29 Novembre 2021 - 09h00 • 4082 vues

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Un match à trois pour la victoire entre LinkedOut, APIVIA et Charal a été particulièrement intense tout au long de la transatlantique. C’est le duo Thomas Ruyant-Morgan Lagravière qui l’a emporté, la première victoire de prestige de LinkedOut. La classe a également démontré son dynamisme et la fiabilité de ses bateaux, alors que seulement deux abandons ont été constatés (sur 22 IMOCA au départ).

Ce sont des images qui ne lassent pas, celles des arrivées des IMOCA dans la baie de Fort-de-France, le dernier empannage devant le rocher du Diamant, le dernier bord jusqu’à la ligne d’arrivée. La Martinique offre sa plus belle carte postale. Le large et les skippers offrent ainsi ce qu’ils ont de meilleur : une promesse d’évasion et d’émotions fortes, un dépassement de soi si propice à oublier quelque peu le tracas du monde et le souffle de la contestation sociale qui agite Madinina.


« On avait un bateau ultra prêt » (Ruyant)

Le premier IMOCA à franchir la ligne - jeudi 25 novembre, soit deux jours après la victoire du Maxi Gitana Edmond-de-Rothschild en Ultime - c’est LinkedOut. Une voile bleue transperce la baie et l’explosion de joie est contagieuse pour Thomas Ruyant et Morgan Lagravière. « C’est beaucoup de bonheur et de satisfaction, souligne le premier. On avait un bateau ultra prêt sur lequel on pouvait tirer et il y avait tous les ingrédients pour réaliser une belle course. Mais le concrétiser, c’est une autre histoire ». Cette histoire-là, c’est un alliage entre la complémentarité de deux hommes, la recherche de trajectoire optimum et une grande vitesse. Depuis le Cap-Vert, LinkedOut s’est employé à creuser l’écart jusqu’au bout pour s’offrir une victoire éclatante.

Dix mois après le Vendée Globe et une 6e place au classement après avoir si longtemps bataillé pour la première, les larmes d’alors sont oubliées pour Thomas Ruyant. Le Nordiste n’a pas eu besoin d’un esprit revanchard, seulement du travail et une bonne dose de motivation. « Toutes les expériences ont été particulièrement enrichissantes pour être performant en IMOCA, confie-t-il. Je m’y sens vraiment bien. Pour moi, c’est un peu le support ultime ! »
Sur les pontons, Thomas force l’admiration. Directeur de course du Vendée Globe présent pour le saluer dès son arrivée, Jacques Caraës dresse l'éloge « d'un teigneux, un gros bosseur, un vrai sportif de haut niveau ». Clarisse Crémer, elle aussi de l’aventure au Vendée Globe et présente en Martinique, décrit « sa personnalité attachante et sa capacité à tout donner ». Morgan Lagravière poursuit : « Ce n’est pas qu’un bon skipper en solitaire, c’est aussi un très bon chef d’équipe. Je n’aimerais pas être son concurrent dans les courses à venir ! »

« Il nous a manqué un soupçon de réussite » (Dalin)

La question devrait tarauder ses adversaires les plus proches, dont APIVIA (Charlie Dalin et Paul Meilhat) et Charal (Jérémie Beyou/Christopher Pratt) qui n’ont jamais quitté les premières places et ont complété le podium. C’est donc APIVIA qui a pris la 2e place en arrivant 20 heures et 12 minutes après LinkedOut. Si la satisfaction d’avoir été de la bataille pour la victoire était grande, une pointe de frustration s’est fait sentir chez Charlie Dalin : « Il nous a manqué peut-être deux, trois ingrédients, un soupçon de réussite et de vitesse dans certaines conditions », confiait Charlie à l’arrivée. 

Une poignée d’heures plus tard, c’est au tour de Jérémie Beyou et Christopher Pratt d’en terminer. Pour Charal, ce podium a une saveur particulière, la démonstration qu’il faut toujours croire en son étoile. Il y avait eu la précédente édition, perdue après être resté scotché dans le Pot-au-noir, puis le Vendée Globe et le retour forcé au port pour réparer, repartir bon dernier, et l’arrivée finale à la 13e place. Jérémie Beyou savoure « le plaisir du travail accompli. Les écarts entre les bateaux ne reflètent pas forcément les différences de niveau, analyse-t-il. La météo a fait des cuts à certains moments, il fallait juste être dans le bon wagon ».

Les arrivées se sont enchaînées tout le week-end à Fort-de-France au gré du couvre-feu, obligeant parfois les concurrents à attendre au large avant de débarquer sur le ponton officiel. Arkea Paprec – pour la dernière course de Sébastien Simon (associé à Yann Eliès) - et Initiatives-Cœur – Sam Davies et Nicolas Lunven, « super fiers d’avoir bataillé aux côtés des bateaux neufs » - composent également le top 5.

