04 Février 2021 - 18h45 • 22626 vues

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Ils sont encore treize à batailler dans l’Atlantique. Treize à connaître des situations bien différentes, entre ceux qui s’apprêtent à arriver en fin de semaine (Jérémie Beyou et Romain Attanasio), le groupe des six qui doit contourner l’anticyclone (Boissières, Le Diraison, Roura, Shiraishi, Costa, Hare), le trio Giraud-Cousin-Merron qui en finit avec le pot-au-noir et le duo Barrier-Huusela qui progresse au large du Brésil.

Au lendemain d’une nouvelle arrivée, la 12e de ce Vendée Globe (Clarisse Crémer), la Vendée a conservé un ciel dégagé, clair et un temps de printemps à en faire oublier l'hiver. Pourtant, à voir les badauds déambuler sur le ponton où sont amarrés les bateaux, il y a une pointe de nostalgie. Les arrivées sont toujours des moments forts, elles offrent toujours leur lot d’émotions, de retrouvailles chaleureuses, de confidences assurées mais elles marquent aussi la fin d’une histoire, la fin d’une habitude de plusieurs semaines pour les femmes et les hommes de mer comme pour ceux qui les suivent à terre.

Ceux qui bataillent encore sur l’océan doivent s’accrocher. En plus de la fatigue, des 87 jours de course et de l’usure, il faut aussi composer avec une forme de lassitude, savoir que l’attente est peut-être un peu moins forte, que les feux des projecteurs sont moins braqués sur eux. « Dès que les premiers sont arrivés, c’est toujours très dur psychologiquement pour ceux qui restent en course. Il y a forcément un petit coup au moral », confiait hier Armel Le Cléac’h, vainqueur du Vendée Globe 2016-2017. « On prend notre mal en patience, c’est si près et c’est si loin à la fois », ajoute Manuel Cousin (Groupe SÉTIN). Alors, malgré tout, les rescapés du tour du monde se battent, puisent en eux ces ressources rares qui leur ont déjà permis de tenir. À l’issue de ces combats-là, il y aura une lumière au bout du tunnel : la remontée du chenal, les applaudissements des curieux et des admirateurs et la certitude, pour le public d’ici, que tous les marins qui franchissent la ligne seront accueillis comme des vainqueurs.

Beyou-Attanasio, arrivées attendues… et petites vitesses

Ce sont les prochains qui auront les honneurs de l’arrivée. Jérémie Beyou (Charal) et Romain Attanasio (PURE-Best Western Hôtel & Resort), qui progressent à la latitude du cap Finisterre, sont attendus samedi, le premier en début de journée alors que le second pourrait arriver en fin de journée. Du côté de Charal, on note une vitesse peu soutenue (moins de 10 nœuds dans la matinée). Mais Jérémie se voulait rassurant : « je n’ai pas de souci sur le bateau, mais le vent est vraiment instable et c’est difficile d’adapter la toile et d’aller tout droit. Je dois zigzaguer et un peu lever le pied ». Romain était également peu rapide en début de matinée (6 nœuds de moyenne), ce qui complique pour l’instant le fait d’établir des ETA (des estimations de temps d’arrivée) très précises.

Six skippers, un anticyclone et des questions

« On est plus proche des Antilles que des Sables d’Olonne… Vu le temps qu’il fait aux Sables, j’hésite… » Arnaud Boissières (La Mie Câline-Artisans Artipôle) faisait part de ses doutes sourires aux lèvres hier. Et pour cause : son groupe, le groupe des six (Boissières, Le Diraison, Roura, Shiraishi suivis de Costa et Hare) doit contourner l’anticyclone des Açores en passant 1000 milles dans l’Ouest de l’archipel portugais. Et le pire, c’est que ce n’est pas fini, d’après le météorologue du Vendée Globe, Christian Dumard : « ils devront faire face à un premier front qui se creuse avant une nouvelle dépression, formée par des vents forts de nord-ouest avec plus de 50 nœuds fichiers. » « Ils n’en ont pas fini avec les dépressions hivernales ! » « Ça va être un beau ’match race’ jusqu’à la fin » estime Alan Roura (La Fabrique) qui conservait son enthousiasme ce matin aux vacations. 

Giraud-Cousin-Merron et les alizés de nord-est

« Ça y est, je suis sorti du pot-au-noir, ça fait du bien ! » Manuel Cousin (Groupe SETIN) affichait un visage combatif ce matin aux vacations. « Je sais qu’il nous reste une transat à faire mais on va se battre ! Moi, j’ai qu’une envie : franchir le chenal et aller jusqu’au bout ». Clément Giraud (Compagnie du lit/Jiliti), lui, doit composer avec les nombreux bancs de sargasses sur sa route, ce qu’il a montré par une photo impressionnante… De son côté, Miranda Merron est encore confrontée aux affres du pot-au-noir. « J’ai connu une nuit désastreuse. Je n’ai pas de vent du tout et il y a une grosse houle croisée du Nord Est, Sud Est ». La navigatrice de Campagne de France évoque une grand-voile qui « bat de tous les côtés très violemment comme si elle cherchait à se désolidariser du mât ». Mais comme Clément Giraud et Manuel Cousin, elle tient bon ! 

Vendée Globe Virtuel des classes : des écoliers haut-savoyards primés

Elles sont des centaines partout en France et au-delà à avoir suivi ce Vendée Globe. Écoles primaires, collèges, lycées, universités… Plus de 3 300 classes ont également participé au Vendée Globe Virtuel des écoles. C’est une classe de Haute-Savoie, de l’école de CM1-CM2 de Bouchet-Mont-Charvin qui s’est imposée, terminant même 36e du classement mondial. Et pour l'emporter, les élèves ne se sont pas ménagés. Yann Hardy, professeur de la classe, explique : « chaque jour, on regardait ce qu’on pouvait faire en termes d’options et on faisait parfois un vote quand on hésitait entre deux choix. »

Par la rédac du Vendée Globe / Antoine Grenapin