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Kerguelen

Thomson coucher soleil
© Alex Thomson/ Hugo Boss

Sur ces terres ravagées par les tempêtes, où rien ne pousse si ce n’est quelques choux endémiques, des mousses, du lichen, des herbes folles et des acaenas, presque aucun animal (si ce n’est marin) ne vit sur ces îles éloignées depuis l’origine des temps, à plusieurs milliers de kilomètres des continents antarctiques, africains ou australiens… Désolation fut ainsi le nom donné à l’archipel découvert en 1772 par Yves-Joseph de Kerguelen de Trémarec.

La découverte n’est qu’un fiasco et seuls quelques pêcheurs de baleines et des chasseurs d’éléphants de mer pointent leurs étraves en ces lieux isolés. Les quakers de la Nouvelle-Angleterre n’hésitent pas à affronter le froid et la boucaille pour ramener de l’huile, bien précieux pour éclairer les lanternes. Le 17 décembre 1792, les baleiniers de Nantucket (Asia, Alliance, Hunter) mouillent dans la baie de Port-Christmas répertorié par James Cook seize années plus tôt. Ils enterrent le premier mort de l’archipel et reviennent chargés d’une huile… confisquée par une frégate britannique devant les Caraïbes ! La Petite Henriette du capitaine René Decaen est le premier navire à réaliser le tour de l’archipel en plein été austral 1820, mais ne ramène qu’un brick usé par le mauvais temps et un équipage atteint par le scorbut. Et en 1825, John Nunn y fit naufrage au cours d’une chasse à la baleine : avec trois autres matelots, ils vécurent comme des hommes préhistoriques, se nourrissant de chair d’éléphants de mer, d’otaries, d’œufs de manchots cuits sur de l’huile de phoque… Il leur faut attendre deux années pour qu’un autre navire les recueille, mais John reste deux saisons de plus pour terminer sa campagne de pêche !

Des foules impressionnantes de manchots (royaux, macaronis ou papous) colonisent les vallées qui se jettent à la mer et la rumeur entêtante de leurs appels puissants résonne jour et nuit entre les parois rocheuses maculées d'une couche épaisse de fiente rose et malodorante. Les côtes sont bordées des longues tresses noires et luisantes du « kelp » : dans ces algues géantes ondulant au gré du mouvement du ressac, s'ébrouent des otaries et se glissent les placides éléphants de mer. À quelque distance de là, dans le vert et le gris de l'eau, patrouillent des bandes d'orques en chasse… Durant deux siècles, les pêcheurs de phoques sillonnèrent l'inextricable fouillis de ces côtes, récoltants huiles fines et fourrures. La chasse de ces animaux ressembla fort à un effrayant massacre : au début du 20ème siècle, les colonies d'otaries, de fur seals et d'éléphants de mer se trouvaient au bord de l'extinction.

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