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Enfin !

Armel Tripon (L'Occitane en Provence)
© Jean-Thierry Debord / L'Occitane en Provence

Depuis le 11 mai, les Imoca retrouvent l’eau, et les marins renouent avec la niaque. Fini, les tours de winches dans la chambre d’amis ; terminé, les séances de préparation mentale mâtinée de gestion du confinement ; game over, la monomaniaque analyse des fichiers météo du Vendée Globe ! Revoilà le temps de la mer, de la poignée de gaz dans le coin et de la préparation d’un autre temps de confinement en solitaire… choisi, celui-ci.

Armel Tripon (L’Occitane en Provence) résume sans doute l’esprit qui prédomine : « On va refaire notre métier ! C’est presque fou de se dire qu’on va de nouveau servir à quelque chose. Le chantier a repris trois semaines après le début du confinement, et on a optimisé le temps, mais plus la fin approchait, plus l’envie de naviguer tiraillait. Ne pas naviguer avec le temps qu’il a fait, c’était un scandale (rires) ». 

Pour certains, cette période n’est pas sans dommages. Pip Hare (Pip Hare Ocean Racing) : « Nous venions juste de commencer la peinture du pont quand nous avons dû tout stopper. J’ai continué à travailler un petit peu dans le chantier pour me sentir mieux, mais c’était une goutte dans l’océan. Et je n’avais pas prévu de ne pas naviguer pendant six mois… Heureusement que Superbigou est un tank, et que je le connais pour avoir beaucoup navigué dessus auparavant ! »

La lumière au bout du tunnel

« Le positif, dans ce confinement, c’est qu’on a fait une partie des choses prévues pour plus tard, mais la période a été stressante, résume Sébastien Simon (Arkéa-Paprec). Je ne suis pas dans l’adaptation, j’aime bien maîtriser le temps, me préparer de manière cartésienne. Cela fait six mois que le bateau est à terre, ça commence à faire beaucoup. J’ai l’impression de voir la lumière au bout du tunnel et je n’ai qu’une envie : aller naviguer loin et longtemps ! »

La remise à l’eau de Groupe Apicil était prévue le 10 mai, Damien Seguin devra finalement patienter encore avant d’aller évacuer toute l’énergie qui l’habite. Le double champion paralympique a le sentiment de ne pas s’en sortir si mal : « Cet épisode aura creusé la différence entre les bateaux prêts tôt et ceux prêts plus tard. Moi, j’ai de la chance, j’ai eu mon partenaire tôt et mon bateau tôt. Je suis satisfait du planning général sur les trois dernières années… que ce soit le bateau, ma prépa perso et l’histoire créée avec le sponsor : j’en suis super satisfait. Il va falloir que je trouve les mots pour remercier mon équipe technique qui a bossé de nuit, ça a tiré sur la couenne ! ».

Et pour les bateaux à naissance tardive ? Nicolas Troussel, dont le Corum a découvert l’eau le 5 mai, reconnaît qu’il va devoir s’adapter : « Tout a été fait pour que ce projet puisse être performant avec une mise à l’eau tardive. Ça nous décale un peu, mais on en fera au max. Un Vendée Globe, ce n’est pas un sprint. Il me restera des choses à découvrir pendant la course. Le but : que j’arrive à partir serein… Heureusement que Mich (Michel Desjoyeaux) connaît la musique… »

© Mx Horlaville - polaRYSE / Disobey / ApiviaApivia sort de quatre mois de chantier, et Charlie Dalin oscille entre satisfaction et préoccupation. « Nous étions lancés pour faire deux transats, et beaucoup de milles, et nous devons revoir notre copie. On a la chance d’avoir un bateau bien né, qui est revenu de sa première saison sans souci structurel (et avec une victoire, ndlr). Nous avons optimisé beaucoup de choses, travaillé sur la fiabilité et la sécurité du marin. Il est urgent d’aller essayer sur l’eau tout ce qui a été changé ».

Un gros programme

On ne poussera pas jusqu’à dire que le confinement l’a rendue joyeuse, mais Isabelle Joschke a mis à profit la période contrainte. « J’ai beaucoup navigué en janvier, dans des conditions climatiques difficiles, ça m’a mis de naviguer dans les conditions du départ du Vendée Globe et de revenir avec plein d’enseignements et de perspectives de développement pour le bateau. Puis il y a eu le confinement, que nous avons exploité pour faire avancer le bateau et opérer des réparations structurelles. Comme la Transat Jacques Vabre ne s’est pas passée comme prévu (abandon précoce), je suis à contretemps de la flotte, et j’ai tiré de cet inconvénient un avantage. Au final, on a super bien exploité le début d’année ! »

Aux Sables d’Olonne, Benjamin Dutreux (Water Family – Oceania Hôtels), a pris les choses avec philosophie et résumé quelques essentiels : « C’est dur d’habiter à deux kilomètres de la mer et de ne pas la voir pendant un mois et demi ! Le sport, les apéros entre amis, tout se fait sur l’eau, chez moi. J’ai poursuivi la recherche de sponsors, je me suis plongé dans ces fameux dossiers qu’on n’a jamais le temps de traiter, et j’ai remis la main à la pâte au chantier – j’adore la technique. Ce qui me peine, c’est de n’avoir pas pu activer les projets pédagogiques que je mène avec Water Family auprès des écoles, en allant dans les classes pour parler sport et protection de l’océan. On essaie de mettre en place des choses pour intervenir dès la rentrée de septembre… »

Depuis le 12 mai se succèdent les remises à l’eau. La course contre-la-montre qui mène à la ligne de départ du Vendée Globe est jalonnée par les premières navigations à fin de test des modifications. S’enchaîneront le temps de la recherche de la performance, des navigations en faux puis vrai solitaire et, pour beaucoup, la préparation au départ de la Vendée-Arctique-Les Sables, dont le départ est prévu le 4 juillet. Pour certains, il est encore question d’arracher leur qualification : sept skippers doivent effectuer un parcours en solitaire de 2000 milles, validé par la direction de course (Alex Thomson, Nicolas Troussel, Sébastien Simon, Sébastien Destremau, Didac Costa, Conrad Colman et Louis Burton), et quatre doivent courir et terminer l’équivalent d’une transat en solitaire (Kojiro Shiraishi, Armel Tripon, Isabelle Joschke et Clément Giraud). 

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