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Dick, une page se tourne

Jean-Pierre Dick
© Jean-Marie Liot / Vendée Globe

Avec l’élégance qui le caractérise, Jean-Pierre Dick a soigné le cadre, pour ses adieux à la classe IMOCA et au Vendée Globe 2020. En ce 18 novembre, le soleil de fin d’après-midi irradie la baie de Bahia d’orangés en parfaite harmonie avec les couleurs de St-Michel Virbac. Affairé jusqu’après la ligne d’arrivée, le Niçois, réfugié nautique en Bretagne, prolonge ses derniers instants à la barre du monocoque qui vient de le mener à sa quatrième victoire sur la Transat Jacques-Vabre et à la quatrième place du Vendée Globe 2016, il y a quelques mois. A ses côtés Yann Eliès, à qui il a annoncé céder les commandes de son bateau, goûte le plaisir d’une victoire qui fait du bien. Discrètement, en veillant à ne pas faire d’ombre au grand blond qui s’est embarqué, aux premiers jours du 21e siècle, dans le projet fou de courir le Vendée Globe.

Ce n’est pas lui faire offense que de dire que Jean-Pierre Dick détonnait franchement au début de sa carrière au sein du petit monde de circumnavigateurs formés à l’école de Port-la-Forêt. Diplômé de HEC, vétérinaire par tradition familiale, Jean-Pierre a fait très tôt du bateau, découvrant la croisière avec son père, écumant les régates, gagnant le Tour de France à la voile… mais de là à l’imaginer sur un tour du monde en solitaire… « Celui qui dit qu’il n’a pas ricané quand il l’a vu arriver est un menteur, reconnaît Yann Eliès. Mais dès son premier Vendée Globe, en 2004, il a forcé le respect, il a montré à tout le monde que, même si on n’a pas l’expérience, la volonté peut déplacer une montagne. Il a cumulé des problèmes techniques que, franchement, je redoute de vivre un jour. Puis il y a eu ses victoires sur la Transat Jacques-Vabre et surtout la première de ses deux victoires en tour du monde, sur la Barcelona World Race ».

« J’ai peur de faire le Vendée Globe de trop »

Les performances suivront sur le Vendée Globe. Sixième en 2004, il doit renoncer en 2008 au large de la Nouvelle-Zélande après une rencontre malencontreuse avec un growler, alors qu’il bataille pour la première place. En 2012, il termine quatrième tout en ayant couru les 2600 derniers milles sans quille… 2016 confirmera sa capacité à fricoter avec le podium (4e), sans jamais parvenir à monter sur la boîte. « Cela me titille encore de repartir faire le Vendée Globe, parce que la plaie n’est pas refermée, soulève Jean-Pierre. Je n’ai pas fait la course dont je rêve, le podium s’est refusé à moi. Je ne renonce pas par lassitude, mais parce que j’ai peur de faire le Vendée Globe de trop. J’ai le sentiment que, à 55 ans, il sera difficile de le gagner. Et ce n’est pas dans mon mode de fonctionnement de faire une telle course sans m’investir totalement dans un objectif : faire le Vendée Globe pour mon simple plaisir n’aurait pas été motivant pour mes équipes ».

S’il va prendre le temps de choisir le projet sportif qui va animer sa vie dans les prochaines années, Jean-Pierre Dick a déjà commencé une nouvelle phase de sa carrière, en embrassant à plein ses fonctions de chef d’entreprise. Son actualité, c’est Absolute Dreamer. L’écurie de course arme son IMOCA, désormais entre les mains de Yann Eliès. Mais l’entreprise a aussi créé un petit catamaran à foils, Easy to Fly, le JP54, un monocoque « rapide comme un bateau du Vendée Globe, avec le luxe d’un yacht ». Et, depuis peu, Absolute Dreamer fabrique des foils par robot grâce à des techniques issues de l’aéronautique.

« Il n’est pas trop tard pour construire »

La priorité du moment est de trouver les sponsors qui permettront de créer un contexte favorable à la quête de Yann Eliès, à savoir la victoire dans le prochain Vendée Globe. Jean-Pierre pose la problématique : « Est-ce que nous alignerons Yann en 2020 avec le St-Michel-Virbac actuel, mais très optimisé, ou avec un nouveau bateau ? Cela dépendra des moyens dont nous disposerons. Il n’est pas trop tard pour faire construire, d’autant qu’il n’y aura pas énormément de bateaux en construction, contrairement à la précédente édition. Nous avions été les derniers à nous prononcer et, forcément, nous avions été contraints par le calendrier chargé des chantiers ».

Jean-Pierre, sincèrement, vous qui êtes diplômé de HEC et chef d’entreprise… C’est bien cohérent, économiquement, un Vendée Globe ? « On y est depuis 15 ans et ce n’est pas une lubie. On surfe dessus depuis des années. C’est la certitude de retombées très efficaces. Pour avoir la grosse part du gâteau, il faut bien mener son projet, aller au bout de la course ou, à tout le moins, ne pas abandonner dans les premières semaines. Et le retour sur investissement est exceptionnel si on se bat pour la victoire. Banque Populaire a annoncé 55 millions de retombées l’an dernier. Et en menant St-Michel-Virbac à la quatrième place, nous avions été très performants également. Economiquement, cela a un vrai sens et c’est bien pour cela que je prépare le Vendée Globe 2020, cette fois-ci avec ma casquette de chef d’entreprise ».

Parce qu’il ne renonce pas à la mer, Jean-Pierre Dick va prendre le temps de réfléchir au sens sportif qu’il va donner à sa vie. Il ne s’interdit rien, surtout pas la course au large. Mais quand il descendra sur les pontons de Port-Olona, dans trois ans, ce sera pour regarder s’éloigner les bateaux… à son tour.

13e Transat Jacques-Vabre, le bilan

En 13 jours, 7 heures, 36 minutes et 46 secondes, Jean-Pierre Dick et Yann Eliès ont remporté la 13e Transat Jacques-Vabre, le 18 novembre dernier. Pour le skipper de St-Michel-Virbac, c’est sa quatrième victoire sur l’épreuve, la sixième en double puisqu’il compte aussi deux Barcelona World Race à son palmarès. Les autres coups d’éclat ? La deuxième place de Paul Meilhat et Gwénolé Gahinet qui ont maté quatre des cinq foilers engagés avec leur SMA à dérives droites. Sérieux candidats au prochain Vendée Globe, Morgan Lagravière et Eric Peron (Des Voiles et Vous) ont montré l’étendue de leur potentiel en prenant la troisième place. Boris Herrmann a soigné son arrivée dans le jeu avec sa quatrième place, conquise aussi grâce à Thomas Ruyant. Avec un bateau plus ancien, Kito de Pavant et Yannick Bestaven prennent la cinquième place devant Tanguy de Lamotte et Samantha Davies – là aussi, il est question de transmission. Au final, les treize bateaux engagés ont rallié l’arrivée. Une excellente nouvelle pour la classe IMOCA.

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