02 Décembre 2020 - 18h03 • 27594 vues

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La longue partie de surf et de saute-mouton entre les dépressions australes a commencé pour les quinze premiers bateaux de la flotte qui naviguent au portant aux abords du cap de Bonne Espérance. Cette incursion dans le Grand Sud n’est pas anodine. Le naufrage de Kevin Escoffier a fait office de sévère avertissement. L’avarie survenue aujourd’hui à bord d’ARKEA PAPREC est une autre flèche décochée par l’Indien.

Difficiles réparations pour Sébastien Simon

Les foils, cette révolution technologique permettant aux grands monocoques de 18 mètres de s’affranchir partiellement des lois de la pesanteur et d’atteindre de hautes vitesses, peuvent aussi devenir leur talon d’Achille.  

Ces appendices qui équipent 17 des 31 bateaux encore en course  - HUGO BOSS, qui se dirige vers Cape Town, n’a pas encore signifié son abandon officiel - « traînent » dans l’eau et sont d’autant plus susceptibles d’heurter un objet flottant. Après Thomas Ruyant (LinkedOut) le 25 novembre, c’est au tour de Sébastien Simon (ARKEA-PAPREC) de déplorer une avarie sur l’un de ses foils, côté tribord. Jusque-là 4e, après une très belle descente de l’Atlantique Sud, le skipper doit mettre la pédale douce et la course entre parenthèses. Vient le temps des réparations qui pourront être très fastidieuses car le puits de foil est également endommagé. Et que Sébastien navigue actuellement dans une zone où le vent de Sud-Ouest dépasse 30 nœuds dans les rafales.
 


Le pied sur le frein
« Ils ont oublié de damer la piste, c’est un champ de bosses »,  confie Charlie Dalin ce matin pour décrire la surface de son terrain de jeu, dans le Sud-Est de l’Afrique du Sud. Leader depuis maintenant neuf jours, le skipper de d’Apivia, avec ses 250 milles d’avance, gère sa progression, un pied sur l’accélérateur, un autre sur le frein.  « Je passe 50% de mon temps à régler le bateau pour aller vite et 50% à le dérégler pour le préserver, pour ralentir. C’est un exercice bizarre ! (…) Sur le papier, on n’avance pas vite. Il y a l’état de la mer, les grains qui s’enchaînent. Tu es obligé de régler tes voiles sur les rafales et non sur le vent moyen. La nuit dernière, j’avais des écarts de 10 nœuds avec les rafales : ce sont des variations importantes. »

La longue partie de surf et d’empannages entre les dépressions australes a commencé pour les quinze premiers bateaux de la flotte qui naviguent sous l’influence d’un vaste système dépressionnaire. Dans les parages de Bonne Espérance – ils sont douze, jusqu’à Isabelle Josckhe (MACSF), à avoir franchi sa longitude - les conditions peuvent être corsées, surtout lorsqu’on est positionné dans le Sud, là où les vents et la mer sont les plus forts.

C’est pourtant l’option choisie par Louis Burton qui est allé flirter avec les 45° Sud, à la limite de la zone d’exclusion antarctique. Le skipper de Bureau Vallée 2 a certainement vécu des heures éprouvantes (35 /40 nœuds de vent, 6 mètres de creux), le prix à payer pour s’emparer cet après-midi de la 2e place…
 




150 à 200 milles dans le Nord de Bureau Vallée 2, les éléments sont moins « rugueux » et c’est sous un ciel bleu parsemé de rares nuages que Thomas Ruyant, 3e, progressait ce matin.  Même décor lumineux et même vue dégagée sous la casquette de Groupe APICIL où Damien Seguin, 6e, semblait heureux, galvanisé, aussi, sans doute, par la superbe régate qui anime le peloton des poursuivants.

Il n’empêche, l’entrée dans l’océan Indien, n’est pas anodine. La mésaventure survenue à PRB a jeté un froid qui se distille dans les esprits et influe sur la façon de naviguer.

Emmanuel Macron en direct avec Le Cam et Escoffier

Le récit du naufrage de Kevin Escoffier et de son sauvetage par Jean Le Cam dans la nuit de lundi à mardi a également marqué les esprits à terre, jusque dans les plus hautes sphères : hier soir, le Président de la République, Emmanuel Macron, a tenu à appeler les deux marins pour prendre de leurs nouvelles et leur souhaiter bonne chance.

Depuis mardi 2h18 du matin, Jean Le Cam navigue donc… en double. Se pose dès lors la question du débarquement de Kevin Escoffier. Le Nivôse, frégate de la Marine Nationale basée à la Réunion et chargée entre autres de la surveillance des pêches, pourrait être mis à contribution pour récupérer le skipper de PRB entre l’archipel des Kerguelen et Crozet.  « Il n’y a pas beaucoup de solutions dans ces contrées, explique Jacques Caraës, le directeur de course. Sinon, il faudra peut-être attendre la prochaine terre abordable : la Nouvelle-Zélande ! »

La rédaction du Vendée Globe / Camille El Beze