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Juan K, de retour dans la partie

Architecte Kouyoumdjian 2017
© Gilles Martin-Raget

« Il n’existe aucune course au monde qui nous oblige à repousser nos limites en matière d’architecture, comme le Vendée Globe ». Par deux fois, Juan Kouyoumdjian s’est essayé à l’exercice avec Pindar, aux mains de Brian Thompson en 2008-2009, puis Cheminées Poujoulat en 2012-2013. Les circonstances ont fait que dans les deux cas, ces unités n’ont pas pu montrer leur véritable potentiel.

Pour autant, Juan K a continué de travailler avec des coureurs IMOCA, tel Vincent Riou. Les deux hommes ont entamé leur collaboration voici cinq ans avec l’optimisation du potentiel de PRB. Cet été, le tandem a franchi un nouveau cap avec l’installation réussie de foils : vainqueur du défi Azimut, le monocoque orange et noir s’est aussi avéré un des plus rapides lors des entraînements du pôle France de Port-la-Forêt.

Mais surtout, pour l’édition 2020, l’architecte et le vainqueur du Vendée Globe 2004-2005 vont associer leurs compétences au service du récent vainqueur de la Solitaire Urgo-Le Figaro, Sébastien Simon, qui disposera d’un bateau neuf pour sa première participation au Vendée Globe. Interview.

Où en êtes-vous de la conception du nouvel IMOCA pour Sébastien Simon ?

« L’essentiel du dessin, de la conception générale a été validé. Les moules sont terminés et la construction proprement dite a commencé. La structure générale est validée, on est maintenant dans la phase d’exécution et de conception des points de détail. »

On vient de voir le premier IMOCA de nouvelle génération à l’œuvre. En quoi votre bateau risque-t-il d’être différent ?

« Par rapport à Charal, nous ne sommes pas dans la même philosophie. Le bateau de Jérémie Beyou a été poussé à l’extrême dans de nombreuses directions. On sent la volonté de réduire la surface mouillée et la volonté d’augmenter la portance des foils. On est dans une démarche différente qui s’appuie beaucoup sur l’expérience de Vincent Riou. Quand on travaille sur une modélisation, il apparaît des éléments pour et des éléments contre. On a un modèle qui s’appuie sur des éléments statistiques. Mais les statistiques, c’est comme les bikinis. Ce qu’elles dévoilent peut se révéler très excitant, mais c’est ce qu’elles cachent qui est important. Ne pas prendre en compte cette donnée peut amener à des erreurs de conception majeures. Là, on est parti de l’expérience de Vincent qui a fixé quelques grandes lignes directrices : si un bateau est capable d’être présent dans trois ou quatre cas de figures que nous avons cernés, cela veut dire qu’il a le potentiel pour gagner le Vendée Globe. On s’est donc concentré sur ces quelques points qu’on avait identifiés. »

Les foils sont-ils devenus indispensables pour être performants ?

« On avait déjà envisagé de mettre des foils pour le précédent Vendée Globe. Et nous avons finalement décidé que ce n’était pas indispensable. Mais l’évolution de la jauge et la liberté donnée de jouer sur les incidences des foils change radicalement la donne. »

On imagine que vous avez vu d’un bon œil le fait que la Volvo Ocean Race se courre en IMOCA ?

« Je pense que ça va dans le bon sens. D’autant que je ne suis pas un fanatique de la monotypie. Avec les IMOCA, on ouvre une nouvelle porte. Ça me parle. Après, le fait de naviguer en solitaire ou en équipage, ce n’est pas la même chose. En matière de design, 95 à 98% des options restent identiques. Mais ce sont sur les points de détails que risquent de se faire les différences. Si je prends l’exemple de PRB qui est un bateau que je connais bien, il sera très difficile de le transformer pour en faire un bateau compétitif en équipage. Il faudrait adopter à son bord une gestion de course qui le rendrait lent dans une course comme la Volvo. A l’inverse, manier un monocoque en poussant le bateau comme le font les équipages de la Volvo présenterait un risque majeur de casse. »

Ce serait malgré tout possible de gagner la Volvo et le Vendée Globe sur le même bateau ?

« Au vu de la conception actuelle d’un bateau pour courir le Vendée Globe, cela paraît vraiment difficile. Mais avec quelques petites améliorations et une optimisation intelligente, on pourrait courir la Volvo. De toutes façons, ce sera plus facile de transformer un bateau conçu pour le solitaire en vue de l’équipage que l’inverse. Après, être en mesure de gagner, c’est plus compliqué… »

Cela veut dire deux bateaux différents…

« La victoire se joue en grande partie avant le départ. Chaque course correspond à un cahier des charges spécifique. Ce sera possible de participer avec des chances de faire un résultat. Mais une écurie qui voudrait jouer sur les deux tableaux aura besoin de deux bateaux. »

Les derniers-nés des IMOCA ne sont-ils pas plus difficiles à naviguer ?

« Je pense que dans certaines conditions, ils seront plus faciles parce que nécessitant moins de toile. Ils devraient aussi être plus secs. En revanche, les vitesses plus élevées vont entraîner des risques de chocs plus importants pour les marins. Il va falloir aussi apprendre à gérer les limites structurelles du gréement. Ce sera la responsabilité du skipper de savoir quand il faudra lever le pied. Les marins ont à disposition des outils pour aller vite, mais ils devront apprendre à les utiliser sans se mettre dans le rouge et risquer de casser. »

C’est un peu effrayant…

« Je ne trouve pas. Ça fait partie du jeu. En monotypie, le travail de l’architecte n’entre pas en compte et on pousse les bateaux au-delà du raisonnable. Là, le jeu est ouvert, on est dans quelque chose d’excitant plutôt qu’effrayant. »

Un petit mot sur Sébastien Simon…

« Il est particulièrement talentueux. J’ai appris à mieux le connaître ces derniers mois. Il a sa propre approche des choses. Il possède une personnalité telle qu’il n’aura pas besoin de copier ce que d’autres ont fait avant lui. De plus nos échanges sont à la fois très riches et d’une grande simplicité. »

Vous avez un contrat d’exclusivité ? Pourriez-vous dessiner d’autres projets IMOCA ?

« On travaille sur PRB et le nouveau bateau. On nous a sollicité pour d’autres projets, mais du fait de la démarche que nous avons adoptée avec Vincent et Sébastien, il ne nous paraissait malheureusement pas possible de s’engager ailleurs. Certains IMOCA d’ancienne génération souhaiteraient disposer des mêmes foils que ceux que nous avons développés. Nous serons heureux de les aider, mais je ne pense pas que cela les transformera en projets gagnants. Mais c’est clair que nous travaillons pour Seb exclusivement. »

Cela doit être plaisant de revenir sur l’IMOCA avec un projet de pointe ?

« C’est toujours gratifiant de voir que des personnes de haut niveau vous font toujours confiance, apprécient ma manière de travailler et de penser. Les résultats parlent d’eux-mêmes. A titre plus personnel, cela me permet de constater que j’ai encore des choses à dire. Une chance comme celle-ci se présente rarement et j’ai bien l’intention d’en profiter à plein. J’ai besoin de sentir que je fais partie pleinement de l’équipe. C’est le seul moyen de m’exprimer pleinement et de pousser la conception du bateau vers où c’est nécessaire. Voilà où j’en suis. »

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