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Armel Tripon, de retour avec un projet compétitif, vertueux et solidaire

CES SKIPPERS QUI VISENT LE VG2028 4/5.

Si l’on sait bien que l’on peut manger un yaourt périmé de quelque jours, on sait moins que l’on peut fabriquer un bateau avec du carbone dont la date de péremption est dépassée ! C’est pourtant ce que nous démontre Armel Tripon, skipper des Ptits Doudous, l’association de soignants qui œuvre pour le bien-être des enfants au bloc opératoire, avec son IMOCA en carbone recyclé mis à l'eau l’année passée. Après avoir disputé un premier Vendée Globe en 2020, le skipper avait à coeur de revenir avec un projet compétitif, vertueux et solidaire. Rencontre avec ce marin engagé, aux doudous solidement ancrés sur le cœur.

Armel Tripon Les P’tits Doudous
© Pierre Bourras

Vendée Globe :

Pourquoi ton bateau s’appelle Les P’tits Doudous ?

Armel Tripon

Les P’tits Doudous est une association de soignants engagés pour le bien-être des enfants opérés, née à Rennes en 2011, sous l’impulsion d’une infirmière, Nolwenn Febvre, aujourd’hui présidente.

Leur idée : rendre le parcours opératoire plus ludique afin de supprimer le stress et la prémédication, et transformer ce moment en expérience de vie plutôt qu’en traumatisme. Aujourd’hui, 85% de la prémédication a été supprimée. On sait qu’un enfant qui s’endort sans stress se réveille sans stress, et que l’angoisse à l’hôpital peut laisser des traces durables dans le développement d’un enfant.

Cette approche a profondément changé la prise en charge des patients et la manière dont les soignants vivent leur métier, avec davantage de sérénité. Les parents sont aussi dans de meilleures conditions. C’est un cercle vertueux.

Vendée Globe :

Qu’est-ce que cela change pour toi de porter les couleurs de cette cause ?

Armel Tripon

C’est une manière de rendre ce que l’on m’a donné, d’apporter ma contribution à la société que l’on souhaite construire, de porter un message de bienveillance pour mieux vivre ensemble.

Cette cause m’a touchée immédiatement, notamment parce que mon dernier fils y a été confronté. C’est une force de savoir que j’ai toute une communauté de soignants qui me soutient, alors qu’ils exercent des métiers très exigeants. Pendant le covid, nous les avons beaucoup applaudis, pour moi ce bateau est un peu la continuité de cette reconnaissance  envers ces métiers, envers ces soignants qui se battent au quotidien pour sauver des vies.

Il y a des parallèles avec ce que nous vivons en mer, dans l’engagement et l’intensité. Mais cela relativise aussi la vie de marin, parfois centrée sur soi. Se dire que des femmes et des hommes donnent autant d’eux-mêmes sur le terrain pousse à se dépasser, à aller plus loin.

Vendée Globe :

Parlons de ton bateau, comment est née l’idée d’utiliser des déchets aéronautiques pour sa construction ?

Armel Tripon

Après le Vendée Globe 2020, j’avais envie de repartir sur cette course, mais avec une autre approche. Je me suis demandé si on pouvait construire plus durablement.

En cherchant des solutions, j’ai rencontré des acteurs qui disposaient d’un gisement de carbone pré-imprégné issu de l’aéronautique, destiné à être jeté parce qu’il était périmé. Cette date de péremption, c’est un peu comme un yaourt : elle existe, mais la matière reste de bonne qualité. Nous avons donc réfléchi à la manière de redonner vie à ces déchets qui partaient à la benne.

Au final, 65% du bateau a été conçu à partir de carbone issu de ces déchets aéronautiques. Et comme cela ne nous semblait pas suffisant, nous avons étendu la réflexion à d’autres matériaux. Nous avons découvert que le titane utilisé pour certaines pièces d’accastillage correspondait exactement au titane médical, du TA6V. Après de nombreux tests et beaucoup d’énergie déployée, nous avons réussi à créer un lingot de titane médical pour fabriquer les premières pièces. L’objectif est de faire émerger une véritable filière d’économie circulaire, au-delà de ce seul projet.

Vendée Globe :

Aujourd’hui, est-ce qu’on peut dire que ça fonctionne ?

Armel Tripon

Le bateau a été validé. Il a traversé l’Atlantique à deux reprises : lors de la Transat Café L’Or avec un départ du Havre dans des conditions engagées, puis au retour en convoyage. Cela nous a permis de confirmer que le réemploi de cette matière n’altère en rien la structure du bateau.

Nous avons franchi des étapes majeures, mais il faut continuer à naviguer. C’est dans la durée que l’on confirme pleinement les choix techniques.

Vendée Globe :

Que représente le Vendée Globe pour toi ?

Armel Tripon

Pendant longtemps, le Vendée Globe a incarné quelque chose d’inaccessible. C’était un rêve immense, lointain, presque hors de portée. J’ai tenté une première fois d’être au départ en 2016, sans y parvenir.

En 2020, lorsque je prends le départ, j’ai le sentiment de vivre un rêve éveillé. Être au départ était déjà une immense satisfaction. J’ai adoré cette course. C’est une expérience exceptionnelle pour un marin, qui marque à vie. Par sa durée, son intensité, son engagement, cette course m’a fait grandir et m’a transformé durablement.

Mais sportivement, il me manquait quelque chose : des soucis techniques, un projet monté tardivement, peu de temps d’entraînement (année covid ndlr). Mes problèmes m’ont empêché de me battre réellement avec les autres. J’ai davantage vécu une course-poursuite qu’une vraie confrontation.

Aujourd’hui, pour 2028 l’ambition est claire : construire un projet sportif abouti, avec un bateau compétitif, du temps pour bien faire les choses, partir serein et avoir les moyens de se battre en tête de flotte. C’est une nouvelle quête.

Vendée Globe :

Comment se construisent les quatre années de préparation avant un tour du monde ?

Armel Tripon

Aujourd’hui le projet est encore en construction. La première étape consiste à asseoir solidement le financement pour pouvoir développer pleinement la dimension sportive. 

Ensuite, il y a les courses de préparation, en solitaire comme en équipage. Nous travaillons aussi à faire évoluer le bateau, à le faire progresser une fois qu’il sera parfaitement fiabilisé. De mon côté, je dois apprendre à le connaître dans les moindres détails afin de former un véritable binôme performant ! 

Armel Tripon Les P’tits Doudous
© Jean-Louis Carli - Les P’tits Doudous

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