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Noël, l'instant glacé du Vendée Globe

Jean-Pierre Dick Noël 2016
© DR

« Dans son manteau rouge et blanc / Sur un traîneau porté par le vent / Il descendra par la cheminée / Petit garçon, il est l’heure d’aller se coucher... » A l’heure où nous partageons les chants et agapes de Noël, il en est autrement des navigateurs du Vendée Globe. C’est un moment qu’ils vivent dans l’angoisse d’une météo d’un autre monde, même s’ils pilotent des engins de plus en plus « supersoniques ». La technologie avance, simplement le temps dans ces régions là reste le même, en meilleur ou en pire. 

Lors du dernier Vendée Globe, Armel Le Cléac’h franchissait le cap Horn le 23 décembre et Alex Thomson le 24, quand les derniers navigateurs, Romain Attanasio et Sébastien Destremau, n'en étaient encore qu’à la longitude de la Tasmanie. Entre les deux extrêmes, une guirlande de marins continuait de s'étirer au delà des portes des Glaces. Quatre ans auparavant, François Gabart ne doublait le fameux cap Horn, symbole de la délivrance, que le 1erjanvier 2013, soit quelque 8 jours plus tard !

Où cacher les (gros) cadeaux ?

Une chose est sûre, c’est que le chapon aux marrons attendra un autre Noël, les marins ayant bien d’autres préoccupations. Certes, ils jouent le jeu avec plus ou moins de sincérité (réservée à leurs proches) mais ils n’oublient pas pourquoi ils sont en mer. « Nous sommes dans un autre espace temps sur nos bateaux et si on n’a pas le rappel de la terre, pour le dire en toute franchise, Noël, on s’en moque ! », rigole Roland Jourdain dont le premier Vendée Globe remonte à 2000. 

Les cadeaux, néanmoins, marquent une trêve bienvenue dans le monde qui est le leur depuis des semaines. Bien sûr, ils ne doivent pas être trop lourds, ni trop gros, la chasse au poids embarqué restant prioritaire. Et où voudriez-vous cacher un grand cadeau sur un IMOCA 60 pieds en configuration Vendée Globe? « Lors de mon premier Vendée Globe (2004), j’ai dû jeter mon repas de Noël à la mer. La dinde n’était pas vraiment adaptée et avait moisi ! Après, on peut quand même se réserver une petite bouteille même s’il elle est ouverte plus tard », glisse Jean-Pierre Dick, fort de ses quatre Vendée Globe.

« A Noël 2000, on contrôlait moins le poids de ce qu’on embarquait », souligne Roland Jourdain. « Personnellement, j’adore les bandes dessinées. A Noël, un pote m’en avait offert une que je m’empresse de dévorer. Je n’avais pas encore ouvert tous mes cadeaux et le lendemain, j’ouvre ceux qui me restent. J’avais une deuxième BD mais... c’était la même! J’avais un cadeau en double… Je peux avouer aujourd’hui que la deuxième est passée à la baille pour alléger le bateau! »

Cap Horn en vue (ou presque) !

Sur le Vendée Globe 2016, Alex Thomson restera comme le premier marin à pouvoir dire : « J’ai reçu le plus beau cadeau que je pouvais espérer : contourner le cap Horn le jour de Noël ! » Pour son quatrième Vendée Globe, le skipper britannique pouvait mesurer le temps gagné d'autant qu'Armel Le Cléac’h avait contourné le cap Horn près de deux jours auparavant !

« Mais malheureusement, la météo était si mauvaise que je n’ai pu ouvrir aucun de mes présents embarqués à bord d’Hugo Boss. Et mon signal satellitaire était tellement faible qu’il m’était difficile de parler à quelqu’un. Bon, j’ai tout de même reçu du gâteau de Noël ce qui m’a changé de mes aliments lyophilisés ! », s’amuse Alex Thomson.

Le premier Vendée Globe reste tel un premier baiser, on s’en souvient. « C’était la première fois que je vivais Noël en mer, dans le dur sans temps morts. On est un peu hors du temps sur un Vendée Globe. Et le décalage entre ce que vivent les gens et nous, est extraordinaire », glisse encore Jean-Pierre Dick en évoquant ses souvenirs de 2004. « Alors oui, on doit marquer cette fête pour la presse, les médias. Mais cela reste un moment fort de la course de pouvoir constater que, même si la famille nous manque, elle est là ! »

« Le vent n’arrête pas, ni les vagues »

« Ce n’est pas mon style de mettre un bonnet rouge sur la tête », note Marc Guillemot qui n’est pas du tout adepte de fêter Noël seul en mer. Un rapide coup de fil à la famille, et c’est tout.« Nous sommes dans une épreuve sportive à nous battre contre les éléments, et le jour de Noël, le vent ne s’arrête pas, ni les vagues. L’ambiance dans laquelle on est veut sans doute cela. Mais Noël est une fête à partager», note celui qui venait de participer au sauvetage de Yann Eliès et qui s’était arrêté réparer son mât sur une île perdue au bout du monde (Auckland Islands), le 25 décembre 2008. « Le jour de Noël, ce dont je me souviens, c’était que j’étais à dix-huit jours de franchir le cap Horn, dans des conditions musclées ! »

© DREt pourtant… il n’est pas un marin qui n’a pas une anecdote savoureuse à glisser, même pour les plus réfractaires à l’idée de cette grande « messe » à laquelle ces sportifs devraient participer. « Ce qui nous rapproche de la terre, c’est notre famille, nos enfants. C’est le petit pic douloureux… », glisse encore Roland Jourdain. « Mais sinon, c’est un bonheur incroyable d’être éloigné des fastes consuméristes de Noël… Je me demande si rien que pour ça je ne ferais pas le prochain Vendée Globe ! » 

A trois aux abords du Pacifique…

Plus habitués à être éparpillés à 100 voire 500 milles les uns des autres, les navigateurs solitaires se retrouvent fort incrédules quand ils se retrouvent côte-à-côte en marge en plein océan Pacifique (pour laisser passer une dépression). « Nous avons passé Noël 2016 à trois IMOCA avec Eric Bellion (notre photo) et Enda O'Coineen. C’était tout simplement incroyable, cela nous a regonflé à bloc !», se remémore le Suisse Alan Roura, plus jeune skipper à avoir bouclé son Vendée Globe à l’âge de 23 ans.

Pourtant, il a passé quasiment tous ses Noël sur un bateau, mais le plus souvent au mouillage ou au ponton. Ce Noël 2016 restera comme le premier en course et en haute mer. « Et quand on le fête en mer, cela veut dire que nous sommes à la moitié du parcours ou pas loin ; on a fait le plus dur en quelque sorte. C’est dans ce sens là qu’il faut voir les choses », souligne encore Alan Roura. « Le Grand sud, les belles vagues, les couleurs magnifiques… cela restera le plus beau Noël que j’ai vécu depuis toujours ! Ce n’est pas donné à tout le monde de vivre ça, c’est un moment de partage magnifique et puis après 45 jours sur l’eau, tout seul, parler avec deux autres skippers, c’était très humain, très beau. Cela restera un moment vraiment magique ! »

 

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