15 Janvier 2021 - 17h35 • 28798 vues

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A pas mesurés, Boris Herrmann (SeaExplorer – Yacht Club de Monaco) a traversé les mers du Sud à sa main, sans provoquer la fortune. Le voici, juché sur un bateau qu’il annonce en parfait état de marche, doté de foils de dernière génération, à la troisième place du Vendée Globe derrière Charlie Dalin (Apivia), leader plein d’autorité et Louis Burton (Bureau Vallée 2).

Il y a quatre ans, quand le Vendée Globe avait pris son envol, Boris Herrmann regardait partir son futur bateau, qui s’appelait alors Edmond-de-Rothschild, et qui était piloté par Sébastien Josse. Le navigateur allemand avait déjà jeté son dévolu sur l’IMOCA dessiné par le tandem de génie Verdier-VPLP et que Seb Josse conserva aux avant-postes juste derrière les deux flèches les plus affûtées de cette édition, Armel Le Cléac’h et Alex Thomson… jusqu’à son abandon, en Australie, après qu’une voie d’eau se fut déclarée dans un puits de foil, la dernière et la plus problématique de ces avaries qui avaient volé en escadrille au-dessus de ce beau projet. 

Depuis, Team Malizia, l’équipe de Pierre Casiraghi – le neveu du Prince Albert de Monaco – s’est convertie à l’IMOCA et la barre a été confiée à Boris Herrmann. Un peu pour l’amitié qui les lie, beaucoup pour le potentiel sportif du natif de Hambourg, qui ne demandait que le support ad-hoc pour s’exprimer. Depuis, aussi, Malizia a été rebaptisé SeaExplorer – Yacht Club de Monaco, et il a été affublé de nouveaux foils l’hiver dernier, dessinés par VPLP, et légèrement avancés afin de favoriser la précocité de l’envol. C’est donc un bateau dont le pedigree le rapproche des derniers vainqueurs du Vendée Globe (Banque Populaire en 2016, Macif en 2012) et qui, dans cet étonnant Vendée Globe dont la météo malicieuse a mis quasiment à pied d’égalité les bateaux flambants neufs et des IMOCA à dérives droites de l’édition 2008, a les atours du parfait compromis.

Plus vieux, mais valide
© Boris Herrmann / ImocaTout ceci pour dire qu’il n’y a que peu de hasard à retrouver Boris Herrmann dans le top 3 de ce Vendée Globe alors que les bateaux ont l’étrave tendue vers le pot au noir. Le skipper, 37 ans, a déjà fait son tour du monde, en Class40, certes, mais il avait déjà une idée de ce qui l’attendait. Le bateau, lui, a été éprouvé par six ans de fiabilisation et, pour l’heure, il a été plutôt épargné par les soucis techniques – pour ce qu’on en sait. C’est bien là le seul des hasards qui ont contribué à l’émergence au premier plan de Boris Herrmann dans ce Vendée Globe. Avec deux foils valides et un plan de voilure a priori préservé, le skipper de Hambourg va faire plus que résister aux skippers juchés sur des IMOCA dernière génération, à savoir Thomas Ruyant (LinkedOut), privé d’un foil bâbord qui lui fait déjà défaut et à Charlie Dalin (Apivia) qui souffre un handicap similaire. Boris n’a pas à rougir non plus de ses performances face au Maître CoQ IV de Yannick Bestaven, époustouflant depuis trois semaines sur l’ex-Safran de Morgan Lagravière, puni par la météo et privé de ses 450 milles d’avance d’il y a cinq jours sans qu’on sache s’il s’agit de justice divine ou de mesquinerie terrienne…

Du challenge dans l’air
Tout ça pour dire que, au classement de 15 heures de ce vendredi 15 janvier, à – allez – onze ou douze jours de l’arrivée à vue de routage anticipé, Boris Herrmann challenge le leader de ce Vendée Globe et son bateau neuf et Louis Burton, monté sur le bateau tenant du titre.

