30 Octobre 2022 - 12h56 • 2827 vues

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Parmi les 38 marins de l’IMOCA qui prendront le départ de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, la deuxième course qualificative pour le Vendée Globe 2024, 15 disputeront cette course transatlantique pour la première fois. Quatre skippers IMOCA s’apprêtent même à prendre leur tout premier départ de course en solitaire sur ces bateaux de 60 pieds. Sur les pontons de Saint-Malo, le Vendée Globe est allé à leur rencontre pour en savoir un peu plus sur leurs projets qui ne manquent pas de singularité... 

Jingkun Xu, premier chinois à rêver de Vendée Globe

© DR

Jingkun Xu dit « Jackie » en France, découvre le Vendée Globe dans les médias alors qu’il dispute les jeux paralympiques en 2008 (ndlr : le skipper est amputé d’une main). C’est une révélation. Dès lors, il débute la navigation au large en solitaire. En Chine d’abord, puis en France en prenant le départ de la Mini Transat en 2015. Il se lance ensuite dans un tour du monde en solitaire, avec escales, hors course. En mai dernier, il fait l’acquisition de son IMOCA, l’ex-bateau La Fabrique, sur lequel Alan Roura a disputé le dernier Vendée Globe. Pragmatique, le marin ne veut pas brûler les étapes : « C’est le premier projet IMOCA chinois. Nous sommes deux dans l’équipe. C’est le début alors forcément, ce n’est pas simple. Mon objectif est clairement d’apprendre à mieux connaître mon bateau pour l’instant. J’ai à cœur de faire les choses les unes après les autres, et ce jusqu’au prochain Vendée Globe. » Si son projet est encore en construction, il peut d’ores et déjà compter sur les médias chinois, très enthousiastes, avant même que Jackie n’ait pris le départ d’une course. « En Chine, il y a une coutume qui dit que l’on peut se défaire de ses soucis en les « jetant » à la mer. Par l’intermédiaire d’un grand média national, des personnes m’ont livré leurs contrariétés par écrit. Je vais en faire la lecture en mer durant ma traversée de l’Atlantique. Ainsi, ils en seront débarrassés. » Cette opération a reçu un immense succès en Chine : de bon augure pour la suite de ce projet ! 

La bonne étoile de François Guiffan

L’histoire est peu commune. Il y a encore un mois, François Guiffan était chef de projet et technicien dans l’équipe de l’IMOCA Kattan. Suite à des problèmes de dos survenus à la fin de l’été, le skipper et propriétaire du bateau, Pierre Lacaze, a finalement décidé de lui laisser la barre : « Cela a réveillé beaucoup de choses en moi. J’avais essayé de monter un projet Vendée il y a 4 ans avec ce même bateau. Là, en disputant la Route du Rhum, je rentre dans la course aux miles pour le prochain Vendée Globe. » Une opportunité en or pour le Finistérien qui travaille dans des équipes IMOCA depuis vingt ans et s’autorise aujourd’hui à rêver de tour du monde. Pour poursuivre l’aventure après la transatlantique, il cherche de nouveaux partenaires. Bien qu’expérimenté en IMOCA, il n’a jamais disputé de course en solitaire. « Ma qualification s’est très bien passée. J’ai fait quelques sessions d’entraînement, mais c’était très court. Je connais très bien le bateau. Si j’ai des problèmes techniques, je pense que c’est un plus. » Et si c’est un avantage sur n’importe quelle course, cela se vérifie d’autant plus sur un tour du monde ! Comme disait Michel Desjoyeaux : le Vendée Globe, c’est une emmerde par jour...

