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… In corpore sano

Sam Davies en formation médicale 2
© Eloi Stichelbaut

Au fil des éditions, le profil des solitaires du Vendée Globe a bien changé. Pour jouer la gagne, les baroudeurs ont laissé la place à des athlètes en pleine possession de leurs moyens, des ingénieurs capables de décrypter des problématiques complexes. De plus en plus souvent, les skippers se font accompagner par des coaches qui les aident à programmer leur montée en puissance.

Médecin au Centre Hospitalier de Quimper, Laure Jacolot n’intervient pas directement sur la préparation physique des marins. En revanche, elle est capable, au vu des données recueillies sur les courses passées, de proposer des phases de travail de manière à optimiser les potentiels physiques des solitaires. Entretien…

 

Vous insistez sur l’importance d’une préparation physique sur le long terme…

« En effet. Plus on peut travailler en amont d’une course, plus on diminue les risques traumatologiques. On a pu constater, au vu des pathologies qui affectent les marins, qu’elles sont pour moitié liées à des chocs – pour lesquels on ne peut pas faire grand-chose, hormis se protéger – et pour moitié à des lésions tendineuses qui sont la conséquence d’un manque de préparation. Il faut comprendre que la préparation physique va devoir traiter à parts égales le travail aérobie qui privilégie l’endurance et le travail musculaire pour développer de la puissance. C’est donc un travail de fond qu’il faut entamer. Sachant aussi, que chaque marin a ses propres caractéristiques. »

 

C’est donc un travail personnalisé que vous effectuez avec les marins du pôle Finistère Course au Large ?

« Exactement. On va essayer de prendre en compte tous les paramètres qui constituent le profil du navigateur en course. Il y a tout d’abord le morphotype de chacun et les qualités physiques intrinsèques de chaque marin. Il faudra aussi tenir compte du bateau et de son ergonomie, vérifier si l’outil est adapté à la manière de faire du solitaire. Pouvoir observer les marins à bord est souvent riche d’enseignements. »

 

Concrètement, comment s’organise ce suivi médical ?

« Tout d’abord, on fait toute une batterie de tests qui vont permettre de faire un bilan cardio-vasculaire précis. On complète ce travail par une évaluation du potentiel morpho-squelettique de chaque marin. Ensuite, avant de mettre en place un plan de préparation, on passe du temps avec les marins pour mieux connaître leurs goûts. SI on veut une préparation physique et médicale efficace, il ne faut jamais oublier la notion de plaisir. »

 

Aujourd’hui, tout le monde est d’accord sur le fait que les IMOCA de dernière génération sont de plus en plus physiques. En quoi la donne a-t-elle changé ?

« Il est clair que les mouvements sont de plus en plus brutaux. Certains navigateurs commencent à s’équiper notamment de casques quand ils sont à l’intérieur de la cabine. On envisage aussi des protections au niveau du thorax. Plusieurs marins se sont fêlés des côtes : d’une part, c’est extrêmement douloureux et handicapant et d’autre part, il peut y avoir des conséquences dramatiques si par malheur une côte venait à transpercer la plèvre. Actuellement, on commence à leur enseigner des gestes de médecine de guerre pour tenter de prévenir des accidents dramatiques. Ça n’est pas forcément très agréable à entendre pour des compétiteurs, mais je pense que c’est nécessaire qu’ils soient parfaitement conscients des risques qu’ils prennent.

Ensuite, il y a des choix à faire. Aujourd’hui, une directive fédérale préconise d’exclure la morphine des trousses à pharmacie, car elle est considérée comme un stupéfiant par les autorités douanières de certains pays. Personnellement, au vu des accidents que j’ai pu observer comme ceux de Yann Eliès sur le Vendée Globe 2008 ou Paul Meilhat sur la Transat entre Saint-Barth et la Bretagne, je continuerai d’en prescrire.

 

L’émergence des foils modifie-t-elle votre façon de travailler avec les marins ?

C’est clair qu’un nouveau paramètre entre en jeu aujourd’hui. L’usage des foils engendre un bruit infernal. Jusque-là, on n’a pas constaté de dégradation de l’appareil auditif des marins, mais c’est parfaitement inconfortable. C’est une source de fatigue et de stress supplémentaire. La récupération devient plus difficile. C’est un de nos axes de travail pour les deux années à venir. »

 

Existe-t-il d’autres préventions que les marins pourraient avoir tendance à négliger ?

« Personnellement, j’insiste sur trois points qui me paraissent fondamentaux. Le premier, c’est de veiller à avoir une bonne alimentation, faciliter la digestion. C’est un facteur de bien-être et de performance que certains auraient tendance à négliger. Il faut bien évidemment procéder à un bilan dentaire approfondi avant de partir. Là aussi, il faut le faire en amont, certains traitements peuvent être longs. Il ne faut jamais oublier que le stress et une mauvaise hydratation peuvent « réveiller » des pathologies que l’on ignorait. Enfin, il est indispensable de consulter un dermatologue. Certains sujets sont plus sensibles que d’autres aux lésions cutanées et doivent se prémunir avant le départ : allez border une voile une fois que vos mains se sont infectées ! »

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