26 Juin 2022 - 19h26 • 897 vues

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Charlie Dalin tient sa revanche. Depuis ses débuts en course au large, il n’avait jamais remporté de course au départ des Sables-d’Olonne. La Vendée Arctique a réparé un impair et le skipper s’en amuse : "Cela n’a pas de portée scientifique mais ça fait du bien ! " Durant le convoyage retour depuis l’Islande, le skipper d’APIVIA a pris le temps de revenir sur son aventure, ce sprint jusqu’au grand nord, les heures qui ont suivi sa victoire, son rapport à son bateau actuel et au prochain aussi, qu’il mettra à l’eau dans quelques mois. 

Revenons sur votre course. Au départ, il y a ce long bord très rapide. "J’ai rarement été aussi vite aussi longtemps avec ce bateau", confiez-vous aux vacations…

Charlie Dalin : Oui, c’était complétement dingue. L’angle était parfait pour aller le plus vite possible. C’est dommage que la dorsale ait été aussi proche parce qu’avec ce vent-là, on aurait pu battre le record de la distance parcourue sur 24 heures. Même si ça tapait et c’était inconfortable, personne ne voulait lâcher. J’ai fait des moyennes à 28 nœuds sur 1 heure !

Vient ensuite cette fameuse dorsale qui a mis un coup d’arrêt à la progression de la flotte…

Charlie Dalin : Oui, le vent a commencé à baisser, il était plus instable et on a fini par buter contre un mur. À ce moment, nous étions plutôt groupés. J’ai décidé de partir vers l’Ouest. Les fichiers montraient que c’était le passage le plus rapide et il n’y avait pas de compromis à avoir. Mais une dorsale, ce n’est pas de la science exacte. J’aimerais bien discuter avec ceux qui sont partis à l’Est parce que sur le papier, ce n’était pas l’option la plus évidente. Mais ça leur a permis d’en sortir un peu plus vite.

Vous les avez assez vite rejoints dans la remontée vers le Nord…

Charlie Dalin : C’était un choix de faire plus de distance d’autant que je savais qu’on pouvait récupérer un flux d’ouest et cela m’a permis de prendre pas mal d’avance.

Charlie, comment avez-vous vécu les dernières heures de course ?

Charlie Dalin : Quand on a appris le changement de parcours, ma stratégie était prête pour la suite. À l’annonce de la neutralisation, j’essayais d’enchainer des siestes alors que j’étais sur un bord avec du vent instable et une mer plate. D’un coup, je suis passé en mode sprint, j’ai essayé d’adapter mes réglages au maximum pour aller le plus vite possible jusqu’à la ligne d’arrivée. Pendant deux heures, j’ai été à fond, sans réfléchir ! Une fois la ligne franchie, je regardais la cartographie pour voir combien d’avance j’avais sur les autres. Ensuite, on est allé au mouillage dans un fjord avec Thomas Ruyant.

Le moment isolé au milieu des fjords devait être très étrange à vivre…

Charlie Dalin : Je suis quelqu’un qui aime tout planifier, tout organiser, tout faire pour qu’il n’y ait pas d’imprévu. Je dis souvent que je ne suis pas là pour l’aventure mais là, malgré tout, je me suis fait rattraper par l’aventure. Et là, j’arrive dans le fjord, les nuages se dégagent, la neige est visible sur les sommets… En mer, il y a très peu de marqueurs du voyage, si ce n’est la longueur des journées, les lever et coucher de soleil et un peu la faune et la flore. Mais c’est bien plus maigre qu’un voyage en train ou en avion où les paysages évoluent beaucoup. J’ai vraiment réalisé que j’étais en Islande, comme si ces marqueurs devenaient si nombreux d’un seul coup. 

Une nuit plus tard, l’épreuve est arrêtée à la porte de l’Islande et vous êtes déclaré vainqueur. Avez-vous eu la sensation d’avoir gagné une course ?

Charlie Dalin : Au début pas trop (rires) ! C’est très particulier d’apprendre cela au mouillage. D’habitude, il y a les retrouvailles avec l’équipe, les sponsors, la famille et l’organisation. Là, je m’en suis rendu compte sans m’en rendre compte. Avant cette annonce, je tenais à rester dans ma course, à bien me reposer, à bricoler et à préparer la suite… Pour fêter ça, j’ai sorti mon drone. Je pouvais quand même perdre 30 minutes pour faire des images.

Dans toute la course, y a-t-il eu de la place pour le plaisir ?

Charlie Dalin : Oui bien sûr ! Il y a eu ce petit tronçon au portant en remontant vers le Nord, le plaisir de voir que la stratégie et le travail payent, que tout se met en place. Et puis il y a eu le dernier bord, avec la houle de Sud-Ouest, le bateau qui accélérait et passait dans les vagues, la lumière surréaliste… L’expérience de la 1ère édition de la Vendée Arctique a été très utile : j’avais fait trop de manœuvres et de changements de voiles et je pense que j’ai perdu à cause de cette mauvaise gestion. Un IMOCA, c’est comme une locomotive à vapeur : sans charbon tu ralentis. Mais il faut savoir économiser ses changements de voiles, savoir gérer ses efforts… Et pourtant, à l’arrivée, j’étais claqué !

Vous disposerez bientôt d’un nouveau bateau alors que vous faites actuellement partie des meilleurs de la classe IMOCA. En quoi ce bateau sera plus performant que l’actuel ?

Charlie Dalin : L’un des aspects majeurs sur lequel on peut progresser, c’est l’allure au portant quand il y a de la mer. Le prochain APIVIA sera plus performant dans ce domaine, il ne fera aucun compromis en termes de performance et je pense qu’on pourra tenir des vitesses encore plus élevées.  

Enfin, pouvez-vous évoquer le lien que vous entretenez avec la pression ?

Charlie Dalin : Le projet APIVIA a été conçu afin d’être très ambitieux sportivement, de viser des podiums et des victoires. On a encore vu qu’il peut se passer tellement de rebondissements sur une course qu’il convient néanmoins de rester humble. Je sais à chaque départ qu’il peut y avoir de nombreux rebondissements et imprévus… Le fait d’être régulièrement présenté comme favori, c’est un compliment pour les architectes, pour l’équipe et pour tous ceux qui ont travaillé au développement du bateau. Mais il y a une certitude qui ne doit jamais être mise à mal : aucune course n’est gagnée d’avance.