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Vendée Globe : la course individuelle la plus collective

Seul en mer, jamais seul dans l'aventure. Derrière chaque skipper du Vendée Globe, plusieurs femmes et hommes travaillent pendant des années pour rendre possible ce tour du monde hors norme.

Le skipper de VULNERABLE Thomas Ruyant (FRA) est photographié lors du départ du Vendée Globe, le 10 novembre 2024 aux Sables d'Olonne, France
© Jean-Louis Carli / Alea

Au moment où le coup de canon retentit aux Sables d'Olonne, une quarantaine de skippers s'élancent vers le large. Mais une fois la ligne franchie, chacun se retrouve seul à bord. Quelques minutes après avoir quitté le chenal, chaque bateau prend sa route et les marins se retrouvent seuls face à l'océan.

Sur les quais, l'aventure ne s'arrête pas pour autant. Préparateurs, ingénieurs, partenaires et proches voient s'éloigner un projet qu'ils ont parfois construit pendant quatre ans. À partir de cet instant, ils ne peuvent plus prendre la moindre décision à la place du skipper. Mais ils continuent de faire vivre le projet : ils suivent la course, restent à l'écoute des nouvelles du bord, gèrent la communication, préparent l'arrivée et restent mobilisés jusqu'au retour au port.

Quatre années de travail pour un départ

Pendant près de trois mois, le skipper affronte seul les tempêtes, les avaries, la fatigue et les doutes. C'est cette solitude qui nourrit la légende du Vendée Globe. Pourtant, elle n'existerait pas sans le travail de toute une équipe mobilisée bien avant le départ.

Car un Vendée Globe ne commence pas en novembre, sur la ligne de départ. Il débute souvent plusieurs années plus tôt. Avant même de penser aux quarantièmes rugissants, il faut bâtir un projet. Convaincre des partenaires de financer une campagne qui représente plusieurs millions d'euros, constituer une équipe, acheter ou construire un IMOCA, participer au championnat IMOCA Globe Series pour décrocher sa qualification, accumuler les milles et apprendre à connaître son bateau. Le skipper est la figure de proue de cette aventure, mais il n'en est jamais l'unique artisan.

Les femmes et les hommes de l'ombre

Bien avant le départ, les bases techniques vivent au rythme du Vendée Globe. Les IMOCA y sont régulièrement mis à nu avant d'être rééquipés et préparés pour la course. Chaque vérin, chaque drisse, chaque pièce du gréement est inspecté. Une défaillance dans les mers du Sud peut anéantir plusieurs années de préparation.

Autour du bateau gravitent des spécialistes de tous horizons : préparateurs, architectes, ingénieurs, électroniciens, experts des matériaux composites ou de l'énergie embarquée. Chacun cherche à trouver le meilleur compromis entre fiabilité et performance. Une amélioration infime peut représenter plusieurs dizaines de milles d'avance après 80 jours de navigation. Ces femmes et ces hommes apparaissent rarement sur les images du départ. Pourtant, leur travail accompagne le skipper jusqu'à la ligne d'arrivée.

Des skippers et diverses activités sont photographiés lors de la parade nautique de la remise des prix du Vendée Globe, le 10 mai 2025 aux Sables d'Olonne, France
© Jean-Marie Liot

Une équipe... qui s'efface au départ

Le paradoxe du Vendée Globe est là. Jamais un skipper n'a été aussi bien préparé. Les équipes analysent les performances du bateau, testent les configurations de voiles, accumulent les données des courses précédentes et fiabilisent chaque système embarqué. Tout est pensé pour que le marin dispose des meilleurs outils possibles. Puis, au moment du départ, elles s'effacent.

Cette frontière entre l'équipe et le skipper est strictement préservée. Les échanges entre la terre et le bateau sont strictement encadrés, et le routage météo est interdit. Les organisateurs peuvent contrôler les communications afin de s'assurer qu'aucune assistance stratégique n'est apportée au marin. Dès que le départ est donné, les décisions n'appartiennent plus qu'à lui.

Pendant ce temps, les équipes continuent pourtant de vivre au rythme de la course. Elles suivent les vacations, analysent les nouvelles du bord, préparent déjà les réparations qui seront nécessaires à l'arrivée et assurent la vie du projet à terre. Sans jamais pouvoir intervenir.

Une victoire qui appartient à toute une équipe

Le collectif ne s'arrête pas aux équipes techniques. Les partenaires rendent les projets possibles en les finançant et, bien souvent, en apportant leurs propres compétences technologiques. À l'arrivée, un seul nom s'inscrit au palmarès. C'est bien le skipper qui a accompli, seul, le tour du monde, sans escale et sans assistance. Mais lorsqu'il retrouve enfin le ponton, il n'est plus seul. Derrière les barrières, il y a les proches, les préparateurs, les ingénieurs, les partenaires, les bénévoles. Des femmes et des hommes qui ont partagé les doutes, les nuits blanches, les avaries, les joies et les désillusions de ces quatre années de préparation. Ils n'ont pas traversé les océans, mais ils ont vécu chaque mille à distance.

Les larmes, les embrassades et les sourires qui accompagnent l'arrivée racontent alors une autre histoire : celle d'une victoire qui appartient à bien plus qu'un seul marin. C'est peut-être là le plus beau paradoxe du Vendée Globe. La plus grande aventure en solitaire ne s'accomplit jamais vraiment seul. Elle est l'aboutissement d'un formidable élan collectif, où chacun, dans l'ombre, a contribué à rendre l'impossible possible.

Charlie Dalin, vainqueur du Vendée Globe | Finish recap | Vendée Globe 2024
Maitre Coq, skipper Yannick Bestaven (FRA), est photographié lors de l'arrivée du Vendée Globe, le 28 janvier 2021.
© Bernard Le Bars

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