23 septembre 2020 - 16h:03 • 6553 vues

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Dans ce monde à part de la course au large en solitaire, le sommeil recèle des enjeux de sécurité et de performance. Pour cette première partie, ouvrons le sujet « data » avec Thomas Ruyant. 

Partie 1 - La data au service du dormeur

L’échouage dans les rochers d’Alex Thomson lors de la Route du Rhum 2018, alors qu’il était en tête et n’avait plus que le tour de la Guadeloupe à opérer, a tiré un peu plus fort encore sur une sonnette qui, depuis longtemps déjà, résonne dans la tête des skippers solitaires. Oui, dormir est une clé de la performance, et elle ouvre les portes de la sécurité.

Thomas Ruyant est fort. De l’expérience de son premier Vendée Globe, en 2016-2017, des recherches de Rémy Hurdiel, Docteur en Sciences du sport de l’Université de la côte d’Opale, et de son sponsor, Advens, spécialiste de la sécurité de l’information, qui a mis son bateau au service de LinkedOut et des équipes R&D au travail, pour creuser la question du sommeil et élaborer des outils de collecte et d’analyse de données.

En heures supp’ dès le deuxième jour

Rémy Hurdiel a élaboré un outil de management de la fatigue qui utilise un modèle de pointe de la prédiction des performances cognitives et motrices, basé sur les temps d'éveil et de sommeil. Ce programme de recherche, développé en collaboration avec des chercheurs des États-Unis, a vocation à aider les grandes entreprises à manager la planification des horaires et les charges de travail.

© Pierre Bouras - TR RacingAvec le planning qui l’attend, soit 70 jours et 24/24, Thomas Ruyant sera très légèrement en heures supp’… dès le milieu du deuxième jour de course. Le travail que réalisent conjointement les trois acteurs du sujet est touffu et s’exerce à différents degrés. Le skipper portera une ceinture connectée qui fera office de garde-fou : « On envisage des solutions nouvelles pour le Vendée Globe, en rassemblant des datas, pour trouver une jauge qui me dise quand je suis dans le rouge et qu’il me faut récupérer. On a déjà accumulé des données depuis mon dernier Vendée Globe pour approvisionner Rémy en infos. Le résultat est en cours de mise au point ; une ceinture connectée qui va enregistrer sur ma personne, en course et en continu, des données constantes, sur ma respiration, mon pouls, en fonction de mon activité à bord, et accumuler des données qui procureront aux chercheurs comme Rémy des indicateurs précis pour l’avenir. Ce sera comme un roadbook du sommeil, pour me donner des indicateurs en direct. Anticiper mon état de forme pour pouvoir être au maximum de ma condition physique lorsque des moments cruciaux s’annoncent, une bascule du vent, un changement de voile, à anticiper pour ne pas être pris en défaut dans ces moments en étant en déficit de récupération. »

Des outils pour la préservation du marin

Tout ce travail a pour vocation à nourrir le projet Big Sleep Data. Il n’existe pour l’heure aucune base de données sur les exigences de la course au large sur le sommeil. Rémy Hurdiel cherche à « calibrer ces données. Les sports extrêmes (comme le large ou l’ultra-trail) amplifient les phénomènes de carence ». Outre la ceinture connectée, un outil de détection d’hypo vigilance est également en cours d’élaboration.

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