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Préparation mentale : avec ou sans coach...

Jérémie Beyou / skipper Maître CoQ
© Vincent Curutchet / DPPI / Maitre CoQ

Parce qu’ils font un sport exigeant et que bien se connaître est gage à la fois de mieux vivre sa pratique sportive et surtout d’être plus performant, de nombreux skippers ont eu - ou ont encore - recours à un « coach mental », aussi appelé « assistant de performance », ou encore « préparateur mental ». Parmi les concurrents du Vendée Globe 2016, Jean-Pierre Dick, Alex Thomson, Morgan Lagravière et Eric Bellion travaillent très régulièrement avec un professionnel de cette discipline. Il est évidemment impossible de résumer ici un travail toujours individuel et de longue haleine - souvent plusieurs années d’entretiens avec le coach - mais pour schématiser disons que les méthodes régulièrement employées tournent souvent autour de l’imagerie mentale, de la PNL (programmation neuro linguistique), de la relaxation ou encore de la sophrologie. L’essentiel du travail est basé sur l’échange, l’entretien et le débriefing de situations vécues.

Travailler l’autonomie

Jean-Pierre Dick fait partie des convaincus. Il explique : «  j'ai toujours eu conscience de l'importance du mental pour une gestion sereine et lucide de tout projet, qu'il soit artistique, professionnel ou sportif. Je travaille dans ce domaine avec Jean-Marc Lhabouz. Ce n'est pas un spécialiste de la voile, il est psychanalyste et coach mental, il situe donc les problèmes dans un contexte général d'optimisation de la performance, avec une approche très pragmatique. Concrètement, je suis en relation suivie avec Jean-Marc. Nous travaillons chaque semaine sur l'autonomie psychologique à bord en situation difficile. J'apprends quelques  techniques, je les répète pour pouvoir les mettre en œuvre systématiquement à bord. La respiration par exemple est très importante. »

Ne pas oublier que de coureur en coureur, chaque préparation mentale est différente, adaptée… tout simplement parce que chaque individu est différent. Pour  prendre un exemple basique, une image apaisante ne sera pas la même pour l’un que pour l’autre, ou encore le stress de la course ne sera pas vécu de la même façon, ni géré avec les mêmes techniques. Cependant, les objectifs sont souvent similaires : ils tournent beaucoup autour de la définition des points faibles et points forts – pour mieux les travailler – ou des émotions diverses et variées qu’il ne s’agit pas de nier, mais de mieux connaître pour, schématiquement, les transformer en force. La grande majorité des sportifs de haut niveau travaille ces aspects et les marins n’échappent pas à la règle. Cela fait maintenant deux décennies qu’ils pratiquent la préparation mentale et si la grande majorité des skippers n’a pas de coach mental sur le Vendée Globe… c’est parce qu’ils ont travaillé le sujet auparavant  - pour beaucoup pendant leurs préparations olympiques ou quand ils naviguaient en classe Figaro - et estiment ne plus en avoir forcément besoin.

Gérer points forts et points faibles

Yann Eliès en est un bon exemple. Il a travaillé pendant des années avec Gilles Monier, un des coachs les plus en vue et qui dispense notamment ses formations à l’Ecole Nationale de Voile de Quiberon. « En 2001 j’étais blessé et je voulais continuer à travailler sur mes points faibles. Notamment, je n’arrivais pas à gagner. Je passais souvent tout près, mais je me faisais avoir dans les derniers milles », explique Yann. Il poursuit : « nous avons réussi à identifier ensemble que je me projetais trop (j’imaginais déjà embrasser mes proches et ce que j’allais dire aux medias) et, du coup, je perdais le fil. Peu à peu, au fil des années, on a mis en place des techniques, des méthodes, des objectifs… Le travail avec Gilles – qui se faisait le plus souvent à base d’entretiens de débriefing type « on refait le match » - m’a aidé énormément à ne plus me disperser et à être efficace. Aujourd’hui, je suis arrivé à un stade où je ne ressens plus le besoin d’avoir un coach mental à proprement parler, tout simplement parce que je suis arrivé à une autonomie qui me convient de ce point de vue. » Plus jeune et passé par la voile olympique, Morgan Lagravière prépare lui son premier Vendée Globe avec un autre coach réputé, Jean-Claude Ménard, « avec qui nous trouvons des techniques éprouvées pour consolider mon mental », lesquels viennent en plus des conseils forcément pertinents de Roland Jourdain, qui gère le projet Safran.

Un autre skipper convaincu du bienfondé de la préparation mentale est le Britannique Alex Thomson. Pour lui « la préparation mentale est aussi importante que la préparation physique et son but est d’optimiser mes capacités pour être le plus performant possible ». Alex travaille pour cela avec Ken Way, coach de nombreux champions dans différents sports et connu pour avoir aidé l’équipe de Leicester à remporter le championnat anglais de football l’an passé, à la surprise générale. Avec lui, Alex pratique notamment l’imagerie mentale qui permet de visualiser un enchaînement ou une situation (ce que font aussi les skieurs de compétition avant une descente ou les perchistes avant de sauter). Cette technique est utile pour gérer le stress et contrôler les poussées d’adrénaline. Ne serait-ce que pour parvenir à se reposer même dans les conditions de mer difficiles du grand Sud.

Mieux identifier ses objectifs

La préparation mentale – tous les skippers interrogés nous l’ont assuré - aide aussi à bien identifier ses objectifs, qui sont forcément différents selon que l’on ambitionne de gagner le Vendée Globe ou bien de « juste » boucler le tour du monde. Eric Bellion travaille avec une coach depuis trois ans et dit en avoir déjà ressenti un grand bénéfice, notamment en terme de confiance, quand il a couru la Transat en double. Pour lui, « le mental reste considéré par la majorité comme quelque chose d’inné, que l’on a ou pas, alors que c’est une dimension qui se travaille au même titre que tous les autres aspects de la performance. »

Par ailleurs, la frontière entre préparation mentale et préparation physique est parfois ténue. Pour certains, se dépasser physiquement est aussi une forme de préparation mentale. Jérémie Beyou explique qu’il échange depuis peu avec une psychologue pour « partir sur le Vendée Globe l’esprit clair en restant maître de mon stress », mais sans qu’on puisse véritablement parler de préparation de longue durée. Cependant, il explique aussi puiser son énergie « mentale » dans le travail physique. Ce que confirme d’ailleurs son coach sportif, Stéphane Eliot : « Le dépassement de soi est au coeur de la préparation physique que j’impose à Jérémie. C’est là qu’on réalise le travail mental dont il a besoin. Je le pousse quasiment à chaque séance, en lui demandant de rester super lucide et concentré en toutes circonstances. Je lui fais faire des petits exercices, très simples en début de séance mais qui se révèlent très difficiles avec la fatigue. Il apprend ainsi à se dépasser en conservant sa lucidité ».

Bruno Ménard / M&M

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