15 août 2020 - 11h:00 • 1523 vues

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De la Guadeloupe aux mers du Sud, de l’olympisme à la course au large, le parcours de Damien Seguin pour éclectique qu’il soit ne manque pas de cohérence. Une chose est sûre : pour parvenir à ses fins, Damien ne lésine pas sur les efforts à mettre en œuvre. Exigence, adaptation et mental solide sont quelques-unes de clés qui lui permettront d’atteindre ses objectifs.

Etat civil 

Date de naissance :  3 septembre 1979

Lieu de naissance : Briançon (Hautes-Alpes)

Lieu de vie : Auray (Morbihan)

 

Études et parcours professionnel hors voile 

« C’est difficile de dissocier les deux ! J’ai suivi une scolarité classique en métropole avant de poursuivre mes études en Guadeloupe. Après avoir obtenu un Bac scientifique, j’ai débuté des études en biologie mais j’ai dû un mettre un terme au bout d’un an afin d’intégrer le Pôle France à l’école nationale de la voile. Ensuite, je me suis réorienté dans des études de Staps à Rennes. C’était assez intense : je n’ai jamais fait une seule soirée étudiante à la rue de la soif ! (rires) Ensuite, j’ai obtenu le CAPEPS à l’IUFM afin d’être professeur de sport. C’était primordial d’avoir un métier en parallèle de la pratique du sport de haut niveau. »

 

Mes débuts

Vos premiers bords : où, quand, dans quelles circonstances ?

« Après avoir assisté à l’arrivée de la Route du Rhum, en 1990 (voir par ailleurs), nous nous sommes mis à faire de l’Optimist avec une bande de copains. Il faisait 30°, la mer était à 28° et on se prenait pour Birch, Bourgnon, Peyron… C’était un jeu : on se rafraichissait, on s’amusait et on ne voyait pas le temps passer. »

 

Comment/pourquoi est né votre désir de faire de la course au large ?

« L’année suivant notre arrivée en Guadeloupe, nous nous étions rendus à l’arrivée de la Route du Rhum 1990. Je n’y connaissais rien mais tout le monde en parlait. Ça a été une révélation ! Je me souviens des bateaux immenses, de ces grands marins à qui on demandait des autographes. Florence Arthaud, Mike Birch, Alain Gautier, Laurent Bourgnon la rock star… J’ai eu envie de faire la même chose, de suivre leur sillage. »

 

 

À partir de quand et pourquoi est-ce devenu un projet de vie ?

« Mon projet initial, c’était de faire la Route du Rhum. En 1998, j’ai eu un choix à faire : soit je me lançais dans un projet Mini, soit je débutais un programme olympique. Étant sollicité par l’École nationale de voile, j’ai choisi la seconde option, d’autant que je savais que ça allait être structurant afin de m’élancer plus tard dans la course au large. Après quatre olympiades, c’était le bon moment pour changer de voie, d’abord en Figaro, puis en IMOCA. »

 

Un résultat ou l’expérience dont vous êtes le plus fier ?

« L’ensemble de mon aventure olympique. Quand j’y participe pour la première fois, à Athènes en 2004, j’ai découvert une ambiance, le monde du handicap et de très belles histoires humaines. Ce sont tous des athlètes avant d’être des personnes handicapées. Ils sont devenus ma famille. Et puis il y a la médaille d’or à 24 ans à peine, toutes les joies (3 podiums, 2 médailles d’or) et mon rôle de porte-drapeau et de capitaine de l’équipe de France à Londres (en 2012). L’histoire s’est écrite comme ça et j’ai pris un pied formidable ! » 

 

Du tac au tac

Votre qualité principale dans la vie ? « Je suis quelqu’un qui ne lâche rien. Mes expériences précédentes m’ont forgé un mental fort et ça se ressent en course. Quels que soient les pépins que je vais affronter en course, je ferai tout pour les résoudre et continuer à me battre. » 

 

Votre principal défaut dans la vie ? « J’ai le défaut de mes qualités. Comme je suis jusqu’au-boutiste, j’ai du mal à relâcher la pression. Surtout, je suis très exigeant avec moi-même et avec mon entourage, ce qui n’est pas toujours agréable à vivre. »

 

 

Si vous étiez un animal ? « Le tigre, pour l’œil du tigre ! C’était ce que voyait mon entraîneur quand je préparais les Jeux olympiques. »

Si vous étiez un végétal ? « Le bambou parce que je me sens capable d’encaisser tout et n’importe quoi et me relever »

Si vous étiez un film ? « Qui veut la peau de Roger Rabbit, pour moi c’est le film culte ! »

Si vous étiez une musique ? « C’est du Queen, entre Bohemian Rhapsody et We are the champions »

Votre couleur ? « Le rose, sans commentaire ! »

Votre rêve de bonheur ?  « Ce serait de partir en famille pendant trois mois, faire du cabotage en bateau ou alors partir en expédition à la montagne. J’ai vécu dans les deux mondes et je les trouve tellement liés. Vivre là-bas une expérience hors du temps avec mes proches, ce serait génial. »

