16 Février 2021 - 19h28 • 13907 vues

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Après une remontée du chenal de Port Olona accompagnée par les applaudissements de nombreuses personnes, Clément Giraud, heureux, livre ses premiers mots lors de sa conférence de presse. 

Mon frère m’a dit que j’étais un marin avec un grand M. Je crois que j’ai pris un pied à essayer d’être au plus près de ce que les éléments me donnaient et à trouver la butée que j’étais capable d’accepter. Il y a trois jours je me suis fait ‘peur’, mais à un moment je me suis dit qu’il fallait avoir confiance dans mon bateau, que je connaissais mes limites, et que j’étais complètement dans le truc. À ce moment-là, on était plus dans l’humain, il fallait devenir liquide comme l’eau et raide comme le carbone du bateau afin de trouver l’équilibre parfait en permanence pour que ça fonctionne. C’était un gros kiff. 

Peux-tu revenir sur tes difficultés ?

Je peux compter les difficultés, il y en a 4. La première est la descente de l’Atlantique. Je fais un virement de bord deux jours après le départ et je perds tout le troupeau. Tout ce que Kito de Pavant m’avait dit, c’est-à-dire de garder le groupe le plus longtemps possible la première semaine, je le loupe. C’était très dur. Ensuite, la deuxième difficulté était le premier gros front dans le Sud. Je courais devant et d’un coup c’est monté plus que ce que je pensais, les vagues étaient des murs. A ce moment-là, je suis rentré dans le bateau et j’ai claqué la porte pour ne pas voir ça. Le troisième coup dur était la fureur de s’être fait prendre dans un anticyclone, de me faire décaler de 180 milles. J’étais dépité et déçu de ne pas l’avoir bien vu. Pour finir, la quatrième était l’autre jour, dans la dépression, c’était énorme et il n’y avait aucune échappatoire. Il y avait une certaine fierté car à ce moment-là, je savais que moi et le bateau pouvions accepter ça. Je me suis régalé jusqu’au bout. 


Question à Erik Nigon : As-tu vécu ce Vendée Globe par procuration ? 

Je ne pense pas qu’on puisse vivre un Vendée Globe par procuration. J’ai vécu le Vendée Globe de Clément. Les objectifs étaient de voir le bateau et le skipper rentrer à bon port. Et chaque jour, voir les vidéos où il avait le moral, ça me faisait plaisir. 


Il y a pas à un moment ou tu t’es demandé ce que tu faisais ici ? 

Non, je ne crois pas. Parfois je me disais que je serais peut être mieux avec ma famille, comme à Noël par exemple, mais je me disais que je faisais ce Vendée Globe pour eux donc je devais continuer à me donner à fond. Il fallait absolument que je garde ma rythmique car sortir de cette rythmique éatit un danger. Tout devait être militaire. Dès le départ j’ai organisé mon quotidien et au bout de deux semaines je n’avais plus à réfléchir. Ça me permettait de laisser libre court à mon imagination, à profiter, à des contemplations. 


Que changerais-tu à ta préparation ? 

Je remettrais des journées à 24 heures et pas à 48 heures. Pour faire un Vendée Globe, tu as un bateau, une équipe qui s’occupe du bateau, le skipper a un peu de temps pour se préparer. Et là, on a tout fait ensemble. Peut-être que demain j'essayerai de progresser là-dessus. Je suis arrivé en butée sur le maniement des logiciels, j’ai besoin de réponses à mes questions et je ne pourrais les avoir qu’aux côtés de grands skippers. Si je veux continuer, il faut que je navigue avec quelqu’un capable de me dire comment faire exactement, j’ai besoin de repères. Sur la course, j’ai essayé de trouver des compromis, mais ce n’est pas optimum. 

 

Comment fais-tu pour avoir toujours la pêche ? 

Je n’ai pas voulu montrer les moments linéaires où j’avais l’impression d’être un conducteur de bus. Quel intérêt de montrer ça ? Le but était de montrer ce qui était cool, les moments d’euphorie, les couleurs, la musique à fond dans le bateau, le petit café du matin où quand le bateau se transforme en locomotive. C’est ce qu’on avait décidé de faire en début de projet. Je me disais que tout était possible, donc il fallait foncer ! 


Qui t’a impressionné sur la course ?

L’habit ne fait pas le moine et j’ai vite compris par mes expériences qu’il fallait se méfier. J’ai été très impressionné par Benjamin (Dutreux) et Damien (Seguin), mais je ne suis pas étonné non plus. Je les ai un peu jalousé, tout en sachant très bien que j’étais à 2000 lieues de leur niveau. Damien n’a qu’une main, Benjamin n’a pas pu beaucoup navigué faute de budget, et ils ont fait une course de dingue. Leurs histoires sont belles. 

 

Yannick Bestaven disait qu’il vivait comme un sanglier, quel animal as-tu découvert au fond de toi ? 

J’ai longtemps cru que j’étais un renard, pas pour l’odeur (rires). J’ai toujours essayé de trouver tout ce qui me permettrait d’aller plus vite. Vu le nombre de sacs d’habits que je n’ai pas ouvert, je serai peut-être un ours, ou un fennec ? 

Par ailleurs, je n’ai jamais été un renard vis-à-vis de Miranda (Merron) qui a été mon compagnon de route. J’étais un renard par rapport à mon bateau. 

 

Repartiras-tu en 2024 ?

Aujourd’hui je n’ai pas la réponse. L’aventure a été tellement incroyable que je me demande encore ce que je pourrais aller chercher. Si les conditions pour monter d’un cran mes conditions de préparation sont réunies, pourquoi pas. Par contre, le temps n’est pas là. On a couru pendant trois ans, là il est temps de se poser, de réfléchir à comment on travaille ensuite. Je ne repartirai pas comme ça. Ça s’est très bien passé cette fois-ci, mais ça ne passera pas comme ça deux fois.

 

Pour finir, je voudrais dire une phrase qui m’a accompagné tous les jours et qui m’a poussé dans chaque situation. “La chance sourit aux audacieux”. Quand le bateau plantait et qu’il fallait changer quelque chose à l’avant, cette phrase me revenait. Si tu le tentes, si tu l'essaies, derrière toute la chance va faire que tu avais bien fait de le faire. Je trouve que ça a de la gueule !