27 Janvier 2021 - 23h15 • 18623 vues

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Du franchissement de la ligne d’arrivée à 20h35 à ses premiers pas sur les pontons, Charlie Dalin a offert un visage éblouissant. Quelle que soit l’issue de la course et du classement, son arrivée restera dans les mémoires. Illustration. 

La mer était formée et les projecteurs braqués. Peu après 20 heures, alors que le ciel était bas et la luminosité réduite, la nuit s’est offerte une éclaircie. La lumière, dans l’obscurité, est venue d’APIVIA, premier bateau à retrouver la terre après 80 jours et 6 heures à en finir avec la plus longue course en solitaire et sans assistance.

Un gamin qui savoure un moment de géant

« C’est vous les lumières oranges ? » La voix de Charlie Dalin, à travers la VHF, est claire et décidée. Jacques Caraës, directeur de course, répond comme en écho : « attention à l’arrivée du premier bateau du Vendée Globe ». Une minute plus tard, le skipper d’APIVIA est le premier à franchir la ligne d’arrivée.

Alors que son équipe monte à bord, Charlie Dalin a le visage hilare, un gamin qui savoure un moment de géant. Il marche sur le pont, salue les semi-rigides et ne peut se départir de son sourire. Il enlace longuement sa compagne, craque un fumigène et savoure.  Ces moments-là sont les siens et l’obscurité lui a offert le plaisir d’en profiter à l'abri des regards. 

"Au final, on arrive à faire l'impossible" 

Quelques minutes plus tard, ce sont les premiers mots. Reviennent en tête alors les larmes du roc Le Cléac’h quatre ans plus tôt et l’enthousiasme saisissant de François Gabart il y a huit ans. Désormais, il y aura Charlie. Le teint frais, les yeux brillants, surelevés de quelques cernes qui semblent trop petites quand on sait la décharge d’effort de près de trois mois de course.

Ses mots étaient attendus parce qu’on lui aurait tout pardonné après avoir tout donné. Pourtant, par écran interposé, c’est un gentleman qui apparaît. Il parle d’une « course magique », s’amuse de l’effort fourni – « au final on y arrive, on arrive à faire l’impossible » - revient sur les galères et les moments de joie. Le Vendée Globe ? « Il m’a changé, mais je ne sais pas de quelle manière ».  

"Bravo mon fils, je suis fier de toi"

Après, il a fallu monter sur un semi-rigide, longer le chenal que personne ne pouvait imaginer vide. Il ne l’a pas vraiment été, parce que les Sablais étaient massés sur leurs balcons, parce qu’APIVIA avait dépêché une sono sur une barge, parce qu’il restait quelques fumigènes et tant de bonheur à célébrer. Arrivé sur le ponton recouvert d’un tapis rouge, face à une poignée de photographes, il y a son père qui s’éclame « bravo mon fils, je suis fier de toi », il y a la bouteille de champagne sabrée et la remontée du ponton qu’il avait descendu d‘un pas assuré le 8 novembre dernier.

« Je passe de semaines sur mon bateau à toute cette émotion, c'est fort », s’amuse-t-il face aux caméras. François Gabart le serre longuement dans ses bras, Armel Le Cléac’h lui donne une tape amicale sur l’épaule. Charlie confie avoir commandé « une pizza, des fruits et une salade grecque » qu’il va déguster avec sa femme et son fils. « J’ai oublié de demander une bière » lâche-t-il avec un large sourire. La suite et la longue nuit d’attente ? « Je viens du Figaro, j’ai l’habitude de faire tourner les chronos et ça continue ». Le Vendée Globe engendre des aventuriers en mer et façonne des gentlemen à terre. Charlie Dalin en est la nouvelle illustration, en attendant les autres.

 

Par la rédac du Vendée Globe / Antoine Grenapin