05 Décembre 2020 - 08h05 • 24114 vues

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Joint ce matin à la vacation de 5 heures, le leader Charlie Dalin a longuement évoqué ses conditions de navigation dans l'océan Indien et la nécessité de s'adapter.

« La mer est désordonnée comme d’habitude depuis un moment, c’est un peu la même péloche. On est dans un ciel de traîne : du ciel bleu avec des grains. L’état de la mer, c’est le problème principal, c’est ça qui empêche d’accélérer. À chaque fois que j’ai essayé de mettre plus de toile, ça s’est terminé sur de gros plantés. En termes de vent, ça va de 30 à plus de 40 nœuds parfois. Ça fait un moment qu’on est dans pas mal de vent et ce n’est pas près de s’arrêter. Mais j’ai pris mon rythme ‘vent fort’. J’ai réussi à bien dormir cette nuit. Depuis quelques jours, j’avais un peu de mal à manger, là ça va mieux. Je commence à me faire à notre vie dans l’océan Indien. J’ai eu un coup de mou passager hier, mais je suis à nouveau en pleine forme. J’arrive à régler le bateau, je sais à quel angle de vent il faut que je navigue, je suis entré dans ma routine de l’océan Indien.

Le souci, c’est la mer croisée. Le vent alterne entre le Sud-Ouest et le Nord-Ouest, donc tu navigues perpendiculaire à la houle. Donc dès que tu prends une vague, la plupart du temps, ça se termine en planté. Quand tu pars en surf, tu serres un peu les fesses…

Je suis dans le compromis. Les manœuvres, ça prend du temps, ça a un prix, donc, il faut que ce soit rentable. Hier, je me suis fait piéger. Ça a molli un peu, j’ai renvoyé de la toile et juste après, c’est rentré fort. J’ai fait un beau planté. La route est longue.

Mais comme ça fait presque une semaine qu’on navigue dans ces conditions, on finit par s’habituer. L’humain a des capacités d’adaptation importantes. Je m’en rends compte aujourd’hui. Il y a deux nuits, il y a eu un moment où je ne savais pas trop quoi faire. Le bateau tapait dans tous les sens. Je me faisais secouer sur mon pouf. Impossible de me caler pour trouver le sommeil. J’ai hâte de retrouver des conditions qui permettraient d’exploiter davantage les performances du bateau.

On m’avait vendu un ciel gris… mais j’ai plutôt du soleil et c’est agréable. Comme les journées sont longues, j’ai l’impression d’avoir mon quota de luminosité. On sent qu’on se déplace vers l’Est : le soleil se couche de plus en plus tôt et il se lève aussi de plus en plus tôt. Ce matin, il a dû commencer à faire jour vers 1heure TU et la nuit dernière est arrivée vers 17h30. On a une demi-heure de décalage par jour.  Les nuits sont courtes et c’est agréable.  

C’est beau, il y a des oiseaux, des déferlantes, on est sur de la houle du Sud. Les vagues avancent et roulent les unes après les autres. Quand il y a un rayon de soleil, ça fait ressortir le bleu de l’eau et le blanc de l’écume. C’est un beau spectacle.

Je sors rarement. Je suis soit à l’intérieur, soit dans le cockpit pour régler et faire un tour d’horizon et je ne suis pas si souvent en ciré. Je vis aux heures des fichiers météo : 7/8 heures le matin, 19h/20h le soir. J’ajuste ma trajectoire. Voilà ma routine. Pour le reste et notamment manger, j’essaie de rester sur l’heure solaire. J’ai récupéré une carte des fuseaux horaires pour caler les repas sur l’heure solaire. J’ai décidé de ne pas rester sur l’heure française.

Il ne fait pas si froid. 9 degrés dans le cockpit. Dans le bateau, il fait presque 18°C… Je n’ai pas encore sorti de la panoplie grand-froid !

J’attends la bascule de vent (à l’Ouest) la nuit prochaine. Ça va me permettre d’empanner vers un nouveau front en approche et si tout se passe bien, c’est un bord qui pourrait nous envoyer jusqu’au cap Leeuwin. Si le timing est bon, si j’arrive à maintenir le rythme, avant la fin du week-end, je suis en bâbord amure, route directe vers le prochain cap.

Je suis en tête oui, mais il reste tellement de milles à parcourir, il peut se passer tellement de choses… Chaque chose en son temps, je prends chaque système météo l’un après l’autre. »

Charlie Dalin / Apivia