Son actu
Son premier Vendée Globe, Justine Mettraux l’a bouclé sur un bateau pensé pour un autre : un plan VPLP de génération 2018, mis au point pour Jérémie Beyou (Charal). Pour 2028, la skipper de TeamWork - Team Snef repart d’une page blanche.
Au chantier CDK, à Lorient, la coque de son nouvel IMOCA, un monocoque de 60 pieds, prend forme depuis mars 2026. Dessiné par Guillaume Verdier, sans sister-ship, c’est le premier IMOCA construit pour elle. « Construire un bateau, c’est énormément de choix à faire, donc aussi de renoncements », nous confie-t-elle sobrement.
Ces choix, elle les arbitre chaque semaine avec Guillaume Verdier et son équipe, depuis le printemps 2025. Une priorité les guide : mieux passer dans la mer au portant, une faiblesse de la génération précédente, dont son ancien bateau. Là où d’autres IMOCA récents sont pensés aussi pour l’équipage, le sien est taillé pour le solitaire et les mers du Sud.
Sous la direction technique de Simone Gaeta, la conception se poursuit en parallèle du chantier. La première paire de foils et les safrans sont encore à l’étude, mais les outillages et les premiers travaux ont démarré chez C3Tech, à La Rochelle, qui construit les appendices. Une petite dizaine de personnes travaillent sur le projet chez Guillaume Verdier, une vingtaine chez CDK, une quinzaine dans son équipe. « C’est tout ce monde-là qui met énormément d’énergie pour qu’un projet aboutisse », note-t-elle encore.
A l’été 2026, elle a justement observé comment on prend en main un bateau neuf. Elle a embarqué sur Malizia 4, l’IMOCA de Boris Herrmann mis à l’eau quelques semaines plus tôt, pour The Ocean Race Atlantic. Malgré un foil endommagé lors d’une collision, l’équipage termine 4e.
Elle retrouvera Team Malizia à l’hiver 2026-2027 pour trois étapes de The Ocean Race, le tour du monde en équipage avec escales : Auckland (Nouvelle-Zélande) – Itajaí (Brésil) en mars 2027, Itajaí – St. Pete-Clearwater (Floride, États-Unis) en avril, puis St. Pete-Clearwater – Cascais (Portugal) en mai. Elle rentrera quelques jours avant la mise à l’eau de son propre bateau, prévue début juin 2027.
Le temps sera ensuite compté. Suivront quatre transatlantiques : la Transat Café L’Or, le Retour à la Base en décembre, The Transat CIC et la New York Vendée en mai 2028, puis le Défi Azimut en septembre. Justine Mettraux s'alignera sur la ligne de départ du Vendée Globe le 12 novembre 2028.
L’histoire qui la révèle : un record et un regret
10 novembre 2024 : Justine Mettraux s’élance des Sables d’Olonne pour son premier Vendée Globe. Dans le Top 10 dès la première nuit, elle pointe même un temps en 3e position. Dans les mers du Sud, la bizuth tient le rythme, malgré la perte de son J0, une voile d’avant de 180 m². Au large de la Tasmanie, elle accroche sur le fil la dépression qui emporte le groupe de tête. Le 28 décembre, après 48 jours de mer, le cap Horn est passé. Il reste à remonter l’Atlantique jusqu’aux Sables d’Olonne, et c’est là que tout se complique. Stratégie délicate, vent très fort, fatigue de plusieurs semaines en solitaire : Justine tient bon.
Elle franchit la ligne en 8e position, après 76 jours, 1 heure et 36 minutes de mer. Vient le soulagement : un samedi ensoleillé, elle remonte le chenal, sourire aux lèvres, avant de retrouver son équipe et le public. Première femme et première skipper internationale de l’édition, elle signe le record féminin de l’épreuve.
Mais de ce tour du monde, elle retient avant tout la remontée de l’Atlantique : « J’aurais aimé mieux gérer mentalement ces difficultés », semble-t-elle regretter. Ce regard sans complaisance est tourné vers l’avenir : « Cela donne des pistes pour mieux se préparer pour la suite », ajoute la Suissesse. La suite, c’est 2028.