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Alex Thomson, des raisons d'être confiant

Sailing aerial images of the IMOCA boat Hugo Boss, skipper Alex Thomson (GBR), during training solo for the Vendee Globe 2016, off England, on September 16, 2016 - Photo Cleo Barnham / Hugo Boss / Vendée GlobeImages aériennes de Hugo Boss, skipper Alex

24 heures : c’est le tarif de la pénalité infligée au skipper de 44 ans pour avoir utilisé son moteur afin de se dégager des roches après s’être échoué au nord-est de la Guadeloupe, la faute à une alarme réveil déficiente. Sa réaction, toute en humilité et professionnalisme – je me suis disqualifié moi-même, reconnaissait-il – lui a valu d’être salué unanimement. Il reste que d’avoir laissé échapper ainsi sa première grande victoire en IMOCA le poursuivra encore un long bout de temps.

Néanmoins, Alex retire plein d’enseignements positifs de cette Route du Rhum. Son monocoque Hugo Boss était le plus rapide aux allures portantes, naviguant parfois un à deux nœuds plus vite que ses concurrents. Au moment de son accident, le navigateur britannique possédait plus de 200 milles d’avance sur son premier poursuivant. Et faut-il le rappeler, depuis 2011, il n’est pas une grande course où il n’a pas terminé sur le podium avec deux places de troisième et deuxième sur les deux derniers Vendée Globe. Dorénavant, c’est vers l’avenir qu’il se tourne avec la construction de son nouveau plan VPLP chez Carrington. Le bateau devrait être mis à l’eau au printemps prochain. Interview à bâtons rompus…


Alex, vous êtes arrivé au départ de la Route du Rhum sans avoir pu vous confronter aux autres IMOCA depuis le dernier Vendée Globe. Est-ce que vous seriez tenté par une saison au sein du pôle de Port-la-Forêt ou préférez-vous continuer de travailler en solitaire ?

Je pense que c’est un peu comme la Coupe de l’America. Quand la Coupe était aux Bermudes, les Anglais d’Artemis sont venus se confronter aux Américains d’Oracle et aux Japonais. Les Néo-Zélandais sont arrivés plus tard avec leurs propres technologies. On a vu le résultat ! De la même manière, je pense que nous sommes aujourd’hui l’écurie de référence en IMOCA, même si Charal devrait prendre le dessus d’ici peu.

Votre deuxième place lors du dernier Vendée Globe a-t-elle modifié la manière dont on vous percevait, particulièrement en France ?

Je ne sais pas et je ne m’en soucie pas trop. J’ai eu longtemps une réputation de casse-cou, c’était en tous cas ce que l’on disait de moi. Parfois ça m’amusait, parfois ça m’agaçait terriblement, maintenant je m’en fiche. Au final, je préfère que les gens pensent que je suis trop rapide plutôt que trop lent ! Le dernier Vendée Globe a bien changé la donne : je crois que certains n’imaginaient pas que notre équipe avait un tel potentiel.

En France, des événements comme la Route du Rhum ou le Vendée Globe sont incroyablement populaires. Qu’est-ce que ces foules évoquent pour vous ?

Je suis fan de Formule 1. Je me suis amusé à comparer le Grand Prix d’Austin qui, sur quatre jours, mobilise 250 000 personnes quand la Route du Rhum en reçoit 150 000 tous les jours. Et pourtant le Grand Prix d’Austin génère des recettes de l’ordre de 20 à 30 millions de dollars, largement supérieures à celles d’une grande course au large.

Et vous pensez souvent au Vendée Globe ?

Tous les jours. Tout ce qu’on fait avec mon équipe est sous-tendu par un seul but, gagner le Vendée Globe. J’adorerais ça. La Route du Rhum est un très bon apprentissage. Cela nous a permis de voir où nous en étions et de se placer dans la perspective des années à venir.

Quand le bateau devrait-il être prêt ?

Personne ne sait vraiment (rires). L’expérience nous dit qu’il ne sert à rien de proclamer : « le bateau sera mis à l’eau le 12 juin ».  On table sur le début de l’été. Le chantier Carrington est vraiment performant et devrait se lancer dans la construction de bateaux pour la Coupe de l’America après le nôtre. On a prévu de disputer le Fastnet l’été prochain puis la Transat Jacques-Vabre.

C’est vraiment différent une transatlantique et un Vendée Globe ?

Déjà, c’est sidérant de voir à quel point un Vendée Globe use les hommes et les machines. C’est très différent d’une Route du Rhum. Sur une transatlantique, on peut avoir des conditions scabreuses, mais on ne va pas lever le pied. Sur un Vendée Globe, il faut tenir dans la durée. On monte en puissance progressivement.

D’avoir battu le record de distance sur 24h cet été (539,71 milles) est bien la preuve que le bateau est très rapide ?

Ça ne compte pas vraiment. Le bateau peut faire mieux, tenir les 30 nœuds de moyenne dans de bonnes conditions.  On a déjà tenu de telles moyennes en Manche avant que quelqu’un à bord ne dise : « ce n’est pas une très bonne idée, ménageons le bateau ». Durant le dernier Vendée Globe, j’ai plutôt cherché à ralentir le bateau. Battre le record des 24 heures n’était pas un objectif, même si je pense que le bateau a le potentiel pour approcher les 700 milles.

Quelles sont vos relations avec VPLP ? Vous leur donnez des consignes ? Comment font-ils pour garder une certaine confidentialité ?

La dernière fois, nous étions six projets concurrents. Là, nous ne sommes plus que deux. On est impressionné de voir comment ils cloisonnent les informations, ce n’est pas forcément simple. En fait, on pourrait penser que tous les bateaux allaient se ressembler, alors qu’au final les projets sont souvent assez différents. La dernière fois, c’est Andy Claughton, un ancien de Team Emirates New-Zealand qui nous a guidés dans nos choix de foils. Cette année, nous avons intégré dans notre équipe Neal Mac Donald qui est aussi architecte naval. Notre team aujourd’hui, c’est 18 personnes réparties pour moitié entre les commerciaux et les techniciens.

Et quel est le coût du nouveau bateau ? C’est un secret ?

Non. Il devrait coûter autour de 5 millions de Livres. C’est significativement plus cher que la dernière fois, d’autant que le taux de change de l’Euro s’est accru de près de 30%.

Vous avez évoqué la possibilité de faire un tour du monde en équipage à bord des IMOCA ? Comment pensez-vous que cela puisse fonctionner ?

L'Ocean Race est forcément quelque chose qui nous intéresse. Maintenant, je ne suis pas certain que ce soit un mariage évident. Je ne sais pas si ça va bien fonctionner. Cela va dépendre des règles de course. Avant d’attaquer les accords commerciaux avec les partenaires, il va falloir définir le format de l’épreuve. La dernière Volvo a duré dix mois. Moi, personnellement, je ne ferai pas ça. Réfléchissons à un format cohérent. Si on multiplie les étapes, les IMOCA ne viendront pas. En revanche, si on parle d’une course en deux ou trois étapes autour du monde, c’est évident que les IMOCA viendront jouer.

 

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