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Thomas Ruyant se prépare pour un défi sportif et solidaire

Thomas Ruyant

Thomas, plus de cent mécènes sont désormais engagés à tes côtés. C’est essentiel pour toi de participer au Vendée Globe avec un projet qui porte des valeurs ?
Thomas Ruyant : « Oui, le fait de prendre le départ de mon premier Vendée Globe en véhiculant ce message de solidarité est très important pour moi. Si on peut donner du sens à un tel projet avec une aura médiatique incroyable, si on peut utiliser tout ça pour promouvoir des idées et des actions solidaires, c’est encore mieux. Ce n’est pas du sponsoring traditionnel, mais un vrai projet collectif qui a pour ambition d’embarquer le plus de monde possible dans l’aventure. Les partenaires qui me soutiennent acceptent de ne pas avoir de visibilité sur le bateau en contrepartie, mais ils s’y retrouvent quand même en terme de communication. Je suis un skipper comblé car j’ai monté un projet nordiste qui pousse les gens à se sortir les mains des poches. »

Ton budget est-il bouclé et peux-tu confirmer que tu seras au départ du prochain Vendée Globe ?
« Il manque 40 % du budget pour pouvoir être au départ. Nous sommes dans une bonne dynamique, le projet plaît et de nouvelles entreprises nous rejoignent tous les jours. Mais il ne faut pas chômer, nous devons continuer à fédérer. J’ai une équipe autour de moi qui remue tout le Nord. On ne s’imagine pas ne pas être au départ. On y arrivera, on sera sur le prochain Vendée Globe ! »

Ton bateau, un plan VPLP-Verdier lancé en 2007 (l’ex Groupe Bel de Kito de Pavant) est encore en chantier. Quels ont été les travaux entrepris ?
« L’une des priorités a été de protéger ce 60 pieds très exposé en imaginant une nouvelle casquette. A l’instar du voilier de Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir, un autre plan VPLP-Verdier de 2007, NDR), nous avons mis en place une armature en tube recouverte par une toile. Mon bateau était par ailleurs le seul IMOCA au départ du prochain Vendée Globe à disposer d’une barre à roue. C’était très agréable mais pas pratique dans les phases de manœuvres car on ne sentait pas avec précision le zéro de barre. Nous allons donc passer en barres franches. Nous avons aussi décidé de fabriquer de nouveaux ballasts positionnés sous le cockpit. Ces ballasts devraient nous permettre de combler le léger déficit de vitesse constaté au reaching (vent de travers), une allure que nous allons beaucoup pratiquer durant le tour du monde. Nous avons aussi effectué toutes les vérifications d’usage pour que le bateau puisse faire le tour du monde. Nous avons tout démonté à bord du Souffle du Nord et vérifié l’accastillage, l’hydraulique, l’électricité, les cordages, les câbles, les voiles… Il ne faut rien laisser au hasard au niveau technique. J’ai envie d’être au départ… mais j’ai surtout envie d’être à l’arrivée aux Sables ! Lors de la Transat St-Barth/Port-la-Forêt, j’ai constaté un problème sur le palier avant de la quille. Nous avons déterminé la cause de cette avarie et nous réparons les pièces endommagées afin que cela ne se reproduise plus. Je partirai serein. Je dispose d’une super machine pour faire un premier Vendée Globe, je ne pouvais pas rêver mieux. Mon bateau est agréable, solide, doux à la barre. Un vrai bonheur. » 

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Pourquoi ne seras-tu pas au départ des transats de 2016, la Transat anglaise et la New York/Vendée ?
« Avant tout parce que notre budget, qui se veut responsable, reste à boucler. Il nous a donc semblé plus sage de ne pas prendre part à ces courses. Effectuer deux transatlantiques l’année d’un Vendée Globe me semble par ailleurs beaucoup en termes de navigation, d’énergie dépensée. Je suis déjà qualifié pour le Vendée Globe grâce à la Transat Jacques Vabre et à la St-Barth/Port-la-Forêt. Mais il va malgré tout falloir que je navigue beaucoup, notamment en solitaire. La remise à l’eau du Souffle du Nord est prévue la troisième semaine d’avril. Je vais axer les entraînements sur des blocs de 3-4 jours en mer. Dans le golfe de Gascogne, on peut vite retrouver des conditions de navigation proches de celles rencontrées au milieu de l’Atlantique. Donc même sans participer aux transats, je serai au point. »

