25 Octobre 2020 - 15h16 • 5267 vues

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Le Vendée Globe, il le vit sans discontinuer depuis qu’il a remonté le chenal après 124 jours de mer en février 2017. Cette aventure, Sébastien Destremau l’a déclinée en livre, en BD, en chanson, en conférences, en pièce de théâtre… Et puis il a décidé d’y replonger, de s’interroger à nouveau sur sa capacité à se surpasser avec un objectif : faire mieux qu’il y a quatre ans. 

Né le 24 août 1964 à Plancoët (Côte d’Armor)
Vit à Toulon (Var)

MON PARCOURS

Études et parcours professionnel hors voile : " Je peux le résumer rapidement ! J’ai été baladé d’école en école, de lycée en lycée jusqu’à être viré par l’Éducation Nationale à 15 ans… Mon parcours hors voile est inexistant : dès 15 ans, j’ai commencé à bosser dans l’inox avant de travailler en voilerie pendant une dizaine d’années. Puis, j’ai arrêté la voilerie pour me consacrer à la voile intégralement. Les bancs de l’école, j’y suis retourné en 2004 pour suivre des études de journalisme en Australie. C’est le seul diplôme que j’ai et j’en suis fier.

Vos premiers bords : Nous avons toujours navigué en famille. Lorsque ma mère était enceinte de nous (Sébastien a un frère jumeau, Hugues, ndlr), elle naviguait déjà. Notre éducation s’est toujours focalisée autour de la voile et de la musique. Nous faisions de nombreuses sorties en mer sur le bateau familial de 10 mètres. Et puis, lorsque j’avais 10 ans, notre père nous a acheté un Corsaire. À bord de ce bateau de 5,50 m, on avait l’impression d’être les rois du monde !

Comment/pourquoi est né votre désir de faire de la course au large : Je n’ai jamais eu le désir de faire de la course au large en solitaire. Ce n’était pas mon truc et je n’avais pas cette ambition même si j’avais participé, en équipage, à la Whitbread (actuelle The Ocean Race), à la Sydney-Hobart et au Tour de France à la voile. Et puis, en 2012, je couvrais le départ du Vendée Globe pour une télévision. À la veille du départ, avant que 20 skippers s’élancent à la conquête de l’inutile, j’étais sur le ponton. Il faisait nuit, froid, il y avait du vent, l’atmosphère était lourde. Et puis j’ai ressenti une émotion, j’ai regardé un ami et je lui ai dit : « Dans quatre ans, tu largueras ma dernière amarre. »

À partir de quand et pourquoi est-ce devenu un projet de vie ? Cela n’a jamais été un projet de vie, mais plutôt un virage dans ma vie. Depuis 2016, je ne fais plus ce que je faisais avant. Et c’est une simple émotion qui, il y a quatre ans, a changé ma vie.

Un résultat ou l’expérience dont vous êtes le plus fier  : Les belles victoires, mes titres de champion du monde (en Flying Dutchman) ou ma victoire sur la Sydney-Hobart en 1998, sont incomparables avec ce que j’ai ressenti en franchissant la ligne d'arrivée du Vendée Globe il y a quatre ans. Après 124 jours en mer, je voyais enfin les lumières des Sables d’Olonne, il me restait un virement de bord à faire et un filet de pêche s’était emmêlé dans ma quille. Quand j’ai enfin réussi à enlever le filet, c’était un truc de malade. Le Vendée Globe est d’une difficulté sans nom, et aller au bout de l’aventure reste un instant incroyable.

DU TAC AU TAC

Votre qualité principale dans la vie : La persévérance
Votre principal défaut : La persévérance… Parfois, tu t’accroches tellement à une idée, tu en es tellement obnubilé que tu ne lâches pas l’affaire et que ça peut être difficile à comprendre…
Si vous étiez un animal : Une orque, pour la peur qu’elle me donne
Un film : Jean de Florette (Claude Berri, 1986)
Une musique : L'Ave Maria de Schubert 
Votre couleur : Le bleu
Votre rêve de bonheur : Être capable de partir en mer à bord d’un gros catamaran, en solitaire, afin d’aller visiter les îles du Pacifique.
Votre héros dans la vie : Roger Federer, un immense champion. Il a une élégance dans la victoire et une modestie dans la défaite. C’est un extraterrestre !
Si vous n’étiez pas coureur au large, vous seriez : architecte naval
Vous ne partirez pas autour du monde sans : des éponges, parce que la dernière fois, je les avais oubliées et j’ai dû tout éponger avec des torchons. Sinon, des chaussures d’intérieur. Il y a quatre ans, je n’avais que des tongs…

MON VENDEE GLOBE 2020

Vos ambitions : J’espère pouvoir boucler mon tour du monde en moins de 124 jours. Est-ce que je suis confiant ? Non, parce que je sais à quel point c’est dur.

Qu’est-ce qui vous empêcherait d’atteindre votre objectif (en dehors de la casse) : Le seul adversaire que tu as dans le Vendée Globe, c’est toi-même. J’ai beaucoup d’admiration pour Yves Parlier (l'édition 2000-2001). Il avait tant de raisons d’abandonner, mais rien ne l’a arrêté. Est-ce que je vais parvenir à nouveau à trouver cette force mentale pour ne pas m’arrêter ? Est-ce que je serai capable de surmonter les épreuves et de tenir jusqu’au bout ? C’est aussi pour répondre à ces interrogations que j’ai décidé de repartir.

Votre arme fatale : Sur le Vendée Globe, c’est mon humour, ma dérision. C’est plus facile de surmonter des épreuves en souriant. Et c’est tellement amusant de se moquer de soi-même !

En trois mots, le Vendée Globe pour vous, c’est : Il n’y a qu’un mot qui peut le résumer : l’immensité

Trois images que vous avez du Vendée Globe :

1/ Un albatros qui symbolise le territoire de l’ombre, le monde des ténèbres et ces passages où nous sommes tout juste tolérés.

2/ Le cap Horn, la porte de la délivrance, la sortie de l’enfer des mers du Sud et le retour à la ville.

3/ Le chenal parce qu’il y a des milliers de personnes qui sont là à ton arrivée et qu’elles sont toutes là pour toi. Tu rêves uniquement de pouvoir tous leur dire ‘merci’.

Quel skipper vous inspire ? Le Néo-zélandais Russell Coutts pour son immense talent : il a contribué pendant vingt ans à cultiver ma passion de la Coupe de l’America. Et puis Yves Parlier pour son Vendée Globe 2000. Pour moi, c’est l’aventure absolue, le symbole le plus fort du dépassement de soi et de cet état d’esprit unique qui nous poussent tous à avancer, coûte que coûte, pour aller au bout.

 

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