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Certains l’aiment vert

Photo sent from the boat Foresight Natural Energy, on February 20th, 2017 - Photo Conrad ColmanPhoto envoyée depuis le bateau Foresight Natural Energy le 20 Février 2017 - Photo Conrad ColmanHungry !

L’électrique, c’est fantastique et l’énergie thermique, c’est archaïque ? Le sujet est longtemps resté trop complexe ou contraignant pour que des marins promis à des semaines d’autonomie totale s’y aventurent. Bien sûr, il y eut ces éoliennes reliées aux régulateurs d’allure ou les panneaux solaires, comme ceux que Bruce Schwab, par exemple, fixa sur son roof en 2004, ou Raphaël Dinelli, qui ne consomma qu’une soixantaine de litres de gasoil.

En 2008, Yannick Bestaven a pris le départ du Vendée Globe en misant sur une hydrolienne. Un démâtage précoce l’a empêché d’aller jusqu’au bout de sa démonstration mais sa société, Watts&Sea, travaille aujourd’hui sur le développement et l’installation d’hydrogénérateurs pour la croisière et la course au large.

En 2012, enfin, l’Espagnol Javier Sanso a parcouru le globe à bord de Acciona 100% Ecopowered. Sa performance aurait été totale s’il n’avait chaviré au large de Madère quelques jours avant l’arrivée. Et, en 2016, c’est Conrad Colman qui a porté haut l’éco-durabilité, devenant le premier à boucler le grand tour sans moteur thermique.

La révolution est en marche, alors ? Guillaume Evrard, délégué général de la classe IMOCA, souligne que « La rupture n’existe pas, nous sommes plutôt dans une évolution continue. Yannick Bestaven, en utilisant l’avancement du bateau pour produire de l’énergie en 2008, a provoqué un grand pas en avant. Tout le monde a fini par s’équiper de son hydrolienne ».

« Je n’ai fait qu’être le premier à remettre au goût du jour une idée déjà ancienne », relativise Yannick Bestaven, qui courait alors sous les couleurs d'Aquarelle.com – La Charente Maritime. « Je ne suis pas allé très loin dans mon aventure, mais des skippers comme Jean Le Cam et d’autres ont montré que les hydroliennes étaient pérennes et efficaces ».

L’édition 2020 sera sans doute marquée par une généralisation des moteurs électriques à bord des IMOCA. Ce que confirme Guillaume Evrard : « Ce qui change, c’est que même les projets sportifs s’intéressent sérieusement à la problématique, sur des bateaux neufs en cours de design ou sur des bateaux d’une génération précédente ». Qu’Alex Thomson travaille sur le projet d’un bateau sans énergie fossile avec son partenaire automobile est un signe notable de la convergence des préoccupations sportives et éco-durables.

Fabriquer, oui… mais stocker ?

Avant de se prendre au jeu du Vendée Globe, en 2015, Stéphane Le Diraison exerçait le métier d’ingénieur. Chez Bureau Veritas, il avait la responsabilité du département des énergies renouvelables. Si son aventure en 2016 ne bénéficia pas du temps de préparation suffisant pour « rouler » vert, l’épopée 2020 devrait être branchée. « Courir avec 0% d’énergie fossile est même un prérequis », dit l’ex skipper de La Compagnie du Lit – Boulogne-Billancourt, membre du comité technique de la classe IMOCA. « 

Ce qui était un axe de communication prend encore de la matière. On sait créer de l’énergie hydrolienne en utilisant l’avancement du bateau, et les moteurs sont très fiables. Il reste un problème : le stockage. Les règles nous imposent d’être capables d’avancer, sans vent ou sans voiles, à 5 nœuds pendant 5 heures. Or, nous ne savons pas stocker cette énergie, sauf à prendre énormément de place, avec des contraintes de poids évidentes. Et puis, pour être très sincère, je n’ai pas été malheureux de pouvoir utiliser enfin mon gasoil pour accoster en Australie après mon démâtage. C’est un gage de sécurité dont je ne suis pas certain vouloir me passer ». 

« On ne produit pas toujours quand on en a besoin, voilà pourquoi le stockage est une question », prolonge Yannick Bestaven. « On en demande toujours plus, avec les pilotes automatiques hyper sophistiqués, la production vidéo, les télécommunications, les fichiers météo téléchargés à longueur de journée… »

De bonnes raisons d’y croire

Il serait donc envisageable de fermer le robinet de gasoil ? Conrad Colman y croit depuis toujours. « Avoir vécu en Nouvelle-Zélande fait que j’ai toujours été très concerné par l’écologie », raconte le skipper de Foresight Natural Energy en 2016. « Lorsque je me suis donné pour objectif de devenir coureur au large, cela s’est accompagné d’une promesse toute personnelle de ne pas déroger à mes valeurs. Lors de mon tour du monde en Class40, en 2012, je fus le moins dépensier en gasoil. Quand j’ai fait la Barcelona World Race avec Nandor Fa, on avait bien plus d’énergie électrique qu’on ne l’imaginait, grâce à la puissance du bateau. On n'a fait tourner le moteur thermique que pour produire de la chaleur et faire sécher nos chaussettes ».

Aussi sec, l’Américano-Néo-Zélando-Breton s’est équipé d’un moteur électrique à sa façon pour courir son premier Vendée Globe en 2016. Moteur électrique sur lequel il avait cependant couplé une génératrice thermique, par des câbles électriques, pour se conformer aux règles de classe. Une solution en phase avec « la bonne architecture » suggérée par l’ingénieur-skipper Yannick Bestaven : « L’idéal serait une sorte de moteur électrique hybride qui serait alimenté par deux sources : un parc de batteries d’une part, et un groupe électrogène qui fonctionnerait au carburant, d’autre part. Les outils existent et ils ne cessent de se développer ».

« L’évolution technologique est telle que l’électricité peut amener des avantages réels, d’un point de vue sportif », renchérit Conrad Colman. « C’est absolument fiable, car totalement étanche. Le moteur peut même tourner sous l’eau ! Et puis ça pèse bien moins lourd qu’un moteur thermique et 250 litres de gasoil. Ce n’est pas par hasard si Alex Thomson, Paul Meilhat et bien d’autres se penchent très sérieusement sur la question ». Membre associé au Conseil d’administration de la classe IMOCA, Conrad Colman nourrit un rêve, personnel mais pas tout à fait secret : « Je veux faire de la classe IMOCA la première classe offshore internationale à zéro énergie fossile !

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