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Comment les skippers communiquent avec la terre

Sébastien Josse jamais sans son smartphone
© Yann Riou / GITANA SA

1. La communication médiatique

Une course au large n’existe que par la combinaison des ingrédients suivants : des marins et des bateaux avec leurs équipes techniques, une organisation, des partenaires… et de la communication autour de l’événement sans laquelle il n’y aurait pas de sponsors, donc pas de course. Tous les organisateurs de grands événements connaissent parfaitement cette règle de base. Et c’est pour cela que les skippers du Vendée Globe sont devenus, aussi, de grands communicants. Outre le fait de répondre aux vacations radio, ils ont même des obligations audiovisuelles en la matière. Par exemple, les marins sont tenus d’envoyer chaque semaine pendant la course :

  • au moins sept photos du bord.
  • assurer au moins deux visio-conférences « en mode live » (en direct).
  • transmettre, au moins deux fois, deux minutes d’images vidéo prémontées tournées avec la ou les caméra fixe(s) du bord et/ou la ou les caméras mobiles, avec des images d’intérieur et d’extérieur.

Pour cela, les marins disposent d’un matériel qui est à la fois de plus en plus miniaturisé et de plus performant, notamment en terme de débit et donc de rapidité d’envoi. Là encore, le matériel à minima est bien défini, prévu par les instructions de course. On peut en embarquer plus… mais pas moins. Quelques rares skippers, comme Sébastien Josse (et peut-être Tanguy de Lamotte et Eric Bellion qui le décideront au dernier moment) embarqueront en plus un drone pour tenter de faire des images extérieures de leur propre bateau… matériel utilisable uniquement dans des conditions très clémentes, cela va de soi.
Sébastien Josse partagera son aventure d'une manière inédite. « À bord d'Edmond de Rothschild, j'ai un système très simple qui fonctionne avec un smartphone et du wifi. Je peux réaliser des vidéos avec un iPhone et j'ai juste à allumer mon antenne satellite pour les envoyer ! C'est d'une simplicité d'utilisation absolue mais cela a été un réel défi technique pour mettre au point cette solution en si peu de temps. »

2. Matériel embarqué : vive les satellites 

. Côté transmission par mail et téléphonie, les skippers ont l’obligation de disposer à bord d’une part d’un e-mail principal et d’autre part de deux moyens différents de communication téléphonique par satellite, à savoir un Inmarsat C (aussi appelé Standard C) et un Iridium, auquel il faut ajouter un autre Iridium portable remisé dans le bidon de survie, pour qu’ils puissent aussi communiquer en cas de coup dur. Les instructions de course précisent que les skippers ont l’obligation de laisser leur Inmarsat C et leur Iridium en veille permanente, 24 heures sur 24. Ce sont aussi ces téléphones ou les Fleet (lire ci-dessous) qui peuvent servir pour la vacation radio quotidienne. Enfin, pour éventuellement communiquer de bateau à bateau sur une courte distance, les skippers doivent avoir une radio VHF… laquelle émet en « AIS », c’est-à-dire qu’elle envoie un signal relayé par les autres bateaux. Concrètement, la VHF sert relativement peu en vocal sur un Vendée Globe, sauf en cas de sauvetage d’un concurrent par un autre. En revanche, sa fonction de positionnement AIS est potentiellement très utile en cas de régate rapprochée, puisque celle-ci donne à chaque skipper le cap et la vitesse des concurrents. Même si cela ne fonctionne que dans la zone de réception VHF (25 milles nautiques au mieux), cela peut être intéressant d’espionner les petits camarades…

. Le ou les « Fleet 250 ». Reconnaissables par leurs antennes cylindriques sur l’arrière du bateau - et dont la taille diminue considérablement à chaque édition du Vendée Globe – ce matériel très performant est aussi utilisable en téléphonie mais c’est surtout celui qui permet d’envoyer des images, des vidéos et des sons en mode « fichier » ou en mode « live » en utilisant au maximum les capacités de transmission satellite du bord. C’est ce matériel qui permet, entre autres, la retransmission des visio-conférences et de vous imaginer ainsi à bord d’un bateau du Vendée Globe, aux côtés du skipper. Un matériel si précieux pour communiquer que beaucoup de skippers préfèrent avoir deux Fleet plutôt qu’un seul (en plus de leur Iridium et Standard C). C’était le cas du dernier vainqueur François Gabart par exemple et c’est aussi celui de nombreux favoris cette année, comme, entre autres,  Vincent Riou.

. Côté photo et vidéo. Les skippers doivent avoir à bord au minimum deux caméras fixes (intérieur/extérieur), une caméra mobile étanche et un appareil photo haute définition étanche. Les caméras fixes (dont une est très souvent fixée à la table à cartes) sont tenues de pouvoir être commutées en « mode en direct » pour assurer les visio-conférences. Il faut ajouter à cela divers logiciels qui permettent d’enregistrer, monter et encoder images et sons avant de les envoyer. Les marins ont même eu l’obligation de suivre des formations audiovisuelles avant le départ.

3. Communiquer aussi avec son équipe… et avec ses proches

Certains skippers sont très à l’aise avec la vidéo, d’autres moins.  Sur la dernière édition,  Jean Le Cam et Tanguy de Lamotte – entre autres - avaient su séduire un public fourni, notamment sur les réseaux sociaux qui sont devenus un formidable « booster » des images de mer. Outre les devoirs de communication déjà cités, certains marins ont aussi des suivis réguliers avec des écoles ou des programmes pédagogiques. Surtout, chaque skipper se doit aussi de communiquer avec d’une part son équipe technique pour le suivi du bateau, d’autre part son chargé(e) de communication et/ou attaché(e) de presse qui relaiera sa course. Souvent, les partenaires organisent aussi des vacations dédiées avec « leur » skipper pour alimenter leurs réseaux sociaux et leurs outils de communication interne et externe.

Enfin bien sûr, le marin communique avec sa famille et ses proches. Certains beaucoup et d’autres très peu. Certains préfèrent pour cela le mail, les autres le téléphone. Il n’y a évidemment pas de règle en la matière. Au final, l’ensemble de la communication représente un vrai « budget temps » (sans compter la note de télécommunications satellite…), que les marins adaptent évidemment en fonction des conditions rencontrées, de l’état du bateau, de leur humeur et de leur envie de partager… ou tout simplement d’avoir des nouvelles de la terre. Eric Bellion par exemple a prévu de téléphoner trois fois chaque jour : le matin, il appellera son directeur technique, le midi son chargé de communication, le soir la directrice générale de son projet. A l’inverse, Arnaud Boissières n’est pas un grand fan du téléphone et plutôt du genre « pas de nouvelles, bonnes nouvelles ». Encore que : « ce que je sais c’est que la première semaine c’est un sprint vers l’équateur et je n’ai pas la tête à communiquer. J’envoie juste un petit mail de temps en temps. En revanche, en fin de course, une fois le Horn passé, j’ai tendance à appeler un peu plus…»

Bruno Ménard / M&M
 

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