Nico D’Estais, l’histoire joyeuse du skipper au bateau jaune
CES SKIPPERS QUI VISENT LE VG2028 3/5.
Ancien consultant en stratégie d’entreprise à Paris, Nico D’Estais a troqué il y a maintenant plusieurs années le costume-cravate pour le ciré, afin de se consacrer à la course au large. Après deux Mini-Transat et quatre années en Class40, il franchit une nouvelle étape en entrant en IMOCA en 2025, se rapprochant un peu plus d’un rêve qui l’accompagne depuis l’enfance : participer au Vendée Globe. À la barre d’un bateau à l’histoire exceptionnelle, il porte aussi un projet singulier, engagé et solidaire, aux couleurs de Café Joyeux.
Vendée Globe :
Peux-tu te présenter ?
Je m’appelle Nico, j’ai 34 ans, je suis le skipper de l’IMOCA Café Joyeux. J’ai changé de vie il y a quatre ans pour devenir skipper : avant, je faisais du conseil en stratégie d’entreprise à Paris. J’ai commencé la course au large en Mini, avec deux Mini-Transat, puis j’ai navigué quatre ans en Class40. En 2025, j’entre dans la classe IMOCA.
Vendée Globe :
D’où vient ton rêve de Vendée Globe ?
Depuis que j’ai 6 ans, je ne rêve que d’une seule chose : faire le Vendée Globe. Dès mes premiers bords en Optimist, j’avais déjà cette idée étrange qu’un jour, je ferais cette course. C’est l’aboutissement de beaucoup de travail, mais aussi d’un rêve qui m’habite depuis très longtemps. Aujourd’hui, c’est une joie quotidienne de faire ce métier de navigateur.
Vendée Globe :
Quels sont tes premiers souvenirs liés au Vendée Globe ?
J’en ai deux très forts.
Le premier remonte à 1998. On habitait à Tokyo quand j’étais enfant et on est allés, en famille, à une conférence de Titouan Lamazou, vainqueur du tout premier Vendée Globe. Mes parents n’en ont aucun souvenir, mais moi je m’en souviens comme si c’était hier. C’est la première graine du Vendée Globe qui a été plantée.
La deuxième, c’est l’arrivée d’Ellen MacArthur. Après Tokyo, on a déménagé à Londres. J’y habitais quand elle boucle son Vendée Globe. J’ai vu les images de son arrivée à la télévision, sans doute en rentrant de l’école, et je me suis dit : ok, je veux être elle plus tard.
J’ai eu la chance de les revoir tous les deux depuis. J’étais assez fier de leur dire que c’était grâce à eux que j’en étais là aujourd’hui… et je crois qu’ils s’en fichaient pas mal (rires).
Vendée Globe :
Que représente le Vendée Globe pour toi ?
C’est la plus grande et la plus belle aventure qui soit sur Terre. C’est l’immensité : on ne peut pas imaginer un terrain de jeu plus grand que la planète elle-même — il n’y a pas encore de course interplanétaire (rires).
J’aime beaucoup cette idée que le globe soit notre terrain de jeu : il n’y a pas de limites comme sur un terrain de foot ou un échiquier. Le champ des possibles est immense, et c’est à nous de trouver la meilleure trajectoire pour aller d’un point A… à un point A, ce qui est en soi assez absurde.
Vendée Globe :
Ton bateau a une histoire très forte. Peux-tu nous en dire plus ?
Oui, le bateau a une sacrée histoire. C’est l’ancien bateau de Benjamin Ferré en 2024 et de Clarisse Crémer en 2020. Dans la soute à voiles, il y a encore des mots écrits pour Clarisse : par exemple un “T” avec un cœur, signé Tanguy (Le Turquais, son mari ndlr). Il y a aussi des petits messages pour Benjamin.
On trouve également une très belle bouée cardinale dessinée à l’époque où le bateau appartenait à Paul Meilhat pour le Vendée Globe 2016 — le même bateau avec lequel il a gagné la Route du Rhum 2018, et avec lequel François Gabart a remporté le Vendée Globe 2012.
Il y a des citations de tous horizons, du Flambeau (série française de Jonathan Cohen avec des répliques cultes ndlr) à Jean d’Ormesson : « Si tu parles des roses, il faut aussi parler des épines. »
Je garde tous ces petits mots. Ça fait partie du patrimoine du bateau.
Vendée Globe :
Le projet Café Joyeux est assez unique. Peux-tu nous l’expliquer ?
Le bateau s’appelle Café Joyeux, il est tout jaune. Le projet est avant tout une campagne de communication pour Café Joyeux, une famille de cafés-restaurants qui emploient et forment des personnes en situation de handicap.
Il existe aujourd’hui une trentaine de cafés en France et dans le monde, ainsi qu’une marque de café. Tous les bénéfices des ventes servent à financer l’embauche de nouveaux équipiers joyeux, en CDI, dans les cafés-restaurants.
Le bateau sert à faire connaître Café Joyeux, à inciter les gens à pousser la porte des établissements et à vendre davantage de café. C’est un projet très vertueux.
Café Joyeux ne donne pas un euro au projet sportif, qui est financé par des partenaires. Les plus généreux sont notamment Ibis, Nestlé, mais aussi Castorama.
Le projet a changé de dimension avec l’IMOCA, mais le principe était déjà le même en Class40.
Vendée Globe :
Quelle est ton actualité sportive ?
2025 a été une année de découverte et de prise en main du bateau.
2026 sera l’année de la prise en main en solitaire, ce qui n’est pas une mince affaire : c’est un gros bateau, avec de grandes voiles et un grand mât !
Ma dernière course en solitaire remonte à deux ans, en Class40, lors de la Transat CIC.
Le chemin vers le Vendée Globe est une succession de marches. Aujourd’hui, je serais incapable de partir sur le Vendée Globe demain. Dans cet escalier, la marche 2026 est une très grande marche ! Je disputerai notamment la Vendée Arctique – Les Sables d’Olonne en juin prochain.