19 Janvier 2023 - 09h07 • 1661 vues

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Vainqueur du Vendée Globe il y a six ans jour pour jour, le skipper de Banque Populaire conserve chaudement ses souvenirs et « la méthode » qui lui a permis de s’imposer. Armel livre également son analyse sur la flotte IMOCA et se dit impressionné par le niveau actuel.

Il y a six ans jour pour jour, tu remportais le Vendée Globe. Les souvenirs sont toujours aussi tenaces ?

C’est sûr que le 19 janvier reste une date importante dans ma vie personnelle. La victoire au Vendée Globe restera gravée à jamais et les souvenirs sont toujours là. Chaque année, c’est un peu comme un anniversaire. On se rend compte qu’on a pris un an de plus et on en reparle encore un peu ! Cette aventure a forcément un goût particulier cette année alors que je vais préparer en Ultim mon premier tour du monde depuis six ans et ce fameux Vendée Globe.

La victoire du Vendée Globe est-elle précieuse justement dans tes challenges actuels ?

Ce n’est pas la victoire en tant que telle, mais la méthode. Même si la course que l’on débutera en janvier prochain est un exercice différent, à bord de bateaux différents, il y a des références, des souvenirs, des ressentis à puiser sur le fait de partir longtemps au large, sur l’expérience des mers du Sud… J’ai la chance d’avoir une équipe qui est restée en grande partie identique à celle qui a connu le Vendée Globe 2016-2017. Tout ce qu’ils ont acquis, notamment dans la préparation et l’approche de la course, sera précieux dans le challenge qui nous anime désormais. 

© VINCENT CURUTCHET / DPPI / Vendée Globe

« Nous avons été précurseurs avec les foils »

Il y a une forme de fierté à savoir que tu es encore le recordman du Vendée Globe ?

Ça me donne envie de me battre pour chercher de nouveaux temps de référence ! (rire). Non, je sais que les records sont faits pour être battus et ce sera le cas du mien un jour ou l’autre, en fonction des conditions météo. La fierté, ce n’est pas forcément le record en lui-même, c’est le fait d’avoir bouclé le Vendée Globe à deux reprises en moins de 80 jours (78 jours et 5 heures en 2012-2013, 74 jours et 3 heures en 2016-2017). On est peu de skippers à y être parvenus.

Six ans et une édition du Vendée Globe plus tard, on a l’impression que tout a changé en IMOCA…

Nous avons été précurseurs en mettant des foils sur nos IMOCA à partir de 2015. À ce moment-là, ça paraissait complètement fou, voire ubuesque pour certains mais on a prouvé le contraire. C’est désormais un des éléments principaux des nouveaux IMOCA qui sont devenus plus rapides grâce à leurs grands foils mais aussi plus durs à mener.

« Les IMOCA, des bateaux de guerriers »

Tous les skippers s’accordent justement à dire que ce sont des bateaux particulièrement engageants physiquement…

Les bateaux étaient déjà très exigeants quand je faisais partie de la Classe mais on voit que tout le monde progresse, que les bateaux sont plus rapides et aussi plus durs. Les nouveaux IMOCA sont très exigeants en effet, il faut accepter la virulence des impacts et parvenir à tenir plusieurs semaines à bord. Ce sont des bateaux de guerriers : il faudra être dur au mal pour bien figurer au prochain Vendée Globe.

Est-ce qu’on a atteint la limite de ce que le corps et l’organisme peuvent supporter à bord ?

C’est difficile d’y répondre parce que je me base uniquement sur ce que j’ai pu entendre. Mais en effet, on sent que les conditions de vie à bord sont très dures. Je suis certain que les Teams mènent déjà des réflexions pour tenter d’y remédier. On a vu à la fin de la Route du Rhum à quel point certains étaient fatigués. Or, c’était un sprint. L’enjeu au Vendée Globe, c’est de tenir pendant plus de 70 jours… C’est un sacrée challenge. Il faut parvenir à ce que les bateaux restent maniables par une seule personne sans devenir dangereux.

© OLIVIER BLANCHET / DPPI / Vendée Globe

Que t’inspirent les IMOCA qui ont été mis à l’eau ces derniers mois ?

On est toujours impressionné par ces machines et désireux de connaître les dernières innovations. La grande évolution, c’est le fait que les cockpits soient de plus en plus fermés pour gagner en aérodynamisme et pour protéger davantage les marins. Les foils sont aussi devenus des gros morceaux : ça prend de la place sur les pontons ! Quand les conditions sont sympas, ils sont très agréables à regarder. Il y a donc un enjeu quand les conditions se durcissent pour conserver la maîtrise et parvenir à lever le pied mais c’est le cas sur tous les bateaux. Ce sera intéressant de voir justement ce que les Teams ont appris en la matière.

« Les skippers IMOCA m’impressionnent »

Le bateau avec lequel tu as gagné, Banque Populaire VIII, a terminé 3e du Vendée Globe avec Louis Burton et est désormais avec Pipe Hare… Tu continues à le suivre ?

Oui bien sûr et je l’ai suivi lors de la dernière Route du Rhum, même si je ne connais pas Pip personnellement. Il pourrait y avoir lors du prochain Vendée Globe les trois bateaux avec lequel j’ai fait cette course : Brit Air (actuel China Dream avec Jingkun Xu), Banque Populaire VI (Nexans-Art et Fenêtres, Fabrice Amedeo) et Banque Populaire VIII (Medallia, Pipe Hare). Et je vais suivre les trois ! Ça montre aussi que ce sont des bateaux qui s’inscrivent dans la durée, ce qui est pertinent dans la volonté de limiter l’impact environnemental de chacun.

© OLIVIER BLANCHET / DPPI / Vendée Globe

Est-ce qu’il y a des skippers IMOCA qui t’impressionnent actuellement ?

Pendant la Route du Rhum, lors de ma ‘remontada’ qui n’était pas vraiment ce que j’attendais, j’ai eu la chance de passer non loin de Thomas (Ruyant, LinkedOut), Charlie (Dalin, APIVIA), Jérémie (Beyou, Charal), Kevin (Escoffier, Holcim-PRB), Maxime (Sorel, V and B Monbana Mayenne), Paul (Meilhat, Biotherm), Justine (Mettraux, 11th Hour Racing)… Bien sûr qu’ils m’impressionnent ! Il y a un très haut niveau de performance chez les dix meilleurs. Sans dénaturer les performances de mes prédécesseurs et de la flotte au moment où j’y étais, le ‘Top 10’ semble encore plus difficile à atteindre aujourd’hui. Ça montre qu’il y a beaucoup de compétences et de talents.

Tu es donc lancé dans un tout autre challenge, en Ultim. Mais est-ce que tu aimerais revenir un jour en IMOCA et au Vendée Globe ?  

On a la chance d’avoir un super challenge avec Banque Populaire en perspective et on fera tout pour l’aborder avec le maximum d’ambition. J’ai certes un peu refermé la porte de l’IMOCA mais elle ne l’est jamais complètement…