 

Votre héros dans la vie ? « Le skipper Thierry Dubois (participant au Vendée Globe en 1996-1997 et en 2000-2001). Il a fait tout ce que j’ai envie de faire : le Vendée Globe, les courses au large les plus prestigieuses au monde et désormais, il passe sa vie sur l’eau ! Je le connais bien : c’était symboliquement le parrain de mon bateau lors de mes premiers Jeux olympiques. » 

Un aphorisme ? « Il ne faut jamais remettre à deux mains ce que l’on peut faire à une seule »

Si vous n’étiez pas coureur au large, vous seriez ? « Je serai scientifique »

 

 

Mon Vendée Globe 2020

Vos ambitions sur le Vendée Globe 2020 : « Écrire une belle histoire, dans tous les sens du terme. Sportivement, j’aspire à me donner le maximum de chance de rallier l’arrivée et de faire un classement honorable. Symboliquement, j’espère me battre pour être le premier bateau à dérive et devenir le premier skipper avec un handicap à boucler la boucle. Je ne sais pas si je suis un exemple mais je veux être la preuve par l’exemple. Que les parents d’enfants handicapés puissent simplement se dire : ‘on sait que c’est possible d’y arriver, de s’émanciper par sa passion’ » 

 

Points faibles (Ce qui vous empêcherait d’atteindre votre objectif, en dehors de la casse) : « Rien ne pourra m’empêcher d’atteindre mon objectif. Mes points faibles sont indépendants du but que je me suis fixé. Après, il y a les aléas qui font la beauté de ce sport : les chances d’être à l’arrivée sont identiques à tous les bateaux, des plus onéreux aux plus modestes. » 

 

Votre arme fatale : « Mon mental et l’approche que j’ai, qui me vient du monde de l’olympisme. En somme, il s’agit d’être très cartésien, de maîtriser ses objectifs, de parvenir à les définir et à bien s’entourer. Ça a été ma force pendant mes quatre participations aux JO et je me prépare de la même façon ! »

 

Que serait un Vendée Globe réussi pour vous ? « Parvenir à boucler la boucle, aller au bout. Et puis j’espère pouvoir être dans le match entre les non-foilers et jouer ma carte à fond ! »


Qu’avez-vous envie de partager ? « Comme je le disais précédemment, je veux raconter une histoire au-delà même du résultat. Etre ce gamin avec un handicap qui rêvait du large et qui va faire le tour du monde ».


En trois mots, le Vendée Globe pour vous, c’est« l’Aventure ultime ! »

Trois images que vous avez du Vendée Globe :
1/ La descente du chenal. C’est la contrepartie avant les difficultés qui nous attendent pendant deux mois et demi. On aura la récompense avant même de souffrir !

2/ Thierry Dubois ou l’image d’un homme à l’envers sur son bateau dans les mers du Sud. Il faut bien garder en tête qu’au Vendée Globe, tu peux y risquer ta vie

3/ C’est une image qui n’existe pas encore mais qui sera mienne à quelques heures de l’arrivée. Celle de voir les bateaux venir à ma rencontre et d’être partagé entre le plaisir de franchir la ligne et l’envie que le moment s’étende pendant des heures. »

 
Quels skippers vous inspirent ? Thierry Dubois, Loïck Peyron et Michel Desjoyeaux. Avec ces trois personnalités-là, tu as tout : la performance et la réussite avec ‘Michedej’, le côté touche-à-tout dans la voile et la connaissance fine de l’histoire de la voile avec Loïck et enfin l’aspect aventurier de Thierry. Le marin parfait, c’est un clone de ces trois skippers ! »

 

Vous ne partiriez pas autour du monde sans… « Mon cochon fétiche, qui prend plusieurs formes sur le bateau (une figurine dans l’habitacle, une gravure sur le pont). Cela vient d’une régate qu’on avait gagnée en Guadeloupe avec Thibaud Vauchel-Camus à la fin des années 1990. Mon père nous avait dit : « vous êtes des bons cochons », en référence au film Babe qui venait de sortir. Et c’est resté pour Thibaud comme pour moi. Depuis, on a toujours une référence au cochon quelque part sur nos bateaux. »

 

Actions environnementales/scientifiques sur ce tour du monde : « En tant que skippers, nous sommes les témoins de la dégradation de notre environnement. Nous croisons moins de cétacés, plus de déchets, on mesure l’impact de la fonte des glaces... Je suis engagé dans l’association Ocean As Common de Catherine Chabaud et avec mon sponsor, Groupe APICIL, nous soutenons aussi La Vague qui s’évertue à vouloir changer en profondeur notre réflexion et nos modes de vie afin qu’ils soient davantage vertueux et respectueux de l’environnement. » 

Préparez votre venue sur le village du Vendée Globe : Ouverture des inscriptions le 6 octobre