12 Février 2021 - 13h52 • 11938 vues

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Pip Hare, arrivée aux Sables d'Olonne dans la nuit de jeudi à vendredi, après un franchissement de ligne à 00h57, est revenue lors de sa conférence de presse sur sa course et ses objectifs pour la prochaine édition. 

Comment vous sentez-vous à la 19e place du Vendée Globe ? 
" Le seul mot pour le qualifier est : Incroyable. 

Quel était votre objectif sportif quand vous avez pris le départ le 8 novembre dernier ? 
Je trouvais important d’avoir un objectif sportif sur ce Vendée Globe, mais il fallait aussi faire en fonction de l'âge du bateau. Etant une skipper britannique, mon objectif était de réaliser un meilleur temps qu’Ellen MacArthur en 2000, c'est-à-dire 94 jours. 

Avez-vous atteint cet objectif ? 
Sur une partie de la course, j’ai bien cru que j'y arriverais. J’aurais pu, je sais où j’ai perdu du temps, là où j’en ai gagné et finalement je ne suis pas loin de cet objectif. Je n’ai aucun regret, j’ai commencé avec rien. Au début, j'ai fait un prêt personnel à la banque. J’ai fait au mieux par rapport au délai qui m'était attribué.

Votre attitude a impressionné tout le monde, êtes-vous comme ça dans la vraie vie ou était-ce spécifique au Vendée Globe ?
J’aime bien penser que c’est la Pip de tous les jours. C’est surtout cette grande joie et cette satisfaction d'être sur cette course. Je pense que ce furent les trois plus beaux mois de ma vie. 

Vous avez beaucoup communiqué tout au long de la course, était-ce une stratégie ? 
Ça a toujours fait un peu partie de ma stratégie, car je viens d’une région en Angleterre où peu de monde navigue. J’avais l’habitude d’écrire à mes amies sur toutes mes expériences de voile. Je pense que c’est très important de le faire pour développer la notoriété de la course au large, pour faciliter l’accès à des sponsors et aussi pour partager et ouvrir la voie à d’autres skippers. 

Et après ? 
J’aimerais beaucoup être là en 2024 avec des ailes ! 

Vers quel bateau souhaiteriez-vous vous orienter pour 2024 ? 
Il y a beaucoup de discussions, mais si je pouvais avoir accès à un bateau de la génération 2016, ça serait extraordinaire. La réflexion porte sur les bateaux de 2016 tout d’abord pour des questions financières, mais aussi car je ne me vois pas sur un de ces bateaux dernière génération. C’est trop loin de la façon dont je sais naviguer, je trouve que le skipper est trop détaché de son bateau. 

Êtes-vous consciente de l’impact que vous avez eu sur le public ? 
Je savais qu’il y avait beaucoup de retentissements, mes parents m’en ont parlé. J’ai toujours communiqué via whatsapp, mais je n’étais pas sur les réseaux sociaux, donc je ne m’en rendais pas spécialement compte. 

Quelle chose auriez-vous aimé savoir avant ce Vendée Globe ? 
Je me suis rendue compte que la remontée de l’océan Atlantique était très compliquée d’un point de vue physique, mais aussi mentalement. Il y a beaucoup d’apprentissage de ce côté-là. Je me suis aussi rendue compte que je n’étais pas aussi élastique que ce que je pensais être en termes de capacités. Par exemple, lors de mon avarie de safran, j’ai mis beaucoup de temps pour récupérer. 

Par rapport aux fichiers météo, avez-vous eu des questionnements sur l’intérêt de toutes ces technologies ? 
On utilise tous à peu près les mêmes logiciels, mais c’est vrai que j’ai toujours été pour me fier aux anciens systèmes. Surtout sur la dernière semaine, les systèmes étaient imprévisibles donc il fallait aussi utiliser les anciennes méthodes. Il faut donc utiliser les deux et surtout le bon sens pour savoir comment on est à l’aise sur nos bateaux. 

De quelle manière votre navigation sur un bateau vieux de 20 ans était-elle différente par rapport aux premiers ? 
Avec Didac, on avait des discussions, on se disait qu’il devait y avoir deux courses dans cette course, d'un côté ceux qui avait un cockpit et de l'autre ceux qui n’en avaient pas. Par rapport aux autres qui étaient à l'avant, c’était beaucoup plus physique. Par exemple, pour prendre un ris, je devais faire 4 fois le tour du bateau, pour régler les voiles d’avant, à chaque fois je devais aller à l’avant au niveau des enrouleurs, donc je devais forcément sortir. C’était plus éprouvant. Mais ce dont je me suis rendue compte, c’est que dans les mers du Sud, alors que ceux de devant devaient ralentir, moi je pouvais pousser mon bateau, j’adorais ça ! 

Avez-vous trouvé vos limites ? Allez-vous encore les repousser ? 
On peut toujours pousser davantage. Il y a toujours une petite voix au fond de moi qui me dit d'aller plus loin. 

Avez-vous versé beaucoup de larmes sur cette course ? 
J’ai versé beaucoup de larmes sur cette course, mais je ne suis pas quelqu’un qui s'apitoie sur son sort. Ce qui me rend le plus triste, c’est le fait de ne pas pouvoir partager ça aujourd'hui avec ma famille et mes amis qui ne peuvent pas être là. 

Vous sentez-vous membre d’une nouvelle famille au sein de la Classe IMOCA ? 
Au départ, c'était très compliqué pour moi. je n’avais pas l’impression de faire partie de cette famille. Et aujourd’hui, notamment grâce à Jean Le Cam et Benjamin Dutreux, j’ai pris conscience qu’ils étaient là et j’ai trouvé ma place au sein de ce groupe !  

Comment s'est construite votre équipe ? 
J’ai géré mon projet seule pendant 18 mois. Je me suis entourée de personnes avec qui je voulais travailler, ou de gens qui sont venus vers moi pour travailler dans mon équipe. Joff Brown a très bien géré ce projet et Lou, la team manager, a été très utile aussi, surtout quand je me suis fait piquer par une méduse. Elle est infirmière, je faisais des réactions partout, elle m’a beaucoup aidée. 

La course au large en solitaire s’est développée dans les années 60, penses-tu qu’aujourd’hui ça peut reprendre de l’ampleur dans le monde entier ? 
Je l’espère vraiment. Le sport a été très impacté par la situation sanitaire, c’est dingue que le Vendée Globe ait pu avoir lieu. On a pu partager avec beaucoup de gens et je pense qu'on avait besoin de ça dans une telle situation ".