22 Juin 2021 - 18h02 • 2523 vues

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Offshore Team Germany a remporté, pour quatre mètres lors de la toute dernière course, la première édition de The Ocean Race Europe, devançant sur le podium 11th Hour Racing et LinkedOut.

On se détend ! La victoire sur l’eau d’un bateau allemand lors de cette première course transeuropéenne ne présage en rien de ce qui pourrait se passer début juillet sur des prés plus verts. D’abord parce que, même si le vent peut compter, une pelouse reste plate quoi qu’il advienne ; ensuite parce que Joachim Löwe, le sélectionneur de la Mannschaft, l’équipe nationale allemande, n’a pas retenu Benjamin Dutreux.

Quelle première moitié d’année 2021 pour le Vendéen ! 9e de son premier Vendée Globe à bord d’un plan Farr de 2007, vainqueur de The Ocean Race Europe à bord d’un bateau de 2011, au foil et à la barbe de quatre ténors du barrot, ça en impose !

Et cela méritait bien une interview, presque à froid, de l’ambassadeur de la Water Family – Die Wasser Familie, en allemand.

Benjamin, vous voilà « champion d’Europe » !

© Sailing Energy/The Ocean Race Benjamin Dutreux : « Cette victoire est top, elle est la cerise sur le gâteau ! On ne venait pas la chercher, mais elle est venue s’ajouter à une expérience humaine passionnante. J’étais dans un équipage international, composé de navigateurs allemands et anglais, aux cultures très différentes, et avec de la mixité. Ce mélange a bien pris dès le mois d’entraînement qu’on a partagé aux Sables-d’Olonne. Et cette course est un truc dingue, avec de nouvelles personnes à rencontrer, des villes à découvrir, tout ça dans une ambiance sportive.

Comment avez-vous monté la « mayonnaise », avec tous ces ingrédients ?
B. D. :
L’invitation que je leur ai envoyée à venir s’entraîner aux Sables y a participé. On a appris à se connaître, dans un contexte qui nous était favorable parce que nous n’avions pas de pression (sportive). Chacun a pu s’appuyer sur l’autre et pousser l’autre. Mais surtout, c’est le casting qu’a fait Robert Stanjek qui était juste : humainement, ça a collé, alors que ce n’est pas facile de cohabiter plusieurs jours dans un si petit espace. Et puis il y avait de multiples apports de compétences. J’ai appris d’eux ; j’espère qu’ils ont un peu appris de moi.

Du Vendée Globe à cette course, très stratégique, on a pu découvrir qu’il existe une « patte » Benjamin Dutreux.
B. D. :
Merci, ça fait plaisir… J’ai eu pas mal de retours sympas, de la part même de grands marins, qui m’ont dit que mes trajectoires avaient une identité. Cela m’a beaucoup touché.

Cette Ocean Race Europe a été un succès, selon vous, de Lorient à Gênes en trois régates offshores et ses deux courses côtières ?
B. D. : Je pense, oui, et la régate a été belle parce que nous sommes restés au contact les uns des autres : tout se joue sur la fin, sur une arrivée au couteau, pour quatre mètres d’avance sur LinkedOut. C’était fou ! Il y avait aussi des marins de plein d’horizons : le large, la régate, l’olympisme… Cela a donné une course de très haut niveau.

Yoann Richomme, vainqueur dans la classe VO65 avec Mirpuri Foundation, a dit que cette course mériterait d’exister tous les ans…
B. D. :
On en a parlé, et je suis plutôt de son avis. Enfin, tous les ans serait peut-être compliqué, mais cette course mérite de vivre, même en mode plus grand avec des étapes dans le nord de l’Europe. C’était chouette, le public méditerranéen a pu voir nos bateaux, et les conditions sont propices aux rebondissements. Compte tenu de la période, ce ne sera pas toujours le plus beau bateau qui gagnera, mais bon, ce n’est peut-être pas le plus important.

Est-ce que vous équipiers vous ont poussé à raconter votre Vendée Globe ?
B.D. :
Ils m’ont interrogé sur tout ! Mais ça les dépasse complètement. Du coup, ils ont envie de savoir pourquoi ça nous attire, comment on s’organise… C’est intéressant d’échanger avec eux sur ces sujets. On a des cultures vraiment différentes, en termes de vie à bord. Annie Lush (experte de la Volvo Ocean Race, ndlr) voulait faire toutes les manœuvres à fond… pendant que moi, je demandais à ce qu’on temporise. On a confronté nos manières de faire. C’est une des choses qui les ont intrigués, dans ma façon de naviguer. On galérait à bouger les voiles, à chaque manœuvre, à quatre… Et ça les bluffe qu’on parvienne à matosser en solo.

Après cette victoire, vous devez bénéficier d’une invitation permanente à bord, surtout si, l’an prochain, le bateau prend le départ de The Ocean Race…
B. D. :
J’ai l’invitation dans la poche ! (il rit). C’est chouette, mais je préférerais être au départ de la course avec mon propre bateau.

Où en êtes-vous ?
B.D. :
J’ai acheté un bateau (je vous dirai tout début juillet), avec pour objectif d’être au départ du prochain Vendée Globe. The Ocean Race serait formidable pour qu’on se prépare au prochain Vendée Globe, avec l’équipe ! Il ne manque plus qu’un partenaire, et on sera au top.

Vous avez fait ce qu’il fallait pour vous faire remarquer, cette année…
B. D. :
Avec l’équipage, je pointe en tête du classement IMOCA, et ce n’est pas mal… Je vais faire toutes les courses rapidement, afin d’être qualifié rapidement pour le Vendée Globe 2024. Je m’y prends à l’avance ! »

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The Ocean Race Europe, le bilan

Classement général final IMOCA
Offshore Team Germany s’impose avec 16 points grâce notamment à une victoire sur l’étape entre Alicante et Gênes, une 2e place entre Cascais et Alicante, une victoire sur le Mirpuri Foundation Sailing Trophy (course côtière à Cascais) et une miraculeuse 2e place sur le côtier de Gênes, juste devant LinkedOut de Thomas Ruyant.

Au classement général, 11th Hour Racing Team (Charlie Enright) prend la 2e place, avec 15 points,  1 de plus que LinkedOut (victoire à Alicante) et 8 de plus que Corum L’Epargne (Nicolas Troussel), vainqueur à Cascais. Bureau Vallée (Louis Burton) ferme la marche.

Les victoires
- Lorient-Cascais : Corum L’Epargne
- Parcours côtier de Cascais (Mirpuri Foundation Sailing Trophy) : Offshore Team Germany
- Cascais-Alicante : LinkedOut (Thomas Ruyant)

- Alicante – Gênes : Offshore Team Germany
- Parcours côtier de Gênes : 11th Hour Racing Team

 

VO65 : le triomphe de Yoann Richomme

© Sailing Energy/The Ocean RaceCandidat au Vendée Globe 2024, Yoann Richomme a signé sa première course officielle à bord de son monocoque de 65 pieds. En compagnie de Nicolas Lunven notamment, le skipper néo-lorientais a contenu la pression exercée par les redoutables Sailing Poland de Bouwe Bekking et AkzoNobel Ocean Racing de Chris Nicholson.


Le podium des VO65
1 - Mirpuri Foundation Racing Team - 21 points
2 - Sailing Poland - 17 points
3 - AkzoNobel Ocean Racing - 17 points