21 Mai 2012 - 18h25 • 3030 vues

Partager

Article

Loin de tout et de toute assistance directe pendant plusieurs mois, les skippers qui disputent le Vendée Globe doivent être prêts à faire face à toute urgence médicale. D’où l’intérêt capital du stage de survie que doivent suivre les navigateurs avant le départ de leur tour du monde. Le Docteur Jean-Yves Chauve, médecin officiel du Vendée Globe, nous en dit plus sur ce stage et sur son rôle avant et pendant la course.

 

Personnalité incontournable du monde de la voile dès qu’on aborde le sujet de la santé et des soins médicaux, le Docteur Jean-Yves Chauve est, pour beaucoup, connu pour l’un de ses faits d’armes les plus originaux : c’est lui qui a assisté par radio le skipper Bertrand de Broc lorsque ce dernier a dû se faire des points de suture à la langue seul en pleine mer au sud de l’Australie lors du Vendée Globe 1992-1993. Pourtant, même si la partie la plus visible de son travail a lieu pendant la course, c’est bien longtemps avant le départ du Vendée Globe que la mission du Docteur Chauve débute, comme il l’explique : « Avant la course, je suis plutôt concentré sur la prévention. Concrètement, je réceptionne les dossiers médicaux établis par les médecins généralistes de chaque skipper. Il ne faut pas perdre de vue que l’âge moyen des navigateurs est plus élevé que dans d’autres sports. Même sportifs et entraînés, ils sont moins performants qu’à vingt ans ! »
 

Outre la forme des skippers, un autre élément rend la nécessité d’un solide programme de prévention encore plus impérative. « Lors des courses en solitaire, l’organisme des marins est sollicité d’une façon incroyablement intense. Ils doivent parfois sortir de leur duvet, aller sur le pont et se livrer à des manœuvres très exigeantes physiquement, le tout sans montée en puissance ni échauffement. » Un contexte dans lequel un accident cardiaque n’est jamais impossible et le médecin étudie donc de près les échographies cardiaques et les tests d’efforts physiques de chaque skipper. Mais il s’assure aussi  de l’absence de contre-indications rédhibitoires à la participation à une épreuve de haut niveau disputée dans un isolement total, telles que la tendance aux convulsions ou les problèmes de coagulation sanguine. Relativement faciles à prendre en charge à terre, ces pathologies peuvent en effet mettre en danger la vie d’un navigateur qui ne peut bénéficier d’aucune aide médicale directe.

« Faire le mauvais geste est pire que ne rien faire du tout »
 

Pour pallier cette absence de soins immédiats, le premier outil dont disposent les marins est une trousse à pharmacie adaptée à la situation. « Elle correspond aux besoins  de la course en solo sur de longues distances et elle est standardisée. Tout ajout doit m’être signalé et je dois le valider pour éviter la présence de produits qui pourraient améliorer les performances des skippers », précise le Docteur Chauve. « Mais les risques médicaux les plus importants sont d’ordre traumatologique et là, à part pour calmer la douleur, les médicaments ne sont pas d’une grande utilité ».
 

C’est justement pour cela que tous les participants au Vendée Globe doivent suivre une formation obligatoire leur apprenant les gestes de base. « Il s’agit d’une formation de 26h qui aborde les gestes de soin en cas de fracture, d’entorse et de problème dentaire, ainsi que  l’application de pansements ou de colle à suture. Elle permet aussi aux marins de se familiariser avec la pharmacie. Il ne s’agit pas de formations sur l’anatomie ou la physiologie mais plutôt de mises en situation à travers des simulations d’accident. Car faire le mauvais geste est souvent pire que ne rien faire du tout », explique le médecin.


« Performant et autonome »
 

Le Vendée Globe étant une course au large de catégorie 0, les concurrents qui y participent sont dans l’obligation de suivre cette formation, parfois qualifiée de « stage de survie », en plus du stage de base de premiers secours en mer. Malgré la grande expérience des skippers et le fait que la formation soit valable cinq ans, beaucoup préfèrent la suivre plus régulièrement par sécurité. Car comme le résume le Docteur Chauve : « Aucun navigateur ne veut laisser quoi que ce soit au hasard, ça fait partie de leur état d’esprit. S’assurer que le bateau aille vite, c’est bien, mais le bonhomme doit suivre. Et pour les soins médicaux comme pour la mécanique, la météo, l’électronique, la communication et l’informatique, le skipper du Vendée Globe doit être performant et autonome ».