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Ambrogio Beccaria, “Allagrande” comme mantra

Si vous pensiez qu’Allagrande était le nom d’un partenaire, détrompez-vous. En italien, “alla grande” signifie “à fond”, “en grand”, “avec succès”. Un mantra qui résume parfaitement l’état d’esprit d’Ambrogio Beccaria. Après avoir marqué de son empreinte la Classe Mini puis la Class40, le skipper italien arrive avec Mapei en IMOCA à la barre de l’ex-Vulnérable de Thomas Ruyant avec ambition et méthode. Rencontre avec un marin qui ne fait jamais les choses à moitié.

Ambrogio Beccaria
© Lorenzo Sironi

Vendée Globe :

Peux-tu te présenter ?

Ambrogio Beccaria
Skipper Allagrande Mapei

Je m’appelle Ambrogio et mon surnom, c’est Bogi. C’est mon cousin qui n’arrivait pas à prononcer mon prénom qui me l’a donné. C’est rare Ambrogio, même en Italie, et aucun Français n’arrive à l’écrire correctement du premier coup d’ailleurs (rires). J’ai 34 ans, je suis originaire de Milan je suis navigateur depuis une petite dizaine d’années, mais je n’ai pas rêvé toute mon enfance de faire ça. Dans ma famille, personne n’était passionné de voile. C’est une passion qui a grandi au fil du temps et qui m’a amené en France.

Vendée Globe :

Comment as-tu commencé la voile ?

Ambrogio Beccaria
Skipper Allagrande Mapei

J’ai commencé en stage d’été en Sardaigne, à 11 ans. Ma grande sœur en avait fait, je voulais faire pareil. Pendant trois ou quatre ans, j’y allais deux semaines par an. Ensuite, j’ai eu la chance de rencontrer des gens passionnés qui m’ont fait confiance. J’ai commencé à saisir toutes les opportunités pour naviguer.

J’ai débuté en régate sur des bateaux de 50 pieds, avec des équipages très expérimentés. J’avais 15 ans, j’étais le plus jeune à bord. Ça me faisait voyager partout en Italie. À 17 ans, j’ai disputé la Rolex Middle Sea Race : ça m’a beaucoup marqué. Pour moi, ces marins étaient des magiciens. Ils voyaient des choses que je ne comprenais pas encore : à tel point que je me demandais parfois s'ils ne racontaient pas n’importe quoi ! 

Après ça, je suis revenu à des supports plus petits. Avec des amis, on a acheté un vieux Laser 4000 sur le lac de Côme. On est arrivés comme des “guignols”, sur la première course on était en maillot de bain en novembre… On a fait une énorme hypothermie ! Mais quelques mois plus tard, on gagnait tout. Ça m’a donné confiance. J’ai compris que j’adorais ce jeu et que je pouvais performer.

Vendée Globe :

Comment arrives-tu en Mini 6.50 ?

Ambrogio Beccaria
Skipper Allagrande Mapei

J’ai toujours eu le goût de la compétition. Un jour, je découvre la Mini Transat sur YouTube. Je me dis : ça a l’air incroyable. J’achète un Pogo 2 d’occasion, un bateau qui avait chaviré lors de l’édition 2013. Il était presque à l’abandon. Je l’ai récupéré pour pas grand-chose.

Après deux ans sur le circuit Mini italien, je viens en France pour disputer Les Sables – Les Açores – Les Sables. Je ne comprenais rien aux courants ni à la météo ! J’avais un petit sponsor et un bateau très fatigué… et je gagne la deuxième étape. Là, je me suis dit : je veux faire ça, et je veux gagner la Mini Transat.

En 2019, j’achète un Pogo 3 et je gagne beaucoup de courses pendant deux ans. Puis le Covid arrive. Tout s’arrête brutalement. Je voyais les autres skippers monter leurs projets et moi, rien. Et puis un appel déclenche le projet Class40.

MAPEI
© Lorenzo Sironi

Vendée Globe :

Comment passes-tu ensuite du Class40 à l’IMOCA ?

Ambrogio Beccaria
Skipper Allagrande Mapei

Quand j’étais petit, je ne rêvais pas de devenir skipper. Les posters dans ma chambre, c’était Ronaldo ! Le Vendée Globe me semblait lointain, presque impossible, non pas parce que je ne m’en sentais pas capable, mais parce que je n’imaginais pas monter un projet aussi grand.

Le projet Class40 a été un super challenge : on a construit un bateau avec un architecte italien qui n’avait jamais dessiné seul, dans un chantier qui n’avait jamais construit ce type de bateau. Une prise de risque immense. Mais j’étais libre de créer le bateau de mes rêves.

