12 août 2020 - 15h:50 • 2959 vues

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Du cap Finisterre à la pointe de l’Espagne au cap Horn à l’extrémité de la Terre de Feu, les marins du Vendée Globe vont doubler quelques sites emblématiques. Ils marquent le plus souvent l’extrémité d’un continent, mais sont aussi chargés d’une histoire maritime qui rehausse encore leur réputation. Chaque passage de cap est une frontière, l’occasion de basculer dans une autre phase de la course.

Bonne-Espérance, Leeuwin, Horn : la trilogie des trois grands caps des mers du Sud mérite d’être complétée d’un quatrième larron, le cap Finisterre qui, s’il n’est qu’à une ou deux journées de mer des Sables d’Olonne, marque néanmoins une vraie rupture dans le parcours des solitaires.

Finisterre, adieu la vieille Europe

Le cap Finisterre (à ne pas confondre avec le département du Finistère), s’il n’est pas le plus à l’ouest de l’Europe continentale – le cap Saint-Vincent au nord de l’Algarve détient cet honneur – marque néanmoins une véritable rupture, spécialement quand les régimes de sud-ouest se sont établis sur le golfe de Gascogne. C’est ici que les marins du Vendée Globe peuvent espérer une rotation rapide des vents le long de la péninsule ibérique, accrocher les fameux alizés portugais, des flux de nord puissants qui vont propulser les monocoques vers des latitudes plus clémentes. Ce promontoire granitique marque l’extrémité de la Costa da Morte, dont le seul nom marque la réputation. À plus de 140 mètres au-dessus du niveau de la mer, le cap Finisterre qui abrite un phare imposant est aussi le théâtre d’un étrange rituel. Régulièrement, des pèlerins viennent de Saint-Jacques de Compostelle pour brûler leurs vêtements ou leurs chaussures ou laisser ces dernières en offrande à la tombée du jour. Pas question d’offrande particulière pour les marins du Vendée Globe, mais le sentiment d’avoir réalisé une bonne entame de tour du monde, quand le cap apparaît dans le sillage.

 

Bonne-Espérance, le faux-nez de l’Afrique australe

Sans doute, son nom de baptême doit-il beaucoup à sa réputation. Pourtant, le cap de Bonne Espérance ne marque pas l’extrémité du continent africain. Il ne constitue pas non plus la frontière entre océans Atlantique et Indien. C’est au cap des Aiguilles situé quelque cent-cinquante kilomètres dans son sud-est que revient cet honneur. Mais dans l’histoire des grands explorateurs, la découverte du cap de Bonne Espérance marque un tournant majeur. En doublant le promontoire, les convois marchands portugais en route vers les Indes pouvaient enfin mettre un peu d’est dans leur route.

Pour les marins du Vendée Globe, le cap de Bonne Espérance matérialise l’entrée dans les mers du Sud. Ils savent que plusieurs semaines durant, ils vont devoir apprendre à apprivoiser l’océan Indien puis le Pacifique, loin de toute assistance extérieure : appréhension légitime et montées d’adrénaline accompagnent le plus souvent cette arrivée dans les mers du Sud. Mais il est rare que les solitaires cherchent à raser les côtes de l’Afrique. D’une part parce que la route la plus courte pour rejoindre le cap Horn passe par des latitudes bien plus au sud, d’une autre parce que le courant des Aiguilles, qui longe la côte d’Afrique du Sud, lève contre les vents dominants une mer cassante et dangereuse.

 

Leeuwin, le méconnu

C’est l’extrémité sud-ouest du continent australien. Pour autant, les navigateurs du Vendée Globe n’en ont pas fini avec l’océan Indien, puisqu’ils ne le quitteront qu’une fois la longitude de la Tasmanie franchie. Entre les deux, c’est quasiment 2000 milles que les solitaires devront parcourir avant d’officialiser leur entrée dans le Pacifique.

En accord avec les autorités maritimes concernées, le parcours du Vendée Globe impose une limite sud à ne pas franchir quand la flotte croise au large du continent australien. Une demande formulée expressément par le MRCC (maritime rescue coordination centre) local pour réduire le temps éventuel d’intervention d’un navire d’assistance si nécessité. En 2008, Yann Eliès, victime d’un très grave accident, avait pu ainsi être récupéré par une frégate de la Marine australienne plus rapidement que s’il avait croisé dans les 40e voire les 50e sud.

Le franchissement de la longitude de Leeuwin sert toujours de base de référence pour les temps de navigation dans les mers du Sud.

 

Horn, la délivrance

Franchir le cap Horn, c’est toucher au Graal. Même si le Vendée Globe n’est pas terminé, loin de là, on quitte ce que Titouan Lamazou appelait le « pays de l’ombre » pour des contrées plus clémentes. Mais surtout, on sort de ce désert maritime où les concurrents ne peuvent compter que sur eux-mêmes. Le franchissement du cap Horn, ce sera aussi l’occasion de toucher les latitudes les plus sud du parcours. Doubler le Horn, c’est la fin annoncée de cette angoisse sourde qui accompagne les solitaires, c’est tirer un trait sur un monde où la puissance des éléments ne laisse que peu de marge aux navigateurs. La vie devient un peu moins sauvage, même s’il reste encore trois semaines de mer avant de rallier l’arrivée aux Sables d’Olonne.

Alors, forcément, la tentation est grande de venir croiser au plus près de l’île Horn, de naviguer au pied des falaises de la Terre de Feu, d’avoir la chance d’apercevoir le phare gardienné par un militaire chilien et sa famille. Aujourd’hui, des croisières sont organisées pour rejoindre le cap Horn depuis Ushuaia ou Puerto Williams. Quand le temps le permet, des cohortes de semi-rigides accostent alors l’île du bout du monde. Pour autant, les véritables cap-horniers auront dû attendre d’avoir un océan dans les safrans pour avoir le bonheur de savourer pleinement leur entrée dans l’Atlantique. Question de valeurs…

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