Un jour, un livre...

À la mer comme au ciel

Tasmanie_carte
© http://quatrebeauxrigenesenaustralie.blogspot.fr

« Si toute carte est une promesse, la carte marine en est une vertigineuse, à l’image des blancs qui meublent ses étendues immenses. Car, son paradoxe fondamental réside dans le fait qu’elle est d’abord destinée à figurer la terre (et ses abords peu profonds). Pour le marin, celle-ci est à la fois le lieu de toutes les espérances et de la plupart des fortunes de mer… Le caractère vital du document nautique n’est pas la moindre de ses spécificités. Il explique, pour une large part, l’importance des enjeux, et l’intensité des débats et des tensions dont traite ce livre. Il s’agit de vies humaines. En temps de guerre, celles-ci sont d’abord un capital au combat. En temps de paix, elles sont surtout au service des cargaisons, indispensables à l’économie planétaire, l’essentiel du commerce mondial étant assuré par voie maritime. Sa rapidité et sa sécurité – donc son rendement – dépendent certes des éléments naturels, de la compétence des équipages et de la qualité des navires, mais aussi de la précision et de la fiabilité des informations nautiques au sens large (tracés cartographiques exacts, connaissance affinée du régime des vents et des courants,…). Synthèse graphique remarquable, la carte marine est l’instrument privilégié de la navigation. Sa visualisation est d’autant plus marquante qu’il s’agit essentiellement d’une étendue sous-marine, longtemps cachée aux regards, incontrôlable et redoutée.

(…) Ainsi la carte n’est pas toujours une passerelle magique avec le verbe. Pour autant, celui-ci n’est pas en position d’infériorité : le savoir du verbe est celui des sens, propre aux marins du « merroir », quand celui de la carte veut être celui de la raison, d’un espace raisonné par la science. Par ailleurs, nécessitant l’apprentissage d’un mode de décryptage permettant de multiples interprétations sélectives en fonction des besoins du moment, les niveaux de lecture avancée de la carte marine restent hermétiques aux non initiés des choses complexes de la navigation. Si la carte est un langage, celle dévolue à l’art de naviguer est un discours particulièrement technique.

(…) Toute l’information nautique synthétisée par la carte marine est au service de ce double objectif (report du point à la mer, zones de danger) qui revient à répondre à trois questions : 1. Où suis-je ? 2. Vers quel point faire route ? 3. Par où est-il possible ou dangereux de passer ? »

 

Extrait par DBo. du livre de :

Olivier Chapuis - À la mer comme au ciel - Éditions Presses de l’Université de Paris-Sorbonne

 

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