30 Janvier 2021 - 09h59 • 14799 vues

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Alexia Barrier (TSE- 4myplanet) était à la vacation de 8h ce matin. Elle revient sur les conditions dantesques auxquelles elle a dû faire face au cap Horn et au bonheur que lui procurent ses retrouvailles avec l'océan Atlantique. 

" C’est vraiment chouette d’être dans l’Atlantique. Je vais vérifier, mais je crois que je ne suis plus dans les Quarantièmes, je retrouve peu à peu le monde civilisé de l’Atlantique que je connais bien. Je récupère de ce cap Horn et de ces derniers jours qui ont été éprouvants.

Il y a des passages de grains de temps en temps, mais ça n’a rien à voir du point de vue de l’intensité, de la violence, de l’ambiance, de l’état de la mer, de la couleur du ciel, la forme des nuages, la température, etc. Tout change. Je découvrais un monde totalement étranger auquel j’ai dû m’adapter, c’est vraiment très différent de ce qu’on connaît en Atlantique.

Je n’ai pas trop eu de sentiment de solitude. J’essaie de ne pas trop y penser sinon ça risque de me rajouter une charge émotionnelle supplémentaire. Sam Davies et Ari Huusela ne sont pas très loin de moi, je me suis toujours concentrée là-dessus. Sinon, tu peux vite perdre les pédales et paniquer. J’ai juste senti quelque chose que j’avais rarement ressenti en mer, c’est de ne pas comprendre pourquoi c’était sans cesse aussi intense et violent. Avant le passage du cap Horn, ça ne s’est jamais arrêté pendant 10 jours. Il y avait toujours entre 30 et 50 nœuds avec 7 mètres de creux. C’était n’importe quoi ! Parfois, je pensais à la Méditerranée qui peut aussi se déchaîner de manière phénoménale du jour au lendemain.

J’ai réussi à bien me positionner rapidement après les Îles Malouines, à rester au près serré dans l’axe du parcours, car j’avais vu que pas mal de gens se faisaient prendre dans la pétole dans cette zone. Je croise les doigts, mais je n’ai pas eu de vent en dessous de 18 nœuds depuis les Malouines. Certes, c’est du près, donc ça tape un petit peu dans les vagues, mais rien à voir avec ce qu’on a vécu ces derniers jours. C’est moins stressant.

Il y a un relâchement, mais les conditions sont assez variées. Il faut changer et régler les voiles régulièrement. Ce ne sont pas des vacances ! Je dors de manière plus apaisée que lorsque j’étais dans le grand Sud. A bord, j’ai quelques petites bricoles à faire, mon antenne Iridium ne fonctionnait plus, je me suis lancée la mission de la démonter. Je me prends plein de vagues, mais comme il fait chaud et l’eau est chaude, ce n’est pas trop grave.

C’est plus sympa de regarder la cartographie et de regarder ce que font les autres, que de regarder une cartographie quand on est complètement isolé. Ça donne des repères de vitesses et de cap. Il y a quelques jours, Ari (Huusela) m’a fait rire : deux jours avant de passer le cap Horn, il a envoyé un message en me disant qu’il me suivait car il n’avait jamais passé ce point, sauf que moi non plus donc je lui ai dit qu’il fallait aller tout droit. C’est chouette de pouvoir s’envoyer des messages, pour prendre des nouvelles et se soutenir.

Quand tu te rapproches du cap Horn, le fond passe de 4 000 mètres à 100 mètres donc les vagues deviennent monumentales, mais c’est la seule fois sur le Vendée Globe où j’ai commencé à réfléchir où était ma TPS, les bidons de survie, à comment déclencher la balise, etc. Ce n’était pas très agréable. Pour penser à autre chose, j’ai sorti mon vernis à ongles et j’ai fait ma manucure. Comme quoi, quand on a peur, on fait parfois des choses étranges. Globalement, on s’en sort bien ! " 

Alexia Barrier / TSE - 4myplanet