12 Février 2021 - 18h00 • 10422 vues

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C'est avec beaucoup d'émotions qu'Alan Roura (La Fabrique) est revenu sur les beaux moments de ses 95 jours de course. 

" Je suis fatigué car ça a été rude, mais je suis très content d’être là et d’être rentré à bon port avec mon bateau. 

La grosse avarie est arrivée au sud de la Nouvelle-Zélande. Je me suis vraiment demandé si je continuais au non, surtout pour des questions de sécurité. Je savais pas comment j’allais faire. Et puis finalement, j’ai appris à naviguer différemment, d’une façon que je ne connaissais pas. J’ai pris beaucoup de plaisir. De plus, c’était hyper motivant d’être au sein du groupe, j’essayais de les tenir et ça me motivait. Je me surpassais sans cesse. Le travail fait sur le bateau en amont est vraiment irréprochable car le bateau, à part l’avarie de quille, est en très bon état. 

Sur cette course, j’ai appris à connaître des gens comme Jérémie Beyou, on se connaît depuis plusieurs années et échangé de manière très fair play. Quand on s’est retrouvé, on a navigué un petit peu côte à côte et après il m’envoyait un message tous les jours. J’ai appris à la connaître et c'était un plaisir de naviguer avec lui. Cali et Stéphane, je les connaissais déjà car on a navigué souvent à proximité sur d'autres courses. Jérémie a fait une course magnifique car oser repartir ce n'est pas facile. 

Les moments forts n'étaient pas là tous les jours, mais quand il y en avait, c’était incroyable. La descente entre Les Canaries et le Cap Vert était formidable, le passage du Cap Horn magnifique et après naviguer avec les autres bateaux, parfois à vue, c'était dingue. Ces moments resteront gravés car c’est rare d’avoir un match race sur un tour du monde. Il n’y a donc pas de meilleur moment, c’est un ensemble. Hier sur les derniers bords, je me disais qu’on était fou de faire ça et, en passant la ligne d’arrivée, je me disais qu’il fallait que j'y retourne. On oublie tout le mauvais côté à l'arrivée. J’ai mis du temps à rentrer dans la phase plaisir, mais après, c’était génial. 

Si j’ai fini ce Vendée Globe, c’est grâce à ma fille car j’avais envie de lui prouver que son père tenait la route et qu’il allait aller au bout. Je voulais lui laisser cette trace. Évidemment, c'est dur car mes proches m'ont énormément manqué, mais ils me donnaient aussi la force pour continuer. J’ai grandi car dans la vie de tous les jours, j’essaye d’éviter les conflits ou de prendre des décisions, et là il a fallu se surpasser et être dans le mal pendant longtemps. J’ai appris à me connaître dans le dur et ça me servira dans la vie future. 

Le Vendée Globe est une course légendaire. Il y a le premier et il y a les autres. Pour les marins qui veulent le terminer, c'est un long travail, il faut se donner jusqu’au bout. C'est une course difficile et tous les bateaux, qu'ils aient fini ou qu'ils soient encore en mer, ont énormément de mérite. C’est pour ce beau moment de fin qu’on s’est tous battu. 

Je ne sais pas aujourd’hui où je vais, j’ai envie de retourner courir les océans. Si j’y retourne, c’est avec un bateau pour jouer la gagne. Il va falloir étudier tout cela. 

J’ai une super équipe. On a commencé à monter un projet il y a 5 ans avec Superbigou, le bateau sur lequel naviguait Pip Hare cette année. On était seulement quatre bénévoles. Après 2016, on a relancé un nouveau projet avec toujours une petite équipe qui évolue. Quand je vois l’état du bateau aujourd’hui, hormis le problème de quille, il est en super état. Je n'ai quasiment pas touché au matériel de réparation. C’est ça qui est beau, c’est que j’ai fait le tour du monde, mais tout ça c’est grâce à eux. "

Alan Roura / La Fabrique