Selon les éditions et les bateaux, les skippers du Vendée Globe passent entre deux et quatre mois sur les océans les plus hostiles de la planète. Les écarts se comptent parfois en centaines de milles, les avaries semblent condamner les ambitions des favoris et les classements paraissent figés. L'histoire de la course dit exactement l'inverse. Parce que les systèmes météorologiques redistribuent sans cesse les cartes, parce que chaque marin est seul à bord et doit réparer lui-même son bateau — un skipper, un bateau, un océan —, et parce que le devoir d'assistance fait partie intégrante des règles, le Vendée Globe a offert quelques-uns des renversements les plus spectaculaires du sport. Cinq d'entre eux sont devenus des légendes.
Michel Desjoyeaux, la remontée devenue légende
Le 9 novembre 2008, le sixième Vendée Globe s'élance des Sables d'Olonne. Le lendemain matin, après un peu plus de vingt heures de course et deux cents milles avalés, Michel Desjoyeaux fait demi-tour. Une fuite d'eau sur un ballast a provoqué une panne électrique : impossible de démarrer le moteur, donc de recharger les batteries. Sans énergie, plus de pilote automatique, plus d'instruments, plus de routage, plus de dessalinisateur. Continuer serait déraisonnable. Le Breton rentre au port, répare, et repart. Quand il franchit à nouveau la ligne, quarante et une heures se sont écoulées. Près de deux jours de retard sur une flotte déjà lancée vers les alizés. Pour la plupart des observateurs, ses ambitions de victoire viennent de s'éteindre.
La suite appartient à la légende. Desjoyeaux ne précipite rien. Dans l'Atlantique, il reprend quelques milles chaque jour. Puis viennent les mers du Sud, où le skipper de Foncia déploie toute l'étendue de son talent : plus rapide dans les dépressions, remarquable dans son anticipation des systèmes météo. À l'entrée de l'océan Indien, il n'est déjà plus qu'à une centaine de milles de la tête de course. Et en décembre, l'incroyable se produit : il prend les commandes, et ne les lâchera plus jusqu'à l'arrivée.
Au 56e jour, il double le cap Horn en tête, une poignée d'heures devant Roland Jourdain. Le duel entre les deux hommes tient toute la remontée de l'Atlantique, jusqu'au 81e jour, où Jourdain perd le bulbe de sa quille et doit abandonner. Le 1er février 2009, Michel Desjoyeaux franchit la ligne aux Sables d'Olonne après 84 jours, 3 heures et 9 minutes de mer. Le record de l'épreuve est battu de plus de trois jours. Armel Le Cléac'h, deuxième, arrivera plus de cinq jours après lui.
Cette édition dit tout de ce qu'est le Vendée Globe : sur trente partants, onze seulement seront classés. Et celui qui semblait hors-jeu dès le deuxième jour de course en est sorti vainqueur. Près de vingt ans plus tard, dès qu'il est question de la plus grande remontée de l'histoire de l'épreuve, c'est toujours le même nom qui s'impose.