Un beau match à quatre opposait derrière Prysmian Group (6e, Giancarlo Pedote-Martin Le Pape), Fortinet-Best Western (7e, Romain Attanasio-Sébastien Marsset), CORUM-L’Epargne (8e, Nicolas Troussel-Sébastien Josse) et Maître CoQ IV (9e, Yannick Bestaven - Jean-Marie Dauris). Le top 10 est complété par Fabrice Amedeo et Loïs Berrehar (Nexans – Arts & Fenêtres).

Désormais, les équipes techniques – parfois avec les skippers – vont s’attacher à réaliser le convoyage jusqu’à l’Hexagone. Et après quelques jours de repos bien mérités, tous se projetteront avec enthousiasme vers la prochaine saison, avec la Route du Rhum en ligne de mire.

Par la rédac du Vendée Globe / Antoine Grenapin

 

LES RÉACTIONS DES TROIS PREMIERS

Thomas Ruyant (LinkedOut, 1er) : « C’est un bonheur partagé. On a pris beaucoup de plaisir sur l’eau avec Morgan (Lagravière, son co-skipper). C’est une sacrée expérience sportive, un moment rare dans une carrière de sportif. On a eu la chance d’avoir un bateau ultra prêt, dans lequel on avait beaucoup de confiance, sur lequel on a pu tirer. On n’a pas ménagé le bateau, ni nous-mêmes du départ jusqu’à l’arrivée. On a mis beaucoup d’énergie. Sur les derniers jours, on avait de l’avance mais on n’a jamais lâché un mètre. C’est l’une des plus belles victoires parce qu’elle est construite, elle vient de loin et qu’il y a tout une équipe derrière. C’est vraiment ce qui m’anime : tout le partage qu’on va réussir à créer derrière cette victoire. Le bonheur démarre maintenant. »

Charlie Dalin (APIVIA, 2e ) : « Les dernières heures ont été un peu à l’image de toute la course avec des conditions anormales, atypiques, très peu de vent et sans alizé. Il a fallu s’adapter avec des fichiers météo un peu faux, un peu décalé. Nous sommes heureux d’être là, c’est toujours symbolique une transat : on part l’hiver en France et on arrive au chaud de l’autre côté de l’Atlantique. C’est vrai que nous partions pour tenter un doublé. Il nous a manqué peut-être deux, trois ingrédients, un soupçon de réussite et de vitesse dans certaines conditions. Mais nous sommes très heureux de cette deuxième place. Il s’est avéré que sur la fin du parcours c’était impossible de revenir. C’était vraiment très intense cette régate à trois bateaux. Une régate au contact avec des bateaux aussi performants et technologiques, c’est génial ! »

Jérémie Beyou (Charal, 3e) : « Le sentiment qui prédomine, c’est celui du travail accompli. L’objectif était d’être sur le podium et ce n’est jamais très simple avec la concurrence en IMOCA. Il faut savoir se satisfaire d’un podium quand il y a de beaux vainqueurs comme Thomas et Morgan. Un grand bravo à eux ! On a essayé en permanence de faire avancer Charal un peu plus vite que ce que nous imaginions. Les écarts entre les bateaux ne reflètent pas forcément la différence de niveau, ni devant ni derrière. La météo a fait des cuts à certains moments, il fallait être dans le bon wagon. »  

LE 'TOP 10'

  1. LinkedOut (Thomas Ruyant/Morgan Lagravière) en 18 jours, 1 heure, 21 minutes, 10 sec
  2. APIVIA (Charlie Dalin/Paul Meilhat) en 18 jours, 21 heures, 33 minutes, 31 secondes
  3. Charal (Jérémie Beyou/Christopher Pratt) en 19 jours, 14 heures, 59 minutes, 36 secondes
  4. Arkea Paprec (Sébastien Simon/Yann Eliès) en 20 jours, 17 heures, 8 minutes, 30 secondes
  5. Initiatives-Cœur (Sam Davies/Nicolas Lunven) en 20 jours, 17 heures, 30 minutes, 10 secondes
  6. Prysmian Group (Giancarlo Pedote/Martin Le Pape) en 20 jours, 19 heures, 17 minutes, 54 minutes
  7. Fortinet – Best Western (Romain Attanasio/Sébastien Marsset) en 20 jours, 20 heures, 10 minutes, 10 secondes
  8. Corum L’Epargne (Nicolas Troussel/Sébastien Josse) en 20 jours, 21 heures, 15 minutes, 49 secondes
  9. Maître Coq IV (Yannick Bestaven/Jean-Marie Dauris) en 21 jours, 22 minutes, 34 secondes 
  10. Nexans – Arts & Fenêtres (Fabrice Amedeo/Loïs Berrehar) en 21 jours, 3 heures, 44 minutes, 22 secondes