'était le long de la Tasmanie, cela fait donc un moment. Le reste du temps, on a eu du vent arrière, dans lequel les foils ne servent à rien ou, pire, te handicapent. J'espère que je pourrai repasser en mode foiler dans les alizés et les vents du Brésil, parce que c'est un peu pour cela que je suis reparti (des Sables-d'Olonne, ndlr). Je me suis évertué à préserver le bateau dans le Sud pour vivre le plein potentiel de Charal. Ce ne sera pas parfait : je n'ai plus de J2, qui est la voile de portant idéale pour une remontée toute en puissance sur les foils. 

Comme je ne route pas les autres, je ne sais pas ce que je peux gagner, mais je sais que je devrais bien avancer, une fois passé le Horn et la molle qui attend de l'autre côté. Il y aura du suroît. Qui je pourrai dépasser ? Je ne sais pas. Je me rapproche de Cali (Arnaud Boissières) et d'Alan (Roura). Les autres sont quand même bien loin devant...  "