20 Janvier 2021 - 07h15 • 16023 vues

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Le leader ne s’inquiète pas plus que nécessaire : il imagine que Louis Burton qui déboule sous son vent, le rejoindra au Sud des Açores. Mais c’est le final qui semble plus complexe avec un flux de Sud-Ouest à géométrie variable jusqu’à l’arrivée aux Sables d’Olonne

« La nuit est belle, ventée et pleine d’étoiles ! Il y a eu un peu plus d’alizés et j’en profite car dès cet après-midi, je vais rentrer sous l’influence de l’anticyclone et le vent va commencer à baisser. C’est ma dernière nuit dans les alizés. J’ai eu pas mal de vent, jusqu’à 25 nœuds ce qui m’a permis de bien avancer toute la nuit car l’état de la mer n’est pas trop mal : ça ne tape pas trop.

De là où je veille, j’ai un hublot au-dessus et je peux voir les étoiles, comme quand j’étais petit sur le plafond de ma chambre ! C’est très beau. Je peux faire de beaux rêves…

J’ai commencé à obliquer : je me tourne de plus en plus vers le Nord ! Et ça accélère… J’ai fait une bonne moyenne toute la nuit et c’est plutôt bien pour la suite. Mais je n’ai pas changé mon rythme à bord : je conserve le même tempo qu’il y a une semaine ou un mois. Je fonctionne en heure solaire pour mes repas depuis le début de la course mais depuis qu’on fait du Nord, le décalage se fait moins sentir : en heure solaire, il est deux heures du matin (il y a trois heures de différence avec la France métropolitaine). Mais ce que je sens le plus, c’est la différence de température : on a quitté les eaux chaudes et ça commence à se tempérer un peu. Il faut se couvrir pour les siestes et les nuits sont bien plus longues !

Le vent va commencer à sérieusement faiblir en fin de journée et la nuit prochaine sera bien différente de celle-ci. On va s’approcher de la transition vers le train des dépressions. Plus que deux jours avant qu’on se retrouve au Nord de la dorsale pour récupérer des vents portants. C’est une zone que je connais bien, mais essentiellement du Nord vers le Sud. Là, ce n’est que la deuxième fois que je fais ce trajet et la première fois en course car l’autre, c’était le convoyage retour de la Transat Jacques Vabre. Mais je m’étais arrêté chez Peter (Horta) ! Ce que je ne ferais pas cette fois, même si j’adore ces îles…

J’ai choisi l’intérieur du virage et on verra ce que ça donne par rapport à Louis (Burton) qui a opté pour l’extérieur. Mais je pense qu’on va se retrouver sous les Açores : les routages deviennent de plus en plus précis et théoriquement, j’arriverai aux Sables d’Olonne entre le 27 et le 28 janvier. Mais il va falloir enchaîner les empannages et les changements de voile : il y aura encore du travail d’ici l’arrivée et il faudra bien gérer les fronts, les bascules…

Depuis que nous avons traversé le pot au noir, on sort d’une phase où il a fallu gérer la courbe avec peu de manœuvres et peu de choix stratégiques, pour entrer dans une période où il faudra caler des empannages, opter pour une configuration de voiles, gérer les fronts, contrôler ses concurrents et surveiller le trafic maritime… Il va falloir être en forme, le plus reposé possible ou le moins fatigué possible ! Et lucide. »


Charlie Dalin / Apivia