© Yvan Zedda / Alea / VG 2020 Les trois devraient passer dans cet ordre à hauteur de Recife en début de soirée. Les deux navigateurs français passeront devant ce marqueur non officiel de la course, portés par des alizés d’Est de 13 nœuds environ, en tirant bénéfice des courants qui les portent vers l’équateur et en bénéficiant, s’ils étaient amenés à se rapprocher de la côte, des thermiques de l’après-midi. Situé 25 milles dans leur Est, Boris Herrmann aura moins de courant, 0,1 nœud contre 0,4 à 0,6 nœud.

« Nous sommes rentrés dans le sprint final, en mode régate, racontait le skipper de Team Malizia ce jour à son équipe de communication. J’ai les conditions dont je rêvais. Je fais route plein Nord avec un cap à 1°. J’essaie d’utiliser 100% du potentiel du bateau et de mes foils contrairement à Thomas et Charlie, qui ont leurs foils endommagés. Avec 13 nœuds de vent, je marche actuellement à 15,6 nœuds, je suis vraiment super content. On navigue hyper serrés avec les autres. C’est vraiment excitant de jouer autant à un peu moins de 4 000 milles nautiques de l’arrivée. Mais le chemin à parcourir est encore long, avec notamment deux étapes décisives : le passage du Pot au noir et la navigation dans la remontée de l’Atlantique Nord. Cela reste très ouvert, cette fin de course s’annonce très excitante ! ».      

Derrière, l’on s’accroche ! Thomas Ruyant est 4e, à 55,3 milles derrière le leader au classement de 15 heures ; Damien Seguin (Groupe APICIL) est 5e sur son bateau de 2008 optimisé, mais toujours équipé de dérives droites. Une performance qui a fait dire à Yoann Richomme, vainqueur de La Solitaire du Figaro, skipper d’un projet Ocean Race (Mirpuri Foundation) et observateur très pointu de ce Vendée Globe que « Damien Seguin est en train de devenir une légende du sport » (source : imoca.org)… et qu’on ne peut qu’abonder en son sens.        

Puni de l’Ouest, Yannick Bestaven (Maître CoQ IV) concède de la distance dans les lignes de grains : le voici à 105,3 milles de la tête, qui a touché des alizés plus réguliers en premier. Et, pour l’heure, avec à négocier un pot au noir, puis une transition d’avant dépression et l’incertitude qui plane encore sur l’angle de la dépression qui emmènera la flotte vers les Sables-d’Olonne d’ici quelques jours, on peut considérer que Benjamin Dutreux (OMIA – Water Family), Giancarlo Pedote (Prysmian Group) et Jean Le Cam (Yes We Cam!) – surtout Jean le Cam ! - ne sont pas déconnectés de la course aux places qui comptent !

Bientôt le lever de L’Occitane ?      
S’ils sont encore freinés, Armel Tripon (L’Occitane en Provence) et Clarisse Crémer (Banque Populaire X)- qui s'est battue pour réparer son J2 - devraient perdre moins de temps que redouté dans la pétole qui les freine à l’entrée des premiers alizés. Ils partiront peut-être avant que Romain Attanasio (Pure - Best Western), lancé à 14,4 nœuds, ne vienne recoller dans leur tableau arrière.    

Derrière le groupe qui « joue » encore avec la zone des glaces (Beyou, Roura, Boissières) ou qui coupe la poire en deux (Pip Hare), Didac Costa (One Planet One Ocean) et Stéphane Le Diraison (Time for Oceans) ont tenté leur chance par le détroit de Le Maire, et cela semble leur sourire. Empétolé depuis son passage du cap Horn cette nuit, Manuel Cousin (Groupe Sétin) attend un coup de vent pour repartir. Du cap Horn, Miranda Merron (Campagne de France) et Clément Giraud (Compagnie du Lit – Jiliti) n'en sont « plus » qu’à un peu plus de 500 milles. Alexia Barrier (TSE – 4myPlanet) se rapproche, elle, du point Nemo, mais pas toute seule : Sam Davies fait route juste devant elle, hors course. Plus loin, Ari Huusela (STARK) avance très Nord, et Sébastien Destremau (merci) tente de se dépatouiller de son avalanche de problèmes techniques.