26 Février 2021 - 18h18 • 21268 vues

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Un peu amaigrie, les yeux brillants de fatigue, mais le visage rieur, Sam Davies a évoqué les moments marquants de son périple de 110 jours à l’occasion de sa conférence de presse :  son début de course, son abandon, son retour en mer pour défendre une noble cause et ses dernières frayeurs. Une histoire qu’elle n’avait pas prévue au départ, mais qui se termine en happy end, dans un gros cœur, aux Sables d’Olonne.

A propos de son Vendée Globe qui se transforme en aventure solitaire hors-course…

« C’est incroyable l’accueil que j’ai reçu. Je remercie tout le monde, je n’avais jamais imaginé avoir autant de monde à mon arrivée hors-course. Je suis partie pour faire une course, une performance, et au sud de Bonne Espérance ça a basculé en aventure. Et c’était un défi encore plus dur que celui que j’avais imaginé. Avec l'équipe et les partenaires, nous savions qu’il y avait deux objectifs, un objectif sportif et aussi l’objectif de sauver des enfants en partageant l’aventure. On avait évoqué l’hypothèse d’un abandon. J’avais dit que je voulais à tout prix finir, comme Isabelle Autissier et comme d’autres marins qui ont fini hors-course. On avait même un mât de rechange prêt à être envoyé en Australie s'il le fallait. Heureusement qu’on avait réfléchi à tout ça avant car psychologiquement, ça a facilité les choses, même pour Romain (Attanasio, son conjoint) et pour Ruben (ndlr, son fils). Mais c’est plus facile à dire qu’à faire. Nos bateaux restent exigeants, j’étais derrière tout le monde, moi qui suis habituée à être à la bagarre... Là j’étais seule, je n’avais plus de vacation. Je n’avais plus la pression et l’adrénaline de la course, c’est plus dur de se lever à 3h du matin pour aller changer de voile. Même pour l’équipe c'était différent, c’était difficile. J’ai mis du temps à comprendre ce qu’était ce voyage, mais après je me suis bien amusée ! »

A propos de sa motivation pour terminer…

« Grâce à Mécénat Chirurgie Cardiaque, je suis repartie. On pouvait se dire que ce n’était pas très sage de repartir avec le bateau réparé “à la va-vite”, même si l’équipe a fait un super travail. Je me disais que Jacques (ndlr, Jacques Caraës, directeur de course) allait peut-être dire que j’étais trop loin de tout le monde et que ce n’était pas très sage voire même stupide. Mais avec Mécénat Chirurgie Cardiaque, j’avais une vraie raison de repartir, c’était ma motivation. J’avais l’impression que j’avais encore plus de soutien en étant hors-course ! On a sans doute levé plus d’argent que si j’avais fait la régate ».  

A propos de la première partie en course…

« C’était génial ce premier tiers de parcours, mais c’est un grand regret, parce que j’adore la régate, j’adore mon bateau. J’étais fière d’être là où j'étais dans la course. C'était très intense : ces bateaux sont violents quand ils sont à 100%. Mais dès le début, j’étais dans le match, je me suis amusée. Tout se passait comme je voulais. C’est aussi pour ça que j’ai pu basculer à Cape Town, parce que je n’avais aucun regret. Quand la collision est survenue, j’étais placée là où je voulais. Je suis triste de ne pas avoir continué. J’avais les côtes cassées, je ne pouvais plus bien manoeuvrer. La job list est grosse, je suis désolée les gars (elle rigole) ! J’ai hâte que tout soit réparé pour retourner à la régate, j’espère être performante sur la Transat Jacques Vabre cette année ! 

Ce qu’elle a appris de son 3e Vendée Globe

« Chaque tour du monde est différent. Tu ne peux jamais savoir ce qui va t’arriver. Sur mes Vendée Globe, j’ai vécu trois expériences totalement différentes, toutes incroyables. Je pense que c’est sur cette édition que j’ai traversé le plus d’émotions. Mon bateau est incroyable, jusqu’à la collision, je faisais une super course, dans le paquet de devant. Mon équipe a fait un travail de dingue, ce n’est pas un bateau neuf, mais il est toujours compétitif. Après la collision, ça a basculé en aventure, en défi humain. L’escale à Cape Town a aussi été une incroyable aventure, c’était une super expérience avec l’équipe. Ce n’était pas rien de reconstruire, de réparer la quille en si peu de temps, dans un endroit que l’on ne connaît pas. Cette expérience à terre était très intense ».

Un cargo retourné sur son chemin

Ces derniers jours n’étaient pas faciles, j’avais eu des problèmes de gréement, mon étai de J2 avait cassé puis ça a été au tour du J3. Heureusement j’avais mis un lashing de sécurité qui a fait que le mât n’est pas tombé. Avant-hier, je pensais être presque arrivée, et j’ai dû encore bricoler pour sécuriser le mât dans des conditions pas faciles, avec beaucoup de houle. Dès que j’ai réparé le câble, j’ai relancé le bateau et là Jaco (ndlr, Jacques Caraës, directeur de course) m’a envoyé la position d’un cargo retourné qui était pile sur ma route. Il devait y avoir des débris autour. J’ai dû faire un énorme détour pour éviter tout ça.
J’ai déjà heurté trois OFNI pendant la course, un premier au cap de Bonne Espérance, un autre au cap Horn et un troisième aux Malouines. Je ne voulais vraiment pas taper encore quelque chose ! Je remercie la direction de course de m’avoir prévenue.

D’ailleurs, je tiens à les remercier pour tout. Quand je voulais repartir de Cape Town, une des premières personnes que j’ai appelée c’est Jacques. Il m’a tout de suite dit qu’il me soutenait et qu’ils allaient - avec son équipe - veiller sur moi comme si j’étais en course. Un grand merci à eux ! »

À propos du coeur tracé hier soir sur la cartographie

« Je savais que j’avais du temps à passer en attente devant les Sables d’Olonne, je voulais rester proche de la terre parce qu’il y avait de la mer au large et je voulais faire un clin d'œil au projet. C’est un peu la conclusion de tout ça ! Je voulais montrer à quel point il est important de réparer les cœurs de ces enfants. J’ai fait le cœur le plus grand possible dans le temps imparti. Je me suis amusée, Tanguy l’avait fait aussi en 2017. C’est lui qui est à l’origine de ce projet, j’essaie de continuer dans cette voie ».