13 Janvier 2021 - 19h48 • 14795 vues

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Si certains solitaires de ce neuvième Vendée Globe ont eu l’occasion de croiser les îles de Trindade et Martim Vaz lors de leur descente de l’Atlantique Sud en novembre dernier, ils devraient en être beaucoup plus éloignés lors de leur « ascension » vers l’équateur… Pourtant ces rochers, qui font partie des « confettis » volcaniques de la dorsale médio-atlantique, sont bien situés par 20°30 Sud et 29° Ouest, au large du Brésil !

L’Atlantique est le second des cinq océans du globe terrestre mais il n'a été réellement "découvert et colonisé" que depuis un demi millénaire par les navigateurs portugais et génois. Au milieu de l'Atlantique émergent ainsi plusieurs archipels d'origine volcanique et la légende laisse entendre qu'ils seraient les derniers vestiges de l'Atlantide… Car d'une surface de 82 millions de kilomètres carrés, l'océan Atlantique baigne trois continents : l'Europe, l'Afrique et l'Amérique. Sa plus grande profondeur atteint 8 605 mètres dans la fosse de Porto Rico et sa température moyenne en surface varie de 2°C aux abords des océans Arctique et Antarctique, pour atteindre plus de 26°C entre le tropique du Cancer et le tropique du Capricorne.

De cette différence de température naissent les courants marins qui tendent à mélanger jusqu'à de très grandes profondeurs, les eaux chaudes venant des tropiques (comme le courant du Gulf Stream) et les eaux froides descendant du Groenland (tel le courant du Labrador). L’Atlantique s’est ainsi formé il y a 180 millions d’années par l’éloignement des plaques tectoniques de la Pangée, une expansion qui perdure à raison de deux centimètres par an. Une grande chaîne de montagnes sous-marines (dorsale médio-atlantique) s’étend du Groenland jusqu’à 58° Sud et certaines îles en émergent en relief volcanique.

Le mythe de l’Atlantide

Depuis les Phéniciens et les Étrusques, soit sept siècles avant Jésus-Christ, l'Atlantique a été sillonné par des navigateurs marchands qui, sortant de la Méditerranée par les Colonnes d'Hercule (détroit de Gibraltar), auraient atteint vers le Sud, le cap Mogador le long des côtes africaines, la Cornouaille britannique et probablement l’Islande vers le Nord (Pythéas le Grec en 320 av. JC), et vers l'Ouest, les îles de Madère et des Canaries. Puis les Vikings, les Génois et les Portugais traversèrent l'immensité océanique pour "découvrir" le Nouveau Monde, entre le dixième et le seizième siècle. Cette "découverte" ouvrit ensuite les premières voies maritimes en direction de l'Asie par le Sud de l'Atlantique (cap de Bonne-Espérance au Sud de l'Afrique et cap Horn au Sud de l'Amérique) qui permirent aux Européens de cartographier et de conquérir le monde.

Or les Anciens imaginaient un continent fabuleux, un paradis terrestre au large des Colonnes d'Hercule : l'Atlantide. Ce « jardin des Hespérides » aurait sombré, ne laissant que quelques îles émerger de l'océan. Le plus éloigné de toutes terres, surplombant la dorsale médio-atlantique, gigantesque relief sous-marin à forte activité volcanique, l'archipel des Açores regroupe neuf îles aussi variées que luxuriantes. Elles sont mentionnées pour la première fois dans "l'Atlas Medicis" de 1351 mais furent découvertes bien avant par des naufragés et des navigateurs arabes au service du roi Roger II de Sicile en 1154. En 1427, les Portugais colonisèrent ces îles fertiles, aux volcans encore actifs (éruption en 1957, tremblement en 1980), isolées à plus de 1 000 km du continent.

Au large du Portugal, l'île de Madère regorge d'une végétation exubérante, véritable jardin de l'Atlantique, connue pour son vin liquoreux et ses cultures de cannes à sucre et de bananes. Probablement répertorié par les Phéniciens et les Carthaginois, l'archipel des Canaries fut réellement colonisé par les Génois au quinzième siècle. Les « Îles Fortunées » furent l'objet de terribles batailles entre Portugais et Espagnols qui décimèrent la population autochtone des Guanches ou les transformèrent en main-d’oeuvre esclave pour la plantation sucrière. Lors du partage du Monde, le pape vénitien Eugène IV octroya en 1435, les Canaries au royaume de Castille. Enfin, au large du Sénégal, l'archipel du Cap-Vert regroupe quatorze îles semi-arides, pauvres et peu peuplées.

Des cailloux isolés de tout

Dans l’Atlantique Sud, il n’y a pas beaucoup d’îles : Fernando de Noronha au large de Recife (Brésil), Ascension et Sainte-Hélène au Sud du golfe de Guinée, Trindade et Martim Vaz dans l’Est de Rio de Janeiro, Tristan da Cunha, Gough, Bouvet et la Georgie du Sud entre les Quarantièmes et les Cinquantièmes, les Falkland dans l’Est de la Terre de Feu.

Le minuscule archipel de Trindade et Martim Vaz comprend quatre autres îlots rocheux, situé approximativement par 20°30 Sud et 29° Ouest. Cet ensemble d’origine volcanique n’est habité que par une colonie de pétrels et une petite garnison de militaires brésiliens. Lors d’un précédent Vendée Globe, Raphaël Dinelli avait tenté d’y mouiller pour réparer une drisse. Une manœuvre qu’il n’a pu effectuer, tant ce caillou est difficile d’accès et peu propice à crocher une ancre…

Le pic Desejado est le plus haut sommet de l’île de Trindade (620 mètres) qui abrite le volcan Paredao datant de l’Holocène (10-12 000 ans). L’archipel fut découvert en 1502 par Estêvão da Gama, un cousin de Vasco de Gama, qui l’intégra au royaume du Portugal. Et en 1700, l’astronome britannique Edmund Halley en prit possession lors de son second voyage en Atlantique Sud pour étudier le magnétisme terrestre. Puis le comte de La Pérouse y fit escale en 1785 avant de s’engager dans le Pacifique…

En 1893, un illuminé franco-américain, James Harden-Hickey, y séjourna quelques jours et se proclama Prince de Trindade : James 1er ! Ce « dictateur militaire » comme il aimait à se nommer, fabriqua des timbres, un pavillon national, une monnaie, un Ordre chevaleresque et ouvrit même un Consulat à New York pour faire reconnaître son « pays »… Deux années plus tard, les Britanniques qui voulaient en reprendre le contrôle furent déboutés par le Brésil qui intégra cet archipel à la région de Espirito Santo.

La rédaction du Vendée Globe / DBo.