21 Janvier 2017 - 14h51 • 18970 vues

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Joints au Vendée Live ce midi, Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac) et Romain Attanasio (Famille Mary-Etamine du Lys) expliquent leur situation en mer. Jean-Pierre cavale pour ne pas se faire rattraper par Yann Eliès et Jean Le Cam, et Romain est encalminé depuis son passage du Horn hier soir...

Jean-Pierre Dick, StMichel-Virbac

« C’est vraiment bien de pouvoir repartir un peu avec du vent, et ça va nous ramener jusqu’à un lieu que l’on connait bien : les Sables d’Olonne, et c’est sympa ! »

Balafre au menton

« Ça n’a pas été un énorme succès, j’ai réussi à refermer la plaie mais ce n’est pas évident sur le visage. Je dois avouer que j’ai dû m’y prendre à plusieurs fois pour vraiment réussir et je ne sais plus comment enlever les agrafes en trop. Donc le résultat est un peu spécial.  J’ai des agrafes à côté de la plaie. En fait, je me suis râpé le visage dans le cockpit en manœuvrant. Avec les poils sur le menton ce n’est pas facile de mettre des pansements, donc les agrafes, c’est mieux pour réussir à suturer la plaie. »

Bagarre jusqu’aux Sables d’Olonne

« Ça ne va pas être facile, ça va être une petite bataille. Queguiner-Leucémie Espoir a ré-empanné dans mon intérieur, donc il a décidé de ne pas passer derrière moi mais de rester à l’intérieur. On va voir ce que ça va donner dans les prochains jours. Je devrais avoir un peu plus de vent que lui dans les fronts, ça va être intéressant ! »

Conditions pour son foiler ?

« Ce n’est pas les meilleures conditions, là pour l’instant, mais ça va le devenir un peu plus quand le vent va revenir et je pourrai laisser les foils dans l’eau en permanence. En ce moment, on a les voiles choquées, le bateau n’a pas toujours le foil dans l’eau donc au contraire c’est plutôt un frein qu’autre chose, donc pour l’instant ce n’est pas un avantage, mais ça peut le devenir si le bateau s’appuie sur le foil et là ça décolle ! 

Le bonhomme tient la route, à des moments la fatigue est là. J’ai fait attention à ne pas m’endormir sans mettre d’alarme. Mais le bonhomme va bien, ça va être une sacrée bataille jusqu’à l’arrivée, je ne pensais pas qu’ils reviendraient aussi proche. Pendant 4 jours ça a été l’enfer, ils sont revenus. C’est un bon challenge !"

 

Romain Attanasio, Famille Mary-Etamine du Lys

« C’est surtout que c’est la fin des mers du Sud et le début de la remontée vers la maison, ça fait super plaisir. Je l’attendais tellement, avec impatience, mon premier en plus, j’étais hyper content hier, je le suis encore, c’est la première fois je crois que je suis content d’être dans la pétole et que je ne râle pas. Je suis complètement arrêté depuis deux heures. Une vraie mer d’huile, donc j’attends que ça rentre.

J’ai vu mon premier amerrissage d’albatros tout à l’heure, ça fait un de ces bruits, il a amerri juste à côté de moi avec les pattes en avant dans une gerbe, ça m’a fait rigoler, j’ai trouvé ça un peu casse-cou. Le passage du détroit de Le Maire, j’espère que ça va aller. J’ai relu les cours de Jean-Yves Bernot, j’espère que le vent va se lever. J’ai même ouvert le capot avant pour assécher le bateau, faire passer un peu d’air. Il ne fait pas très chaud mais il n’y a pas du tout de vent et un gros soleil. C’est l’été en hiver. »

Que retenir des mers du Sud ?

« On m’avait vendu ça mieux que ça ! Sam m’avait dit que l’Indien c’était un peu galère mais que le Pacifique c’était génial avec des grands surfs que la mer était belle. Moi je n’ai jamais eu ça, j’ai toujours eu une mer croisée. Je n’ai pas vu de différence entre l’Indien et le Pacifique, si ce n’est que dans l’Indien il faisait soleil et que dans le Pacifique il faisait gris. La mer était vraiment mauvaise, je n’ai jamais eu de condition de glisse.  J’ai eu dépressions sur dépression, j’imagine que c’est normal mais j’attendais la suivante à chaque fois. Mais c’était cool de découvrir ça, parce que je ne suis jamais venu là, de voir les albatros, découvrir ce froid, naviguer en imaginant les icebergs juste à côté."

Trafic au Horn

« J’ai contourné la zone qui était un peu dangereuse. Tout ça, c’est beaucoup de pression et on n’est pas rassuré tout le temps. Cela dit on peut dormir tranquille, là je suis assez étonné du trafic qu’il y a au cap Horn. Pour être honnête je pensais que je serais tout seul, mais il y a plein de cargos, c’est vraiment une grosse route maritime. J’ai croisé des dizaines de bateaux depuis hier sur l’AIS, des cargos qui sont passés à 200 mètres je moi. Je ne pensais pas qu’il y avait autant de monde par ici. »

Plus de peur que de mal après sa chute

« Ça va j’ai un peu mal quand je m’allonge parce que j’ai un pouf où normalement il faut tomber dedans pour faire son empreinte et être bien calé mais là je ne peux plus tomber dedans, ça me fait trop mal au dos. Mais c’est bon j’ai rien, c’est surtout que j’ai eu peur parce que quand je me suis cogné et j’ai eu super mal à la jambe et je me suis imaginé comme Paul (Meilhat) ou Yann (Eliès), je pensais que je m’étais cassé le bassin. J’ai surtout eu peur de ça, t’imagine si le Vendée se termine là-dessus ? Quand je me suis relevé, j’ai commencé à voir trente-six chandelles, donc je me suis assis dans mon poste de veille et je me suis réveillé quelques temps après et c’est un bruit de moteur qui m’a réveillé, comme s’il y avait une tronçonneuse à côté de moi. Ça m’a sorti de la torpeur ! Rien de grave mais j’ai eu peur de m’être fait vraiment mal. Plus de peur que de mal ! »