Après ça, je me suis dit que je pouvais mener un projet IMOCA. J’avais les résultats, l’expérience, et l’envie d’aller sur un bateau qui vole. Le prestige du Vendée Globe, l’intensité de la compétition… ça m’a poussé à monter un projet IMOCA. 

Vendée Globe :

Faire le tour de la planète, seul, c’est un rêve d’aventure ?

Ambrogio Beccaria
Skipper Allagrande Mapei

Ce n’est pas l’aventure qui m’attire mais la confrontation sur l’épreuve la plus prestigieuse. Bien sûr, il y a des histoires du Vendée Globe qui m’ont fasciné. Mais aujourd’hui, ce qui me motive, c’est la compétition dans la durée, l’aspect psychologique, la capacité à performer pendant plus de deux mois.


J’ai déjà navigué avec Yoann et je peux vous dire que quand il navigue, il ne regarde pas beaucoup le paysage !


Vendée Globe :

Le Vendée Globe 2024 t’a marqué ?

Ambrogio Beccaria
Skipper Allagrande Mapei

Oui ! L’intensité dans l’Atlantique Sud, quand les records de vitesse sont tombés les uns après les autres. On dit toujours que c’est une course longue, qu’il faut préserver son bateau… et là, tout le monde était à fond. C’était impressionnant.

Sur le Vendée Globe tu peux passer l’équateur en tête et te retrouver décroché pour la victoire en quelques jours. Et malgré tout, il faut continuer à mettre toute ton énergie. Sur une course comme celle-là, la souffrance peut durer 40 jours. C’est ça qui est fascinant et brutal à la fois.

La grosse dépression dans l’océan Indien aussi m’a impressionné : lorsque Richomme décide de contourner la dépression dans l’Indien par le nord, au plus près des Kerguelen, il parle de “voyage”. J’ai déjà navigué avec Yoann et je peux vous dire que quand il navigue, il ne regarde pas beaucoup le paysage ! (rires) Je pense que c’était une manière de se convaincre, de trouver autre chose que la bataille pure en voyant Dalin et Simon au Sud, même s'il était encore totalement dans le match. Et ça, je trouve ça intéressant : il faut savoir aller chercher des ressources ailleurs que dans la seule confrontation sur cette épreuve. 

Vendée Globe :

As-tu déjà vécu un moment difficile mentalement en course ?

Ambrogio Beccaria
Allagrande Mapei

Oui, lors de ma première Mini. Je casse mon bout-dehors (pièce sur laquelle on fixe une voile d’avant, à l’étrave du bateau, ndlr) et je me retrouve en convoyage. Je l’ai très mal vécu. Tu mets toute ton énergie dans un projet et parfois ça ne suffit pas. Tout peut s’effondrer. Pour ça, ce sport est sévère ! Le Vendée Globe, c’est encore plus dur : c’est quatre ans de travail, un peu comme les Jeux Olympiques.

Vendée Globe :

Comment prépares-tu le Vendée Globe 2028 ?

Ambrogio Beccaria
Allagrande Mapei

Nous sommes une nouvelle équipe, le projet a débuté il y a un an. J’ai rencontré beaucoup de personnes pour comprendre comment construire une équipe performante et dans laquelle on va travailler de manière agréable. J’ai bien compris qu’un bon Vendée Globe commence par une bonne équipe.

C’est aussi pour ça que j’ai choisi de collaborer avec Thomas Ruyant pendant un an. J’avais besoin d’observer, de comprendre ce qui fonctionne ou non. Thomas a disputé trois Vendée Globe, gagné de grandes transats : c’est un marin exceptionnel. Être à ses côtés, c'était une étape importante avant de construire vraiment mon projet. 

Vendée Globe :

Et sur le plan technique ?

Ambrogio Beccaria
Skipper Allagrande Mapei

Notre bateau est de génération 2024 mais nous sommes en train de le modifier profondément.Nous allons revoir des éléments structurels majeurs, notamment les puits de foils, qui seront abaissés pour accueillir des foils beaucoup plus grands.

Les nouveaux foils pourraient pousser 20 à 30 % plus à certaines allures. C’est radical. Cela va révolutionner le bateau, mais aussi créer de nouveaux défis. 

Ambrogio Beccaria
© Lorenzo Sironi

Vendée Globe :

Quand est prévue la mise à l’eau de ton bateau ?

Ambrogio Beccaria
Skipper Allagrande Mapei

Elle est prévue début mai et ma première course sera la Vendée Arctique début juin. Je sais, ce n’est pas l’idéal (rires) (la Vendée Arctique est réputée pour être une course engagée et exigeante, ndlr). Ce sera un exercice psychologique inédit pour moi.


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