2028, le bon timing pour Rodolphe Sepho

© Thomas Deregnieaux

Le public guadeloupéen était venu en nombre acclamer son skipper lors de son arrivée, dans l’écluse de Saint-Malo. S’il dispute sa toute première course en solitaire en IMOCA, Rodolphe Sepho est un habitué de la course transatlantique qui rallie son île. Il l’a en effet déjà disputé deux fois en Class40. Aujourd’hui, avec l’ancien IMOCA d’Arnaud Boissières, il développe un projet pour l’économie bleue au service de la jeunesse guadeloupéenne : « On voudrait, au travers de ce projet, développer le nautisme en Guadeloupe. Après la dernière crise sociale que l’on a traversée aux Antilles, on voudrait offrir des perspectives à notre jeunesse. On essaye de fédérer autour du projet et de donner aux jeunes le goût de la mer ». Après la Transat Jacques Vabre en 2021, qu’il a disputée sur ce bateau avec Arnaud Boissières, l’IMOCA est resté en Guadeloupe. Il a rallié la métropole seulement au début du mois. Afin de prendre le temps de construire son projet, Rodolphe Sepho a pour objectif de s’aligner au départ du Vendée Globe 2028. Un rêve qui s’est construit au fil de sa carrière de marin. Il mesure la grandeur de ce défi : « Le Vendée Globe, c’est terrifiant ! Aujourd’hui j’en rêve parce que j’ai mûri, j’ai grandi, j’ai évolué en tant que marin. Je le vois un peu comme l’accomplissement de ma carrière. Je préfère prendre le temps. » Après la Route du Rhum, le projet prendra un nouveau tournant, plus orienté vers la compétition et la performance. Il devra alors – au grand désarroi du marin – rejoindre la métropole, car aujourd’hui, les infrastructures guadeloupéennes ne lui permettent pas de rester sur son île dans cette perspective. 

Nicolas Rouger : « Le Vendée Globe c’est demain » 

© Guilhem Canal - Maatch!

Avec trois jours de retard, le sudiste Nicolas Rouger a finalement rejoint les bassins de la cité Corsaire. La raison ? Le marin a fait l’acquisition imprévue d’une nouvelle quille pour son IMOCA Demain c’est loin (l’ancien bateau de Miranda Merron sur lequel la navigatrice a disputé le dernier Vendée Globe). Cette dernière fût fixée la veille de son départ en convoyage vers Saint-Malo. Qu’importe, le Sétois a bien amarré son bateau Demain c’est loin aux cotés des 37 autres IMOCA : « Je suis hyper impressionné d’être là » déclare-t-il à son arrivée. Son projet atypique naît en Méditerranée. Il sollicite un artiste de Sète, Hervé Dirosa, pour décorer ses voiles. Pour financer son projet, l’œuvre est découpée en 240 pièces et mise en vente pour des collectionneurs d’art. Pour rendre cette idée possible techniquement, l’artiste a en réalité peint une réplique des voiles de l’IMOCA en toile de coton. Les voiles de Nicolas Rouger seront, elles, floquées à l’identique de l’œuvre. À l’issue du Vendée Globe 2024, les morceaux de toile seront apposés aux vraies voiles et c’est ainsi que seront constituées les 240 œuvres d’art. Aujourd’hui, 60 pièces ont déjà trouvé preneurs. Et la singularité de son projet ne s’arrête pas là : « Je voulais un projet qui rassemble. La voile est un milieu assez fermé, je voulais l’ouvrir un peu ». Il décide alors d’appeler le projet « Demain c’est loin » en référence à la célèbre chanson du groupe de hip-hop français I AM. Le groupe devient parrain de son projet vers le Vendée Globe 2024 : « Pour moi le Vendée Globe c’est demain. Il faut voir les choses de manière simple. Je navigue, je raconte une histoire. En IMOCA il a de belles histoires ! Moi je suis content de la mienne. » Si le marin rêve de tour du monde en solitaire depuis son plus jeune âge, il aborde le programme des années à venir avec philosophie : « Le Vendée Globe c’est le but final et il y a de nombreux chemins pour y arriver. Sur mon chemin à moi, il y a des virages ! Il faut y croire. » Et si le Vendée Globe, c’est demain... Est-ce vraiment si loin, demain ?