Tu as en tout cas engrangé de l’expérience et de la confiance en 2015 avec notamment une encourageante 4e place dans la Transat Jacques Vabre, en double avec Adrien Hardy…
« Oui, je suis très satisfait de ma première saison en IMOCA, j’avais tout à appréhender et j’ai une meilleure idée de ce que représente la navigation sur ces bateaux et le défi du Vendée Globe. Avec Adrien Hardy, nous avons énormément appris lors de la Transat Jacques Vabre. J’aurais pu choisir un pilier du circuit pour m’accompagner dans cette première grande course en IMOCA. Mais au final, découvrir le fonctionnement de la machine par nous-même a été une bonne manière de travailler. A la fin, on allait beaucoup plus vite qu’au début. La Transat St-Barth/Port-la-Forêt a aussi été une expérience enrichissante, dans des conditions météo très compliquées. Il m’a fallu deux bonnes journées pour me mettre dedans, pour prendre confiance en solitaire. La course s’est arrêtée aux Açores à cause de mon problème de quille. Dommage car je commençais à être vraiment à l’aise malgré le vent fort. Mais cette course a toutefois été riche en enseignements, notamment pour définir les axes du chantier. »

« Le curseur se déplace doucement de l’aventure vers la compétition »

Cela fait un moment que tu penses au Vendée Globe. Tu avais déjà cherché des partenaires pour l’édition 2012-2013…
« Oui… Quand on commence à toucher au solitaire, le Vendée Globe, c’est le Graal. L’exercice est tellement grisant qu’on a envie de repousser ses limites. J’ai écumé toutes les séries, multiplié les expériences en Mini 6.50, en Class40 et aussi en Figaro. Je suis bien content d’être passé par toutes ces classes pour être prêt à naviguer en IMOCA, qui sont des bateaux de folie. Je constate des similitudes avec le Mini dans le fonctionnement des dérives, de la quille basculante, du mât-aile, dans la gestion des voiles aussi… mais à une toute autre échelle, avec des efforts beaucoup plus importants. Je retrouve toute cette dimension technique que j’adore et qui m’a manquée en Class40 et en Figaro. Mais ce dernier circuit m’a beaucoup servi dans la précision des réglages, la capacité à me faire mal sur l’eau. »

© Pierre BOURAS - Le Souffle du NordDans moins de huit mois, tu prendras le départ de ton premier tour du monde en solitaire. Ressens-tu de l’appréhension ?
« Oui, inévitablement. Mais je travaille, je me forme sur tous les aspects pour essayer de diminuer cette appréhension. Ce travail en amont est primordial. Nous ne sommes plus des Moitessier ou des Tabarly aujourd’hui, nous ne partons pas complètement à l’aventure. Même si je ne suis jamais allé dans les mers du Sud, je peux profiter des retours d’expérience des marins qui ont navigué dans ces zones. Le curseur se déplace doucement de l’aventure vers la compétition. J’ai besoin de ces deux dimensions. Je ne ferais pas le tour du monde s’il n’y avait pas la compétition derrière. »

Quels seront tes objectifs sportifs une fois en course ?
« Je porte un projet solidaire mais je n’ai pour autant pas l’intention de monter un projet sportif au rabais. Je ne vais pas jouer les tous premiers rôles mais il y aura des places à prendre. J’ai envie de me battre avec les autres bateaux de la génération du Vendée Globe 2008. Il y aura un match dans le match et le vainqueur de cette confrontation sera bien classé au général… »

Propos recueillis par Olivier Bourbon / Agence Mer & Média

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